Billets publiés en mars 2012

Laurent LaSalleLa vidéo dont vous êtes le héros

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 publié le 30 mars 2012 à 14 h 10

Avez-vous déjà lu un livre? Vous savez, ces machins avec des feuilles attachées à une reliure et sur lesquelles est imprimée une série de mots qui, lorsqu’on en fait la lecture bout à bout, forme une histoire qui a du sens?

Traditionnellement, la seule façon de procéder pour bien comprendre un livre était de le lire du début jusqu’à la fin, dans l’ordre. Cependant, un nouveau genre de lecture est devenu célèbre au début des années 80 : le livre dont vous êtes le héros.

Son principe est simple : vous lisez une portion d’histoire, vous arrivez face à une décision et, selon un choix de réponses, on vous redirige à une autre portion du livre (qui peut être située plusieurs pages avant ou après l’endroit où vous êtes). Les conséquences de vos choix peuvent être catastrophiques et mener à la fin abrupte de votre vie littéraire.

Cette formule s’apparente également à celle des débuts du jeu vidéo d’aventure, où une série de choix de réponses vous permettait de « vivre » de multiples péripéties. Le genre a beaucoup changé : avec l’évolution technologique, l’action passive est devenue active, au grand dam des amoureux des jeux point and click.

Mais tout revient à la mode un jour, et l’avènement de YouTube marque le retour de cette formule qui avait disparu.

La revanche de la télévision interactive

Le système d’annotations de YouTube, introduit en juin 2008, permet d’imbriquer des liens à même les capsules vidéo que l’on publie sur le portail. Il n’en fallait pas plus pour que des gens avec beaucoup d’imagination accaparent cette fonctionnalité afin de créer des vidéos interactives. Après tout, un lien peut aussi bien mener à une autre vidéo YouTube?

L’été dernier, Gina a écrit un billet au sujet du réalisateur Patrick Boivin, qui se trouve parmi les premiers à avoir produit ce genre de vidéo sur YouTube. On trouve l’ensemble de ses vidéos interactives dans la section judicieusement nommée « Interactivity » de son profil.

Personnellement, j’adore La Linea Interactive, une vidéo rendant hommage à la populaire série animée italienne homonyme.

Toujours du côté québécois, le groupe Ordinary Extras (des amis à moi, soyons transparents) a réalisé un jeu interactif également basé sur le système d’annotations de YouTube. Il nous plonge dans un quartier montréalais où des femmes zombies menacent l’existence du protagoniste.

La cause de l’épidémie? Une réaction nocive entre les produits chimiques d’une marque de tampon et le fluide menstruel. Ben oui…

Quand le jeu vidéo s’en mêle

La semaine dernière, j’ai croisé une vidéo sur Facebook qui comportait, à mes yeux, toutes les caractéristiques pour plaire : un jeu vidéo rétro inspiré de la série télévisée Mad Men.

http://www.youtube.com/watch?v=nW5mZey1iXw

Certains d’entre vous le savent peut-être déjà, mais j’ai une affection particulière pour les jeux vidéo rétro. En voyant cette vidéo interactive, un bon nombre de souvenirs enfouis dans ma mémoire ont refait surface. La nostalgie s’est emparée de moi, et j’ai immédiatement vu le potentiel que ce style d’interaction pouvait nous réserver.

Bien que ce divertissement puisse sembler rudimentaire aux yeux de ceux et celles qui n’ont pas connu l’époque du livre dont vous êtes le héros, je suis impatient de voir jusqu’où une talentueuse relève peut mener le genre.

Martin LessardMatchFWD : l’accélérateur de bouche-à-oreille

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 publié le 28 mars 2012 à 15 h 51

C’est à travers son réseau social qu’on possède les meilleures chances de trouver un emploi. Avec les médias sociaux, c’est probablement plus facile que jamais.

Pour les employeurs, aussi, fouiller sur les réseaux sociaux est devenu une façon importante de trouver des candidats. C’est ce qu’on appelle le recrutement social.

Depuis quelques années, plusieurs compagnies tentent de percer le secret du recrutement social, c’est-à-dire par les réseaux sociaux.

Le secret est d’offrir une meilleure mise en relation entre les employeurs et les candidats grâce à la recommandation par les réseaux sociaux. Plus facile à dire qu’à faire

cc: cannedtuna

Trouver la perle rare ou le poste de rêve

Une perle rare, c’est une personne dont la compétence est reconnue par des pairs de confiance. Ceux-ci n’hésitent pas à le recommander. La clé du recrutement social c’est de réussir à connaître rapidement qui de nos connaissances serait prête à recommander une personne pour un poste ouvert.

