Si vous voyagez le moindrement, vous avez certainement une histoire abracadabrante à raconter sur un moment pénible et redouté par plusieurs : le passage aux douanes. Que vous ayez ou non quelque chose à vous reprocher, ce rituel cause parfois un stress démesuré lié à la crainte de se faire accuser d’un crime quelconque ou de se voir refuser l’accès au pays de votre destination.
Le 16 janvier dernier, Leigh Van Bryan, gérant de bar de 26 ans, a demandé à une amie sur Twitter : « Es-tu libre cette semaine pour une courte conversation / planification avant que j’aille détruire l’Amérique? »
Il n’en fallait pas plus pour que son nom se retrouve sur une liste noire.
Bryan a dit avoir été questionné au sujet de son message pendant près de cinq heures : « Les agents me traitaient comme si j’étais un terroriste. J’ai continué à leur répéter qu’ils avaient mal interprété mon tweet. »
Au final, le département américain de la Sécurité intérieure a confirmé que Bryan avait bel et bien écrit qu’il voulait non seulement détruire l’Amérique, mais également exhumer le cadavre de Marilyn Monroe (une référence à l’émission Family Guy, provenant d’un tweet précédent).
Qu’on se le dise : le département de la Sécurité intérieure des États-Unis est dépourvu de sens de l’humour.
À pareille date l’an dernier, Paul Chambers (un autre Britannique) a dû payer une amende de 385 £ (et 2 600 £ en frais divers) pour avoir mentionné sur Twitter qu’il était prêt à faire exploser l’aéroport Robin Hood de Doncaster « à ciel ouvert! » si celui-ci ne reprenait pas ses opérations rapidement afin qu’il puisse voir sa petite amie.
Au début de janvier, Martin Reisch se dirigeait vers la frontière américaine lorsqu’il s’est aperçu qu’il avait oublié son passeport à la maison. Plutôt que de rebrousser chemin, il s’est souvenu avoir une copie numérisée de son passeport sur son iPad. Voulant éviter de faire quatre heures de trajet supplémentaire, il a tenté sa chance avec cette reproduction.
Malgré l’air sérieux du douanier, la chance a souri à cet homme de 33 ans.
Agacé par la sortie de Reisch dans les médias, le département de la Sécurité intérieure des États-Unis a insisté sur le fait qu’il détenait suffisamment d’information sur l’individu pour confirmer son identité avec ses registres.
Officiellement, les douanes américaines n’acceptent que les documents suivants : un passeport (physique), un permis de conduire Plus ou une carte Nexus.
Appelons ça traverser le mur du son. Le blogue Triplex, c’est-à-dire Gina Desjardins, Laurent LaSalle et moi-même, vous propose aujourd’hui la première d’une série d’émissions en baladodiffusion sur l’évolution des nouvelles technologies, leurs tendances et leurs répercussions sur nos vies.
Non seulement vous pouvez toujours nous lire, mais vous pouvez maintenant aussi nous entendre. Dans cette émission animée par Philippe Marcoux, l’ex-Triplex, nous commentons les enjeux abordés dans nos billets, nous nous questionnons et nous nous échangeons des idées.
Triplex en balado, de la techno plein vos oreilles
Le terme podcast s’est imposé rapidement pour nommer « ces enregistrements radio qui ne passent pas à la radio » (l’iPod étant l’appareil le plus populaire où s’écoutent les fichiers audios). Et en français, c’est devenu « balado », selon une très belle traduction que j’adore et qui est à la radio ce que le blogue est aux journaux, c’est-à-dire un complément et un genre en soi.
La baladodiffusion, c’est donc la mise à la disposition de fichiers (audios ou vidéo) qui permettent aux utilisateurs de les télécharger et de les consulter ultérieurement sur des baladeurs numériques.
Une émission en balado a un format et une durée beaucoup plus libres qu’à la radio. La durée s’adapte en fonction du thème et n’a pas de contrainte horaire. Notre « Triplex en balado » durera entre 30 et 45 minutes, c’est selon. Nous allons produire une émission aux deux semaines environ.
Émission 1: La tablette ou le monde à portée de main
Notre première émission porte sur les tablettes. Nous l’avons enregistrée la veille de l’annonce d’Apple sur le lancement d’iBooks 2 et d’iBooks Author, qui placent l’iPad au coeur des institutions d’enseignements en proposant de faire passer les livres scolaires au 21e siècle.
C’était un moment idéal pour réfléchir à la place des tablettes dans nos vies. La première tablette est arrivée il y a exactement 2 ans et personne ne savait à quoi cela pouvait bien servir.
Dans cette émission, nous discutons ensemble de comment la tablette s’est imposée comme un outil important dans la micro-informatique grand public, et de la façon dont elle s’insère dans notre quotidien, à côté de nos autres gadgets, des cellulaires intelligents aux ultraportables.
