Martin LessardComment Google me voit

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 publié le 2 mars 2012 à 14 h 07

Depuis hier, Google a mis en place sa nouvelle politique de confidentialité. Tous les services du géant de Mountain View colligent au même endroit des informations concernant votre profil.

Alors qu’avant les données concernant vos recherches sur Google ou sur YouTube, par exemple, étaient conservées séparément, elles sont maintenant gérées dans un fichier unique : votre profil Google.

En centralisant les informations obtenues sur vous par l’entremise de vos usages de Google Earth, de Google Map, de Google Agenda, de Blogger, de Gmail, de Picasa, de YouTube, d’Android, etc., Google est en mesure de mieux vous cerner (mmm, un mot tellement approprié) et de connaître vos goûts ou vos besoins avant même que vous ne vous en rendiez compte.

« Peut-être pourrions-nous vous dire que vous serez en retard à un rendez-vous en prenant en compte votre localisation, votre agenda ou encore les conditions de circulation. » (source)

En fait, ce n’est pas tout à fait encore le cas. Ça m’aurait été bien utile ce matin, ce type d’alerte à la Big Brother. C’est alors que je me suis demandé : « Qu’est-ce que Google sait réellement de moi? »

Le mythe du moi unifié

En unifiant tous ses services, Google recoupe tous mes usages. Et ce, sur tous mes ordinateurs. J’en ai deux à la maison, plus un iPad et un iTouch. Et j’ai aussi mon cellulaire Android.

À la maison, je ne suis pas le seul à utiliser ces appareils. Je travaille indifféremment sur l’un ou l’autre selon les occasions, l’heure ou le lieu. Ou parce que mes enfants squattent mes outils pour aller sur Internet.

Or, depuis hier, Google réunit tout ce beau monde sous un même profil, le mien. Car n’allez pas croire que mes petits chérubins ou ma blonde se déconnectent de Google pour s’inscrire sous leur profil respectif quand ils font des recherches sur YouTube ou sur Google Map.

Pendant que je fais des recherches sur Nietzsche d’un côté et que ma copine est peut-être en train d’écouter What not to wear, mes enfants regardent sur YouTube des clips de Bébé Lilly ou une leçon pour créer des canons dans Minecraft.

J’ose à peine imaginer ce que l’algorithme de Google est en train de bâtir sur moi!

Il m’arrive de faire des recherches d’images sur Google Earth avec le mot clé « Washington » (pour illustrer un billet sur une politique américaine). Peut-être qu’au même moment ma blonde cherche sur Google le mot « grenade » pour le détail d’une recette à base de ce fruit exotique et que l’aîné cherche « comment fabriquer une bombe » sur YouTube (et qu’il oublie d’ajouter « Minecraft »).

Washington, grenade, comment fabriquer une bombe! J’imagine déjà un garde-frontière américain qui reçoit à l’instant même une alerte Google, et mon prochain séjour en sol américain pourrait se finir à Guantanamo.

Le fou du village

Google, dans un probable profilage psychologique, me qualifie certainement déjà de détraqué mental, un peu terroriste sur les bords, qui s’intéresse à la fois à la physique quantique et à Barbie, qui recherche à égalité des images de poupées et des photos de robots de guerre, qui consulte des heures durant les mêmes vidéoclips de Da Cliff et télécharge des PowerPoint de stratégies de marketing avancées sur Pinterest.

En remontant tous les historiques de tous les services et sur tous mes postes, j’ai réussi à créer le portrait-robot de la personne que je suis aux yeux de Google. Le voici.

Avec un tel profil en ligne, je n’ose plus sortir de la maison. Car le principal danger n’est pas le dossier unique que Google monte sur moi, c’est l’interprétation de celui qui le consulte qui sera le plus à craindre…

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