Laurent LaSalleEverything is a Remix

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 publié le 9 février 2012 à 9 h 07

Remixer : combiner ou modifier des ouvrages existants afin de produire quelque chose de nouveau. Si le terme était spécifique à la musique auparavant, la méthode est aujourd’hui omniprésente à tous les niveaux de la création. Telle est la prémisse de la série documentaire Everything is a Remix, dans laquelle le réalisateur Kirby Ferguson fait la démonstration que, comme le nom de son film l’indique, tout est un remix.

Cette initiative n’est pas nouvelle. La première partie, intitulée The Song Remains the Same, a été publiée en septembre 2010. Je profite néanmoins de la diffusion imminente de la quatrième et dernière partie, prévue pour le 15 février, afin de présenter les arguments avancés par Ferguson et faire un certain parallèle avec les projets de loi qui ont fait couler beaucoup d’encre ces derniers mois.

On pourrait en faire autant avec le documentaire RIP : A Remix Manifesto (lequel m’a inspiré un billet l’an dernier à propos des défauts du droit d’auteur à l’ère du numérique), mais j’ai préféré m’attaquer à de la chair fraîche.

En avant la musique

Led Zeppelin est une formation musicale fondée en 1968 en Angleterre. Le groupe, de nos jours considéré sans conteste comme légendaire, était perçu à l’époque par certains comme une bande d’arnaqueurs. En puisant les mélodies de chansons homonymes comme Bring it on Home de Willie Dixon et Dazed and Confused de Jake Holmes, ou en répétant la même formule avec l’introduction de Stairway to Heaven, qu’ils tirent de Tarus, une chanson originalement interprétée par la formation Spirit, les membres de Led Zeppelin pourraient être considérés comme les premiers remixeurs musicaux.

Appliquer ce qualificatif est peut-être tiré par les cheveux, mais outre l’absence d’échantillonnage (une technique popularisée par le hip-hop des années 80), la démarche de Led Zeppelin respecte celle du processus créatif de remix ou de mashup. Bien que le groupe n’attribue pas l’écriture de sa chanson à l’artiste original, il ne modifie pas suffisamment sa version pour pouvoir prétendre qu’elle est originale.

Brett Gaylor, réalisateur du documentaire RIP : A Remix Manifesto, a également puisé d’autres exemples, notamment concernant les Rolling Stones.

Cette démarche serait inacceptable en 2012. Pourtant, elle semble faire partie du processus créatif depuis toujours. L’être humain est une machine à apprendre, et c’est par l’émulation qu’il parvient à assimiler de nouveaux concepts. Comme il est dit dans la troisième partie de Everything is a Remix : « Copier est la manière fondamentale d’apprendre. »

Dans un cinéma près de chez vous

Les statistiques de la seconde partie du documentaire sont intéressantes. Parmi les 100 films les plus populaires des 10 dernières années, 74 sont des suites, des reprises ou des adaptations de contenus préexistants.

Peut-être est-ce parce que les films coûtent excessivement chers à réaliser. Peut-être est-ce parce que les bandes dessinées, les séries télévisées, les jeux vidéo, les livres et autres sont des sources d’inspiration tellement riches. Ou simplement parce que le public préfère ce qui lui est familier. Quelle que soit la raison, la plupart des gros succès hollywoodiens reposent principalement sur des contenus préexistants.

Introduction de la seconde partie de Everything is a Remix

Bien que Star Wars est considéré comme le chef-d’œuvre d’une imagination débordante, le film est un amalgame de scènes reprises du cinéma et de la télévision. Selon Ferguson, les « emprunts » faits par George Lucas sont aussi faciles à identifier que les échantillons d’un remix.

La base de l’histoire du film A New Hope suit une structure proposée par Joseph Campbell dans le livre The Hero with a Thousand Faces, celle du monomythe. Des scènes provenant de la série Flash Gordon et des films du réalisateur Akira Kurosawa ont aussi été d’une grande influence.

Jamais il ne serait possible de produire Star Wars, voire Kill Bill, dans un monde où la réinterprétation de ce genre est interdite. Comment tracer la ligne entre l’hommage et l’inacceptable copie?

Modifications de loi à venir

Les projets de loi comme le SOPA, le PIPA, l’ACTA et C-11 menacent notre accès au patrimoine de l’humanité. En adoptant une mentalité hypocrite, où des entreprises se battent pour des droits sur la propriété intellectuelle et alimentent une guerre de brevets, on nuit à notre évolution culturelle et technologique.

C’est la conclusion que j’ai tirée après avoir vu la troisième partie du documentaire, portant sur l’avènement de l’informatique et les inventions en général.

Si l’attribution de la paternité d’une œuvre est vraiment ce qui est cher aux yeux des créateurs, une modernisation du droit d’auteur inspirée par les licences Creative Commons me semble la seule issue. La loi devra prendre en considération le contexte numérique actuel tout en étant plus flexible sur le partage et le remixage de contenu.

Mise à jour

La quatrième et dernière partie de Everything is a Remix vient tout juste d’être mise en ligne. Elle culmine parfaitement sur les points défendus par les capsules antérieures. À voir absolument!

System Failure, rien ne va plus…

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