Contenu de l’émission 1 : La tablette ou le monde à portée de main
Équipe de Triplex en balado :
Participants et blogueurs : Gina Desjardins, Laurent LaSalle et Martin Lessard
Animateur : Philippe Marcoux
Musique : Pierre Crube (oui, oui, le membre du (défunt) duo électro-pop de Montréal Numéro#)
Réalisatrice : Marine Fleury
Preneur de son et monteur : Serge Bribeau
Édimestre et photographe : Félix-Antoine Viens
Infographe et intégratrice web : Marie-Anne Seim
Pour en savoir plus
Triplex a publié au cours de la dernière année plusieurs billets sur la tablette :
Le Super Bowl est un des événements télévisuels les plus populaires. En 2011, pas moins de 111 millions de personnes étaient rivées à leur téléviseur pour regarder la partie. La popularité de l’événement a un coût pour les annonceurs, qui doivent débourser 3,5 millions de dollars pour une publicité de 30 secondes. Afin de maximiser leur investissement, ils créent de plus en plus des stratégies de médias sociaux autour de leur campagne publicitaire.
L’an dernier, avant même le jour de l’événement, la publicité « The Force » de Volkswagen était virale sur YouTube. Cette année, Volkswagen a une fois de plus mis un extrait de la publicité qui sera présenté le 5 février. Ça peut paraître surprenant de voir le teaser d’une publicité, mais la vidéo « The Bark Side » obtient un grand succès sur le web, et les gens manifestent leur hâte de voir la pub au complet. Depuis le lancement de la vidéo le 18 janvier, plus de 9 millions de personnes l’ont regardée sur YouTube.
Un autre teaser viral depuis quelques jours : le retour de Ferris Bueller. Non, on ne verra pas une bande-annonce pour la suite du film. Selon les rumeurs, Honda aurait plutôt utilisé le personnage pour sa publicité. En 24 heures, la vidéo de 10 secondes a été vue plus de 1 million de fois.
Audi a pour sa part lancé un concours sur sa page Facebook demandant à ses fans de déverrouiller la publicité. Ceux qui réussissaient rapidement à assembler le casse-tête courraient ainsi la chance de remporter une voiture. La publicité de 60 secondes est depuis accessible sur YouTube.
Les visiteurs du site Internet de Doritos (une propriété de Frito Lay) ont eu à choisir laquelle des vidéos produites par les internautes serait présentée officiellement pendant le Super Bowl.
L’idée n’est plus de garder les publicités du Super Bowl secrètes. La plupart se trouvent déjà sur YouTube. On tente maintenant de créer un engouement avant le grand jour.
Il se pourrait bien que l’on trouve dans les publicités diffusées le 5 février prochain des références aux réseaux sociaux des compagnies, des mots-clics, des liens vers la page Facebook, une expérience supplémentaire pour ceux qui ont aimé la publicité. Déjà l’an dernier, quelques publicités le proposaient.
Et tout comme l’an dernier, Adblitz sur YouTube devrait avoir de nouveau une section réservée aux publicités (les ajoutant au fur et à mesure de leur diffusion) du Super Bowl. Parfait pour ceux qui n’habitent pas aux États-Unis et qui n’ont pas accès aux publicités, qui sont devenues presque aussi populaires que le match de football et le spectacle de la mi-temps.
Coca-Cola, pour sa part, pousse encore plus loin. Et j’avoue aimer l’idée. Les ours polaires, mascottes de la compagnie, regarderont le match et le commenteront. Derrière eux se cacheront des animateurs de communautés (deux employés de Wieden + Kennedy, l’agence de pub de Coca-Cola) qui seront chargés de commenter le match et les publicités. Ils ont également préparé différentes animations selon le déroulement de la partie.
Selon Mashable, des employés de l’agence Wieden + Kennedy ont eu l’idée au Super Bowl l’an dernier. Leur publicité a été bien reçue, mais ils se sont demandé comment aller plus loin et intégrer la marque dans les nombreuses conversations à propos du Super Bowl. Comme les recherches démontrent que 60 % des gens regarderont la partie avec un deuxième écran (ordinateur portable, tablette ou téléphone intelligent), ils ont pensé à un moyen de les accompagner.
Pour les annonceurs, c’est une belle occasion d’augmenter leur communauté sur le web afin de ne pas faire un grand coup un soir seulement.
La journée même, le PIPA (PROTECT IP Act, ou Preventing Real Online Threats to Economic Creativity and Theft of Intellectual Property Act), un projet de loi équivalent déposé au Sénat américain, subissait une conclusion similaire.
