Laurent LaSalleComment écoutez-vous votre musique?

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 publié le 5 décembre 2011 à 15 h 40

C’est la question que pose Musique 2.0 : La portée de vos clics, un site à l’initiative de Radio-Canada qui rassemble l’information légale concernant les diverses façons de consommer de la musique à l’ère du Web.

On y trouve un glossaire sur la terminologie employée lorsque vient le moment de parler du partage de musique sur la toile, des statistiques sur la proportion d’unités vendues au Canada, l’évolution des ventes de musique en ligne de 2005 à 2010 au Canada et des capsules vidéo mettant en vedette des acteurs de l’industrie.

J’aime particulièrement la présentation des principaux supports musicaux ayant été mis en marché au fil du temps, surtout lorsqu’on y arrime les arguments des spécialistes défendant la supériorité de ces médiums sur d’autres.

Êtes-vous de ceux qui profitent du téléchargement gratuit? Du téléchargement payant? De ceux qui préfèrent écouter de la musique en ligne ou de ceux qui achètent encore des CD, des disques vinyles? Ou, enfin, de ceux qui écoutent la radio? Personnellement, à ces questions, je ne peux répondre que : « Toutes ses réponses! »

Pour l’amour du vinyle

Le disque vinyle (ou microsillon) se présente sous deux formes : le 33 tours et le 45 tours. Le premier, aussi nommé long jeu (LP ou long play en anglais), contient entre 30 et 50 minutes d’enregistrement audio. Le second aussi se présente sous deux formes : le disque simple, comprenant au maximum deux chansons, et le maxi (EP ou extended play en anglais), qui contient entre 10 et 30 minutes d’enregistrement audio.

Pour Pierre Markotanyos, propriétaire de la boutique Aux 33 tours, il va de soi que le vinyle est le support par excellence quand vient le moment d’apprécier la musique. Il considère ce support comme plus chaleureux, par opposition au CD, plutôt froid :

Il y a des vides entre chaque millième de seconde sur un CD. Ce n’est pas un son constant, ce n’est pas un son pur. C’est un échantillonnage, et, en plus, il y manque de l’information : votre subconscient peut savoir que le son n’est pas à 100 % complet. Un vinyle, si vous l’arrêtez ou si vous le ralentissez, vous n’aurez jamais de vide. C’est pur, c’est continuellement du son analogique.

Dès qu’il est question de résolution, les spécialistes sont généralement prompts à dénoncer les limites d’une solution numérique, tant pour l’audio que pour l’image. Si, aux débuts de la photo numérique, la qualité de l’image était stigmatisée, la technologie a évolué et elle offre désormais des standards de qualité comparables, voire supérieurs à ceux de la pellicule argentique. Si on peut facilement se coller le nez sur une image afin de voir de quoi celle-ci est constituée (ses pixels ou son grain, selon le type d’image), il n’est pas aussi naturel de faire la même chose avec de la musique, c’est-à-dire de ralentir un morceau afin d’en percevoir le détail.

Personnellement, bien que je me considère audiophile, je ne suis pas un puriste. J’aime surtout le disque vinyle pour le rituel de sortir le disque de sa pochette, de lui souffler dessus afin d’en retirer un maximum de poussière, de le déposer sur ma table tournante et d’y appliquer l’aiguille au début de la plage désirée.

La perte de contrôle provoquée par la disparition du support physique

Au début du 21e siècle, tandis que les services de partage de fichiers tels Napster gagnaient en popularité et que les premiers baladeurs numériques envahissaient le marché, l’industrie de la musique a été bousculée. Guillaume Déziel, gérant du groupe Misteur Valaire, explique la nuance entre un bien rival et un bien non rival :

Le bien rival peut être par exemple une pomme. Si je mange une moitié de pomme et que je partage ma pomme avec toi, tu vas avoir une moitié de pomme. Alors que si j’ai un MP3 dans mon iPod et que je veux le partager avec toi, je n’en serai pas dépossédé de la moitié; je n’en serai pas dépossédé du tout. Une omniprésence de ce bien-là est donc possible.

Lorsque les États-Unis ont inventé l’Internet, ils ont inventé la machine à photocopier l’information numérique. Une fois qu’on a basculé dans l’ère numérique de la musique, on s’est retrouvé dans un endroit où le support de la musique n’était plus le petit rouleau de cire, ou la platine, ou le vinyle, ou le 8 pistes. On est tombé dans un univers où le support était le fil électrique, celui qui conduit l’information. La nature même de ce réseau filaire est de copier l’information.

On a donc basculé dans une autre ère : le bien rival est devenu non rival. Quand [l'industrie] a constaté ça, elle n’a pas eu d’autre choix que de prendre des décisions quant à la mise en marché de ce bien-là, dont la nature a complètement changé. On a vu dans les dernières années des tentatives de contrôle de la musique numérique avec des DRM [des verrous numériques]. Ça a été un échec complet. Même que les artistes étaient contre parce que ça diminuait l’accès à leur environnement créatif.

Heureusement, comme je le soulignais dans un de mes articles du mois d’octobre dernier, une majorité de disquaires en ligne offrent leur musique sans aucune restriction.

Droit d’auteur

Il faut comprendre que cette campagne d’information a lieu alors que le gouvernement fédéral présente le projet de loi C-11 modifiant la loi sur le droit d’auteur. Le site de Radio-Canada liste aussi les actions permises et celles qui sont interdites quand vient le moment de transférer notre musique, que ce soit à des fins personnelles ou dans un processus créatif.

Le principal bémol de ce projet de loi concerne le contournement de verrou numérique. Ce concept, jusqu’à maintenant inexistant dans la loi canadienne, sera formellement interdit si la loi est acceptée telle quelle.

Pour plus d’information sur les différentes façons de consommer de la musique en ligne, ou pour en savoir davantage sur le projet de loi, visitez le portail Musique 2.0 : La portée de vos clics.

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