Gina Desjardins« Télévision sociale » : données, incompréhension et pertinence (partie 2)

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 publié le 16 janvier 2012 à 10 h 38

Suite de la première partie, publiée jeudi dernier.

Certains médias ont remis en question la pertinence de mettre autant d’efforts sur des stratégies en matière de réseaux sociaux alors que 200 000 personnes s’y engageaient selon les chiffres émis par Seevibes (voir partie 1 pour les résultats). Selon Laurent Maisonnave, « la portée de l’ »audience sociale » de la télévision — c’est-à-dire le nombre total de personnes touchées — va bien au-delà des 200 000 qui se sont engagées sur des émissions sur cette période. C’est également intéressant de mettre en perspective ces chiffres avec le système de mesure actuelle de l’auditoire (BBM) qui analyse le comportement uniquement sur quelques centaines de personnes au Québec. L’intérêt des médias sociaux est qu’ils donnent accès à une source d’information publique immense. Essayez de faire entrer 200 000 personnes dans une pièce pour leur demander ce qu’elles aiment à la télévision. Ces informations donnent une vision très précise de ce que pensent les téléspectateurs des émissions diffusées sur le petit écran. »

Selon lui, comme sur Facebok et Twitter les gens ont en moyenne 130 amis ou abonnés, lorsqu’il y a 1000 personnes qui commentent, ce sont 130 000 personnes qui sont touchées. Comme nos amis ne sont pas branchés en permanence et ne voient pas tout passer, on devrait plutôt parler d’un potentiel de 130 000 personnes. N’empêche, la portée sociale est importante. On aide ainsi le bouche-à-oreille, qui a fait ses preuves en marketing. Ça peut faire découvrir une émission à ses contact, rappeler que l’émission joue en ce moment et surtout créer l’événement.

Selon le fondateur de Seevibes, c’est la revanche de la télé sur Internet. On a dit qu’Internet tuerait la télé. Au contraire, les médias sociaux ravivent l’intérêt de ce rendez-vous où on est obligé d’être devant l’écran au moment de la première diffusion pour partager cette expérience avec sa communauté. Il ajoute que 70 % des téléspectateurs ont un 2e écran (un ordinateur portable, un téléphone intelligent ou une tablette) et que chez les 18-25 ans, ce chiffre augmente à 90 %. C’est donc devenu un besoin. Ce serait aussi une opportunité pour récupérer l’expérience de l’utilisateur (ce qu’il aime le plus, ce qui lui déplaît, ce qu’il améliorerait, etc) et archiver l’information diffusée. Ce serait l’équivalent d’un groupe témoin (focus group) à plus grande échelle.

D’ailleurs, selon Laurent Maisonnave, s’ils avaient le choix entre deux émissions aux mêmes cotes d’écoute, les annonceurs préféreraient placer leur publicité sur celle qui obtient le plus d’activités sur les réseaux sociaux.

« Ce qui est important au final, c’est la manière dont les producteurs et les télédiffuseurs vont utiliser ces informations pour mieux comprendre les comportements et les goûts de leur public pour optimiser les émissions et la programmation, conclut Laurent Maisonnave. C’est la première fois que l’on peut avoir une vue aussi précise de l’expérience des téléspectateurs — basée sur des millions de données. Autant en profiter pour offrir un meilleur contenu. »

Pour en savoir plus

Laurent Maisonnave était l’invité de C’est juste de la TV à ARTV vendredi dernier pour parler de « télévision sociale ». L’émission du 6 janvier est sur le site Internet de l’émission.

 

 

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