Billets publiés le 19 décembre 2011

Martin LessardConcurrence au pays des pères Noël

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 publié le 19 décembre 2011 à 16 h 15

Vincent Brousseau-Pouliot, de La Presse, a sorti le chat du sac. Voilà l’histoire enfin étalée sur la place publique. Une histoire de concurrence au pays des pères Noël.

En 2008, puis en 2009, UgroupMedia, la firme montréalaise derrière le site du Père Noël Portable (PNP), a proposé son concept original de carte vidéo personnalisée de Noël à Bell. Sur le site de Sympatico, les parents pouvaient envoyer un message du père Noël à leurs enfants. En quelques étapes, ils indiquaient le nom et le jouet préféré de leur petit, et le père Noël communiquait directement avec lui dans une vidéo touchante.

Que le vrai père Noël se lève

C’est l’année passée que ça s’est corsé. « UgroupMedia voulait renouveler sa licence canadienne du Père Noël Portable à Bell en 2010, mais les deux parties ne sont pas parvenues à s’entendre », rapporte Vincent Brousseau-Pouliot dans La Presse de samedi dernier.

Bon, le genre de problème qui arrive en affaires, n’est-ce pas? UgroupMedia n’avait qu’à se trouver un autre commanditaire, pourrait-on se dire.

Mais voilà, en 2010, après avoir eu le PNP sur son site pendant deux ans, Bell décide de lancer son propre site de vidéos du père Noël.

« Nous trouvions les deux sites extrêmement similaires, dit Alexandre Bérard, le président et chef de la direction de UgroupMedia. Ils ont le même genre de chambre de père Noël, le même père Noël de type européen. Leurs questions ressemblent aux nôtres : en 2010, Bell a seulement ajouté une question pour demander aux enfants ce qu’ils veulent faire plus tard dans la vie », poursuit-il, toujours dans l’article de Vincent Brousseau-Pouliot.

Le PNP se trouve tout à coup en concurrence avec un autre père Noël qui fait la même chose.

Vous avez dit « troublant » ?

Le journaliste de La Presse a bien fait ses devoirs: il a demandé à la professeure de droit Ysolde Gendreau d’examiner les deux sites de père Noël concurrents. Selon cette spécialiste du droit d’auteur et du droit de la concurrence, les ressemblances sont « troublantes ».

En fait, pas besoin d’être professeur de droit pour trouver «troublantes» les ressemblances. Tout et chacun peut le constater par soi-même. Les petits malins pourront toujours dire que « l’hiver tous les pères Noël sont rouges ». Mais la barbe dépasse…

Car on pourrait bien trouver « troublante » aussi la mise en ligne, par Bell, d’un site concurrent aussitôt après les deux ans de collaboration avec UgroupMedia. Ce dernier s’est pourtant fait dire par la Cour suprême que le « message […] n’est pas copié, qu’il n’y a pas de reproduction d’une marque de commerce » et que « le préjudice n’est pas irréparable » (source : La Presse). Oui! Bell a à deux reprises fait reconnaître la légalité de son site web.

« Faute de moyens financiers, UgroupMedia a choisi de ne pas poursuivre le débat juridique après ces deux revers préliminaires », conclut Vincent Brousseau-Pouliot. Le dossier est clos.

Après ça, comment croire au père Noël?

Dommage de voir une telle concurrence entre Goliath et David au pays des pères Noël. Mais sur le web, ce David peut compter sur les gens pour propager son URL afin de contrer la force de frappe publicitaire de Goliath. Choisir son père Noël en ligne serait-il devenu un choix de justice?