Gina Desjardins« Télévision sociale » : données, incompréhension et pertinence (partie 1)

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 publié le 12 janvier 2012 à 11 h 43

Depuis un an, la télévision sociale fait couler beaucoup d’encre. Seevibes, une entreprise Internet montréalaise qui mesure l’« audience sociale » de la télévision, publiait mardi le palmarès des émissions de télévision francophones au Canada qui obtiennent le plus haut niveau d’interactions et d’engagement de la part des téléspectateurs sur les réseaux sociaux.

Tel qu’on peut le lire sur le site de Seevibes, « Les 30 premières émissions du palmarès sont classées selon leur Seevibes Score, une métrique exclusive à Seevibes — sur une échelle de 0 à 100 — basée sur une série de six indices d’analyse du contenu et du profil de l’audience des émissions de télévision sur les médias sociaux. » Seevibes fait d’abord l’analyse de l’auditoire grâce à trois indices : la « portée sociale », la « part de marché sociale » et le niveau de fidélité. Puis elle analyse le contenu en calculant la fréquence, le niveau de réaction et le niveau de réponse. « À travers l’étude 24/24h de centaines d’émissions de télévision, 260 millions d’interactions sociales ont été récupérées, filtrées et analysées par Seevibes, peut-on lire sur le site. Ce sont exclusivement des données publiques en provenance de Twitter et Facebook étudiées du 5 septembre au 18 décembre 2011 pour le marché de la télévision francophone au Canada. »

Selon la firme, plus de 200 000 personnes uniques ont parlé d’une ou de plusieurs émissions de la rentrée.

Les résultats

Les cinq émissions qui ont obtenu le plus haut score Seevibes sont TVA nouvelles (TVA), Un souper presque parfait (V), Tout le monde en parle (Radio-Canada), Occupation double (TVA) et Opération séduction (V).

Les émissions de télé-réalité et les jeux sont ceux qui font le plus réagir. V est le télédiffuseur qui obtient le plus d’interactions. Occupation double est pour sa part l’émission qui a les fans les plus intenses.

73 % des réactions sur les réseaux sociaux proviennent des femmes.

Dans les résultats, on remarque que les émissions avec une forte présence sur Facebook arrivent devant celles très populaires sur Twitter. Comme il y a plus d’internautes sur Facebook que sur Twitter, il est que normal 77 % des interactions proviennent de Facebook.

« À peu près 60 % des Québécois sont sur Facebook, seulement 10 % sont sur Twitter, précise le fondateur de Seevibes Laurent Maisonnave. Mathématiquement, il y a plus de monde qui interagit autour des émissions sur Facebook que sur Twitter. TVA nouvelles est présente sur Facebook, mais ses informations sont également très reprises sur Twitter. Une émission qui ne développe pas de stratégie active sur Facebook se prive d’une partie de son public. »

Des incompréhensions 

Seevibes ne prend pas en considération la fréquence des émissions, ce qui pourrait être intéressant. Une émission hebdomadaire créera habituellement moins de réactions qu’une émission quotidienne.

« Ce commentaire est pertinent, ajoute M. Maisonnave. Mais il y a des contre-exemples d’émissions hebdo, comme Tout le monde en parle (#tlmep), qui font mieux que des quotidiennes, tout comme C’est juste de la TV (#cjdlt). Dans tous les cas, ça dépend énormément des stratégies développées pendant la diffusion et autour des émissions. On se rend compte notamment que l’implication des animateurs est déterminante. » N’empêche, une émission hebdomadaire qui réussit à attirer de nombreux internautes réussit un plus grand exploit qu’une quotidienne qui réussit à avoir l’attention du même petit groupe qui se réunit tous les jours pour commenter, même si cette dernière peut se vanter d’avoir des auditeurs fidèles.

Certaines émissions avec de très faibles cotes d’écoute se trouvent au palmarès parce qu’elles se servent énormément de Twitter en demandant tous les jours aux téléspectateurs d’aller réagir sur leurs réseaux sociaux. On remarque dans ces cas qu’uniquement un même petit groupe de personnes participent d’un jour à l’autre. Ces gens ne semblent pas avoir d’influence sur le choix d’écoute de leurs réseaux. Il pourrait donc être pertinent de trouver une mesure en corrélation avec la cote d’écoute traditionnelle ou de ne pas accorder uniquement de l’importance au niveau de la fidélité de l’« audience sociale », mais aussi à l’événement créé, aux internautes qui interagissent une seule fois et aux nouveaux qui se joignent à la discussion.

Mon autre incompréhension est l’absence de certaines émissions au palmarès. Par exemple, je m’attendais à y voir Les enfants de la télé, qui obtient un immense succès sur Twitter (#edlt) et qui a tout de même une présence raisonnable sur Facebook. La raison de son absence est possiblement que ça réagit moins sur Facebook que sur Twitter. On a beau observer plus de réactions que celles que créent certaines émissions au palmarès, le fait d’être une émission hebdomadaire n’a probablement pas joué en sa faveur.

Mais pour moi, il est impensable que la série La galère ne figure pas au palmarès. Cette série a un succès phénoménal sur Facebook. L’auteure Renée-Claude Brazeau publie elle-même la plupart des statuts de la page. Madame Brazeau a réussi à bâtir une communauté incroyable (90 547 personnes), la plus grosse pour une émission de télévision québécoise. Et les abonnés réagissent en grand nombre à ses statuts. J’ai pu observer certains statuts ayant obtenu plus de 3000 « J’aime » et 500 commentaires. C’est plus que la plupart des autres émissions nommées dans ce palmarès et loin devant Mirador et Yamaska, deux des rares fictions à s’être classées au palmarès.

J’ai posé la question à Laurent Maisonnave, qui avoue avoir peut-être fait une erreur dans le calcul pour La galère en se basant sur ce que les fans publient au lieu des réactions sur ce que les administrateurs de la page publient. « Je vais étudier plus précisément les résultats de La galère dans la base de données de Seevibes. Pour l’instant, ce n’est pas automatique, donc ça prend du temps. Nous devons lancer des recherches sur des millions de données que nous avons récupérées. »

Évidemment, Seevibes est nouveau et s’améliorera avec le temps. « La méthodologie peut-être perfectible, ajoute M. Maisonnave, mais elle a l’avantage d’être la même pour tout le monde. Seevibes fournit des dizaines de métriques détaillées sur l’« audience sociale » des émissions de télévision. Un des indices pourra être très bon pour une émission — nombre de participants, alors qu’un autre indice pourra être mauvais — faible fidélité. »

Dans mon prochain billet, je parlerai de la pertinence de miser sur l’interaction avec les auditeurs pour une émission.

Seevibes – Mesure de l’audience sociale de la télévision : Palmarès automne 2011

Réseaux sociaux, Télévision