Autrement dit, le SOPA et le PIPA ne seront pas entérinés de sitôt dans leur état actuel par le gouvernement des États-Unis. Êtes-vous rassurés? Pas si vite…
Bien que ces projets soient suspendus, le lobby de l’industrie du divertissement pourrait chercher à influencer d’autres projets de loi à l’étude dans divers pays, dont le projet de loi C-11, visant à mieux protéger le droit d’auteur face à la réalité numérique actuelle. C’est du moins ce que soutient Michael Geist, professeur et théoricien spécialisé dans la propriété intellectuelle.
Le projet de loi C-11?
Il y a déjà un bon moment que le gouvernement conservateur canadien cherche à réformer la Loi sur le droit d’auteur, mais l’instabilité de la Chambre des communes ces dernières années était un contexte défavorable à la modification de cette importante législation.
Introduit le 29 septembre dernier, le projet de loi C-11 est en tout point identique au projet de loi C-32. La proposition comprend le concept d’utilisation équitable, qui s’apparente au fair use américain, permettant une certaine flexibilité quant à l’utilisation de contenu protégé sans autorisation dans des contextes éducatifs, satiriques ou parodiques. On propose également d’accorder le droit au consommateur de déplacer son contenu afin de suivre une certaine évolution technologique et pour des fins d’archivages. Par contre, pour ce qui est du verrou numérique (les fameux DRM), il serait désormais illégal de les contourner, peu importe pour quelle raison.
Le projet de loi C-11 n’est donc pas parfait, mais il ne va pas jusqu’à bannir l’accès à des sites web situés à l’étranger et soupçonnés de contrevenir à ces règles, une caractéristique du SOPA que l’industrie de la musique aimerait inclure dans le projet de loi canadien.
Michael Geist a mis la main sur une liste d’amendements proposés par la Canadian Independent Music Association. On propose de permettre au tribunal de lancer un mandat afin de bloquer l’accès à des sites pirates tel The Pirate Bay afin de protéger le marché canadien. On suggère également d’inciter les FAI (fournisseurs d’accès Internet) à couper leurs services aux clients soupçonnés d’avoir téléchargé illégalement du contenu protégé par droit d’auteur.
Un lobby plus large souhaiterait même l’inclusion d’un amendement qui pourrait bloquer l’accès à des sites facilitant le partage de contenu sans autorisation des ayants droit, un fléau que combattent des portails vidéo comme YouTube au quotidien.
Pendant ce temps aux États-Unis : ACTA
L’ACTA (Anti-Counterfeiting Trade Agreement) est une proposition de traité international multilatéral concernant les droits de propriété intellectuelle. Son champ d’action est beaucoup plus large, et son application accorderait entre autres le droit aux douaniers de fouiller les ordinateurs portables, baladeurs numériques et téléphones intelligents à la recherche de produits qui violent le droit d’auteur, lors de votre passage à la frontière d’un pays signataire.
Ce sujet mérite qu’on s’y attarde davantage, puisqu’il sera certainement dans la ligne de mire des opposants de SOPA et PIPA ayant manifesté au cours des dernières semaines.
Le débat sur la modernisation du droit d’auteur ne fait que commencer…
Lors d’un dîner entre amis à l’hiver 2004-2005, trois employés de PayPal, Chad Hurley, Steve Chen et Jawed Karim, observaient les gens filmer la soirée en se demandant s’ils allaient voir les vidéos. Il n’y avait pas de façon de les partager facilement. Ils ont eu une idée : créer un site de partage vidéos. Les vidéos seraient créées par et pour les internautes. Un an plus tard, Google achetait YouTube pour 1,65 milliard de dollars (en actions Google). La croissance de la plateforme n’a jamais diminué depuis sa création. Mais de plus en plus, on y trouve du contenu professionnel. YouTube conclut des ententes avec des producteurs de télévision et lance son festival du film pour récompenser les jeunes réalisateurs.
Des chiffres impressionnants
YouTube publiait lundi sur son blogue des statistiques sur sa popularité.
- Tous les jours, YouTube enregistre 4 milliards de vues. Ça fait 46 000 par secondes. Une augmentation de 25 % en 8 mois.
- Depuis le lancement de la plateforme, le nombre de vidéos téléchargées sur le site n’a cessé d’augmenter. Ça a passé de l’équivalent par minute de 6 heures de contenu en 2007 à 48 heures d’images vidéo déposées sur le site en 2011. En ce début de 2012, le compte serait à l’équivalent de 60 heures de contenu par minute, une augmentation de 30 % en 8 mois. Une nouvelle heure de vidéo est donc disponible chaque seconde. D’ailleurs, on dit que le contenu mis en ligne sur le site en 60 jours est supérieur au nombre créé par les trois principaux réseaux américains en 60 ans.