Même chose, à l’inverse, pour les candidats: réussir à connaître rapidement qui dans notre cercle est au courant d’une ouverture de poste, fait la différence entre la file à l’assurance-emploi et une entrevue pour un poste de rêve.

Des outils existent déjà, comme BranchOut qui utilise le réseau Facebook comme un énorme foire de l’emploi.

Mais depuis ce matin, un nouveau venu, MatchFWD, une entreprise québécoise, entre dans le créneau pour offrir une solution originale: un outil qui utilise Facebook et Linkedin pour faciliter les mises en relation, mais dans le but d’assister les connecteurs en ligne.

Pour les connecteurs…

Les connecteurs sont des personnes, justement, connectées: ils sont au courant des ouvertures de postes ou connaissent des candidats qui peuvent répondre aux critères.

MatchFWD (prononcez match forward) est une application qui se veut un assistant de recommandations pour les connecteurs.

Ces connecteurs veulent bien partager leurs contacts. Mais ils ne veulent pas nécessairement gérer le suivi de ces partages.

MatchFWD permet tout simplement d’aider ces connecteurs à recommander facilement des candidats ou les offres d’emplois.

…par les connecteurs

Le connecteur est un intermédiaire souvent invisible. Comme on le voit sur les job boards, ces sites d’annonces en ligne comme Monster.com, le recrutement est centré sur la dyade employeur-chercheurs d’emplois. Le connecteur n’est pas pris en compte.

MatchFWD explore le réseau social du connecteur et trouve les personnes les plus aptes à répondre à une offre d’emploi qu’il a reçue. Il assiste et simplifie le partage et les mises en relation.

Le connecteur a, de plus, rapidement accès aux autres offres de postes qui circulent parmi tous les connecteurs. En un clic, ces offres sont partagées sur leur réseau en général (Twitter ou Facebook) ou à des personnes précises dans ses contacts.

Ça fait déjà quelques mois que je l’utilise en mode beta. Je vois passer des offres que je n’aurais pas vu autrement. De nouvelles fonctions sont ajoutés régulièrement. La dernière est celle où l’on peut directement demander à un connecteur de son réseau pour offrir ou demander un poste.

Le défi du recrutement social

Le réseau, que MatchFWD cherche à bâtir, concentre les connecteurs et leur besoin irrésistible de partager, de mettre en relation, de faire suivre (d’où le nom Match et Forward)…

L’adéquation entre l’offre et la demande d’emploi sera probablement le plus grand défi de la décennie à venir. Avec des départs massifs à la retraite et une raréfaction des bons candidats, il deviendra difficile de trouver la perle rare.

Accéder aux réseaux sociaux de façon efficiente va devenir un enjeu majeur. Une startup d’ici relève le défi en passant par le réseau des connecteurs.

Depuis quelques semaines, j’ai un plaisir fou avec le jeu multijoueur Draw Something développé par OMGPOP pour iOS (iPhone, iPod touch et iPad) et Android.

Le principe est simple : un ami choisit un mot à dessiner. Me l’envoie. Quand j’ai le temps et que j’ouvre l’application, je vais voir les dessins qui m’ont été envoyés. Je tente de deviner le dessin en utilisant les lettres mélangées. Puis je fais un dessin à mon tour que mon ami pourra deviner quand bon lui semble.

C’est simple, mais tellement efficace. Je joue avec plusieurs amis à la fois et je ne me tanne pas. Si je n’ai pas le temps une journée, je n’y vais pas. Si je m’ennuie une journée et que mes amis ne sont pas assez rapides, je commence des parties avec des inconnus disponibles.

Jouer à Draw Something me fait rire aux éclats. Parfois, je ris de mes piètres performances. Parfois, je ris de celles de mes amis. Il m’arrive également d’être impressionnée par les talents de certaines personnes qui réussissent à faire de beaux dessins élaborés malgré la difficulté d’être précis avec ses doigts.

Zynga achète OMGPOP pour 180 millions de dollars

Apparemment, je ne suis pas la seule à avoir eu un coup de cœur pour Draw Something. Selon Business Insider, depuis sa sortie il y a environ deux mois, le jeu a été téléchargé plus de 20 millions de fois (incluant la version gratuite et la version sans publicité à 0,99 $) sur l’App Store, et 10 millions de personnes joueraient à ce jeu au moins une fois par jour. Ce jeu rapportait à OMGPOP un montant dans les six chiffres quotidiennement!

