Billets publiés le 28 novembre 2011

Martin LessardLe dernier tabou robotique?

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 publié le 28 novembre 2011 à 12 h 05

Dans notre culture, la peur viscérale d’un être artificiel change selon les avancées technologiques. Autrefois fait d’argile (le Golem de la culture hébraïque) ou de chair (la création de Frankenstein de Shelley), l’être artificiel a toujours suscité la plus grande crainte. Le robot n’a pas fait exception.

Le scénario d’horreur est constamment le même. L’homme construit un être de toutes pièces, et cet être se dérègle ou se rebelle contre son maître.

Dans un cauchemar près de chez vous

Chaque époque a son bouc émissaire.

Dans le film Colossus : the forbin project (Le cerveau d’acier), en 1970, un superordinateur central est censé contrôler intelligemment le système de défense nucléaire américain. Lorsqu’il est interconnecté avec son pendant soviétique, les deux prennent le contrôle du monde. On peut y voir une ressemblance avec la tendance des mainframes à s’interconnecter sur ce qui va devenir Internet et une certaine inquiétude que cela peut susciter.

C’est probablement à Hollywood que l’on doit les meilleures images du robot maléfique qui cherche à dominer l’homme. Qu’est-ce que le film Terminator nous dit sinon que la technologie va prendre le dessus sur nous? Dans ce classique des années 80, les Terminators, comme leur nom l’indique, tentent de mettre un terme à la race humaine.

Le film Matrix, dans les années 90, jouait dans le même registre, et nous mettait en garde contre la Matrice, qui nous assujettit en contrôlant nos esprits dans un monde virtuel (qu’elle nous fait passer pour la réalité).

À l’inverse aujourd’hui, le cinéma américain cesse de plus en plus de jouer sur la corde de la peur de la technologie. La technologie est tellement omniprésente aujourd’hui, qui en a réellement peur? Le dernier robot en date est Wall-e, le prototype par excellence du robot inoffensif.

La paix avec les robots

Le monde des livres, lui, a fait la paix avec l’insubordination des robots beaucoup plus tôt.

Isaac Asimov dans sa fameuse série des Robots s’est joué de cette peur en inventant les fameuses trois lois de la robotique (ex. : « un robot ne peut porter atteinte à un être humain » ou « un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain »). Ces lois sont programmées dans le cerveau des « robots positroniques », qui ne peuvent pas les enfreindre.

Probablement parce que la science-fiction a beaucoup évolué à travers les romans, le livre ne joue presque plus sur la peur des êtres artificiels. Les films ont été plus lents à suivre cette tendance.

Hollywood semble ressusciter aujourd’hui davantage des personnages qui sont en fait des métaphores d’êtres cybernétiques (comme Iron Man) ou des humains augmentés (comme Captain America), qui sont des humains en mutation, en quelque sorte (voir mon billet sur l’aube des cyborgs). La peur des robots n’est plus très contemporaine.

On serait passé à autre chose?

Briser un tabou culturel

Ceci pourrait expliquer pourquoi on a franchi sans broncher un tabou culturel, robotique devrais-je dire. En Corée du Sud, le gouvernement va faire une expérience inédite : des robots seront utilisés comme gardiens de prison pour surveiller les prisonniers.

Le ministère de la Justice sud-coréen a autorisé pour une période d’un mois l’usage de robots pour garder une prison au sud-est de Séoul. Les robots patrouillent dans les couloirs pour détecter toutes activités suspectes et anormales, comme des comportements violents dans des cellules.

Les robots n’interviennent pas, car leur rôle consiste simplement à alerter les gardiens humains en cas de grabuge. On dépasse ici une simple surveillance vidéo pour passer à une « analyse des activités des prisonniers » in situ afin de détecter des mouvements atypiques.

Bien sûr, c’est aussi un moyen pour les prisonniers de communiquer avec les gardiens s’ils sont dans le besoin. Le personnel ne peut pas être partout, surtout la nuit.

Fait à noter, ces robots ne ressemblent pas du tout aux Terminators. Ils ressemblent plutôt en fait à des Wall-e.

Photo: Yonhap

La symbolique est tout de même forte : on laisse maintenant les robots surveiller des humains. Et personne ne bronche. Avons-nous surmonté notre peur? Ou devrions-nous nous en inquiéter?