Pas étonnant que la plateforme a servi de tremplin pour plusieurs artistes. Cette semaine, on célébrait d’ailleurs les 5 ans de Justin Bieber sur YouTube. Si sa mère n’avait pas mis en ligne une vidéo de lui en 2007, aurait-il été remarqué par Scooter Braun, qui, lui, a cru bon de montrer la video – de très mauvaise qualité – à Usher? Le jeune chanteur canadien fait maintenant partie des 10 comptes YouTube avec le plus d’abonnés. Le vidéoclip de sa chanson Baby a beau détenir le record du moins aimé (plus de 2 millions de « Je n’aime pas »), c’est aussi la video la plus vue du site (695 millions de vues). Mashable a créé une illustration de données pour souligner les 5 ans de Justin Bieber sur YouTube en quelques événements clés.
Évidemment, comme les vidéos viennent des utilisateurs, on trouve sur YouTube beaucoup de contenu inintéressant. Mais plus les années passent, plus on trouve du contenu de qualité. Il faut dire que les gens ont maintenant facilement accès à des caméras de qualité, même s’ils utilisent beaucoup celle de leur téléphone.
YouTube encourage d’ailleurs le contenu de qualité. D’abord, la plateforme a commencé dès le début à faire des ententes avec certaines chaînes de télévision afin qu’elles ouvrent des comptes officiels pour y mettre des extraits ou des exclusivités. Le site de partage vidéo a ensuite lancé un système de partenariat pour récompenser les utilisateurs les plus populaires. Ces derniers reçoivent un pourcentage des profits réalisés avec la publicité diffusée sur leur page et avant leurs vidéos.
L’an dernier, YouTube lançait la location de films sur son site en plus d’une section de diffusion d’événements en direct.
Si vous avez regardé le dévoilement des nominations du prochain gala des Oscars mardi matin, vous avez pu en faire l’expérience. Celui-ci était diffusé sur YouTube et les abonnés pouvaient commenter en direct l’événement dans une boîte placée à droite de la vidéo.
Le futur de la télévision ?
Mais voilà que YouTube veut aller plus loin. Le site veut offrir du contenu professionnel inspiré directement par les chaînes de télévision. C’est ainsi que ces dirigeants ont conclu des ententes avec plusieurs producteurs, diffuseurs et artistes afin de créer une centaine de chaînes offertes à la demande. Parmi la centaine de nouveaux partenaires, il y aurait Jay-Z, Reuters, LionsGate et Disney. Ce dernier y lancerait une websérie exclusive inspirée du jeu mobile Where’s my water?.
Cette semaine se déroulait à Munich la conférence DLD (Digital Life Design). Selon le site Meta-Media, YouTube est vu comme le futur de la télévision « Selon le patron du numérique de l’agence de publicité WPP, Mark Read, YouTube peut faire désormais payer parfois aux annonceurs le même prix que sur certaines chaînes TV du câble. Quand on sait que YouTube finance déjà des contenus propres à hauteur de 100 millions $ pour des chaînes originales à venir sur sa plateforme, il ne lui reste plus qu’à concourir pour des droits! » Constantin Bjercke, le pdg de Crane.tv, éditeur de magazines culturels vidéo, aurait ajouté « YouTube est bien la nouvelle TV. »
Selon Forrester Research, la moitié des ménages posséderont un téléviseur connecté d’ici 2016. Les nouvelles chaînes de YouTube seront donc facilement disponibles sur la télévision, à un prix moindre que les forfaits de câblodistribution et satellite. Pour plusieurs, ces derniers devront acheter des chaînes web pour survivre. On peut dire que YouTube part à l’assaut des téléspectateurs traditionnels.
YouTube lance un festival de film
YouTube a permis à plusieurs réalisateurs de montrer leur talent en mettant en ligne leurs courts métrages. J’ai déjà parlé de du réalisateur québécois Patrick Boivin, qui s’est fait connaître grâce à ses clips mis en ligne sur son compte YouTube. Pour encourager davantage les jeunes talents à utiliser la plateforme, YouTube annonçait la semaine dernière le lancement de YourFilm Festival. Du 2 février au 31 mars, les créateurs sont invités à inscrire leurs courts métrages d’une durée maximale 15 minutes. La compagnie de production de Ridley et Tony Scott, Scott Free Productions, aura à choisir 50 vidéos. Les internautes pourront ensuite regarder les 50 films sélectionnés à l’adresse YouTube.com/yourfilmfestival et voter pour leur coup de cœur. Les 10 finalistes ainsi choisis seront invités au Festival du film de Venise en août. Leurs créations seront présentées sur grand écran à un public de cinéphiles. Un jury présidé par Ridley Scott déterminera un gagnant. Ce dernier recevra un budget de 500 000 $ pour produire un film avec Scott Free Productions.
Mais ne vous en faites pas, les chats auront toujours une place de choix sur la plateforme !