Zynga, connu pour son succès Farmville, a aussi un jeu que l’on joue avec ses amis à son rythme en se renvoyant la balle : Words with friends. Très populaire depuis sa sortie, le jeu est en perte de vitesse depuis l’arrivée de Draw Something dans l’App Store. Zynga se sentant menacé, elle a acheté OMGPOP pour 180 millions de dollars. Pour plusieurs, ce montant est beaucoup trop bas. Selon la firme Flurry, OMGPOP valait au moins un milliard de dollars. Considérant les revenus engendrés quotidiennement par le jeu, certains considèrent l’acquisition de Zynga comme un vol. Mais bon, quelqu’un, à quelque part, a accepté leur proposition.

Lorsque Zynga ne parvient pas à acquérir ses compétiteurs, la compagnie a tendance à développer des applications similaires. Quand Zynga a sorti Dream Heights, le développeur Nimble Bit, qui avait un énorme succès avec son application Tiny Tower, n’était pas content. Le nouveau jeu de Zynga ressemblait énormément au sien.

Petit message à Zynga : lorsque l’on joue souvent, on finit par avoir les mêmes mots à dessiner ou à deviner. Ça serait bien d’en ajouter. Je suggère aussi de développer un version française.

 

 

 

 

La notion de vie privée et de vie publique sur la toile n’a plus de secrets pour la plupart d’entre nous. Combien de fois avez-vous « googlé » le nom d’une nouvelle connaissance afin de mieux savoir à quel genre de personne vous aviez affaire? Peut-être l’avez-vous même fait avec votre propre nom, histoire de savoir comment vous êtes perçu par les autres?

Sur le web comme au tribunal, tout ce que vous dites peut être retenu contre vous.

Vous avez donc intérêt à ne pas raconter n’importe quoi, sur Facebook ou ailleurs. Sauf peut-être si votre compte est privé. Quoique…

Certains employeurs, non satisfaits de sonder le net afin de relever les activités de leurs postulants sur les réseaux sociaux, auraient trouvé une nouvelle façon d’abuser de leur position. Certains employeurs américains vont droit au but : ils exigent carrément les noms d’utilisateurs et mots de passe Facebook des candidats lors de leur entrevue, afin de scruter leur profil personnel.

Qu’est-ce qui explique cette nouvelle tactique? La montée en flèche de la popularité de Facebook et le contexte économique américain sont certainement des facteurs qui pourraient inciter les employeurs à vouloir utiliser de nouveaux outils pour mieux sélectionner (voire surveiller) leurs employés.

Une pratique qui va à l’encontre des conditions d’utilisation

En réponse à cette pratique douteuse, Facebook s’est prononcé contre cette tendance. Erin Egan est responsable de la confidentialité de Facebook. Dans un billet sur le blogue de l’entreprise, elle dénonce que le comportement contrevient à sa charte « Déclaration des droits et responsabilités », qui stipule qu’il est interdit de partager ou de solliciter les noms et mots de passe d’un membre de son réseau.

Sans compter que l’employeur fautif s’expose à d’éventuelles poursuites liées à l’information confidentielle à laquelle il aurait accès. Dans le cas où le postulant n’obtient pas d’emploi, il pourrait accuser l’employeur de discrimination liée à son âge ou son orientation sexuelle.

Facebook prend la chose très au sérieux. Elle va même jusqu’à menacer les contrevenants de poursuites judiciaires. Comme le disait François Lapierre-Messier, de l’émission L’analyse des geeks, dimanche dernier, quand Facebook, souvent elle-même critiquée pour ses pratiques douteuses en matière de confidentialité, trouve que des employeurs vont trop loin dans le non-respect de la vie privée, l’heure est grave.

All your passwords are belong to us

Avez-vous déjà fourni de tels renseignements à une autorité à la suite de sa demande? Êtes-vous du genre à limiter l’accès aux contenus que vous propagez sur Facebook ou sur d’autres réseaux sociaux? Comment réagissez-vous face à ce que Google affiche sur vous, lorsque vous lancez une requête de recherche sur son moteur?

Martin LessardJe pense donc je copie

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 publié le 23 mars 2012 à 9 h 17

Un professeur français, Loys Bonod, a tenté une drôle d’expérience. La nouvelle postée sur son blogue a provoqué une épidémie de retweets dans la twittosphère.

Constatant que ses étudiants copiaient allègrement sur le web pour rédiger leur dissertation littéraire (« des expressions syntaxiquement obscures étaient répétées à l’identique dans plusieurs copies »), il découvre avec stupéfaction qu’ils achetaient les corrigés sur un sujet de dissertation similaire pour la modique somme de 1,95 euro.

cc Krossbow

« Je travaille tout mon samedi ou j’achète un corrigé sur le net? »

À cette question, il semblerait que les étudiants ont assez facilement évalué ce qui était rentable pour eux.

Qu’à cela ne tienne, le professeur a essayé de tendre un piège l’année suivante.

Intoxiquer le web en 5 étapes

Il repère un obscur poème baroque du 17e siècle, introuvable ou presque sur le web, de Charles de Vion d’Alibray et tente durant plusieurs mois d’intoxiquer le web à la façon 2.0.

1- Il devient contributeur sur Wikipédia, fait plusieurs contributions utiles et sincères sur des articles littéraires puis modifie l’article de l’auteur du poème pour introduire des faussetés.

2- Il poste sur différents forums des questions sur le poème, en se faisant passer pour des étudiants en quête de savoir et y répond en se faisant passer pour un érudit qui partage son savoir. Évidemment, ces réponses sont tirées par les cheveux.

3- Il crée un commentaire sur le poème, truffé de fautes et lamentablement construit, et réussit à le proposer à des sites qui vendent des dissertations aux étudiants en panne.

4- Il publie un peu partout des liens vers les pages (Wikipédia, forums, les sites de corrigés) pour faire améliorer le référencement sur Google.

5- Puis il donne à la rentrée deux semaines à ses étudiants pour commenter de façon exclusivement personnelle ce poème.

Résultat: 51 élèves sur 65 ont recopié à divers degrés ce qu’ils ont trouvé sur Internet.

Le pédagogue vengeur

« Avec cette expérience pédagogique, j’ai voulu […] faire la démonstration que tout contenu publié sur le web n’est pas nécessairement un contenu validé, ou qu’il peut être validé pour des raisons qui relèvent de l’imposture intellectuelle. »

« [C]‘est un manque cruel de confiance en eux qui les poussent à recopier ce qu’ils trouvent ailleurs, et en endossant les pensées des autres, ils se mettent à ne plus exister par eux-mêmes et à disparaître. »

Il écrit en conclusion :

« Les élèves au lycée n’ont pas la maturité nécessaire pour tirer un quelconque profit du numérique en lettres. Leur servitude à l’égard d’Internet va même à l’encontre de l’autonomie de pensée et de la culture personnelle que l’école est supposée leur donner. En voulant faire entrer le numérique à l’école, on oublie qu’il y est déjà entré depuis longtemps et que, sous sa forme sauvage, il creuse la tombe de l’école républicaine. »

L’ingéniosité de son stratagème ne peut que susciter une certaine admiration, du moins ne serait-ce que pour sa persévérance. Sa démonstration fait réfléchir.

In html veritas

Mais on se demande pourtant ce qu’il a prouvé.

S’il avait été à une époque sans Internet, aurait-il falsifié les livres à la bibliothèque? Aurait-il placardé des feuillets sur les poteaux de téléphone? Aurait-il fait courir une rumeur?

Tout ça pour prouver quoi? Que les étudiants n’ont pas envie de faire la dissertation? Qu’Internet permet aux étudiants de ne pas faire la dissertation?

Au fond, ce qu’il a fait, ce n’est que la démonstration qu’Internet s’auto-corrige rapidement : après la publication de son billet, l’article de Wikipédia a été immédiatement corrigé, et le corrigé sur le site payant a été retiré.

Il dit défendre ce paradoxe : « on ne profite vraiment du numérique que quand on a formé son esprit sans lui. » Ça mérite réflexion, effectivement.

Mais c’est plutôt une démonstration que l’école n’a pas réussi à former les étudiants à vivre dans un monde de surabondance de l’information.

Je préfère sortir du paradoxe et reposer autrement la question :

De deux choses l’une:

Soit le numérique – c’est-à-dire l’accès à la connaissance globale, erreurs incluses – n’a pas sa place à l’école.

Soit l’école, telle qu’il la pratique et telle que conçue pour un monde de rareté de l’information, n’a pas sa place dans le numérique.