Billets publiés le 4 novembre 2011

Martin LessardLe syndrome geek

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 publié le 4 novembre 2011 à 10 h 30

Un aspect très intéressant de ce qu’on appelle le web 2.0 est la formation de groupes d’affinité en ligne. Le monde virtuel permet de retrouver des personnes avec les mêmes intérêts (professionnels, personnels) et d’en discuter.

Dans la très grande majorité des cas, surtout dans des endroits densément peuplés, ces groupes en ligne se rencontrent aussi en chair et en os pour discuter de leur passion.

Certains pourront dire que c’est une façon de nous affranchir de la mentalité de clocher pour assouvir notre volonté de vivre comme bon nous semble.

Dans un village avec peu de mobilité, il est vrai qu’il faut composer avec des goûts différents des siens. On développe alors une autre forme de relation avec les gens, basée moins sur les intérêts et davantage sur la sociabilité.

En ligne, il est possible de socialiser, mais en choisissant des gens qui ont tous la même passion que soi. Les gens se rencontrent en ligne avant de se rencontrer en face à face (pensons aux divers « camp », « meetup » et autres « 5 à 7″).

Et les rencontres favorisent la formation de couples. Le problème commence si ces couples possèdent des « traits autistiques »…

Le syndrome geek

Je suis tombé sur une série d’articles qui relatent une recrudescence du nombre d’enfants autistes. Depuis plus d’une dizaine d’années, on commence à soupçonner que certains traits caractéristiques des profils cognitifs des personnes atteintes d’un type d’autisme se retrouvent chez des personnes qui n’en sont pas atteintes.

Le profil cognitif en question est la facilité d’avoir une pensée systémique, combinée avec un manque d’empathie et de sociabilité. On retrouve chez les geeks, ces personnes douées intellectuellement, souvent férues d’informatique, parfois socialement peu habiles, le même profil cognitif que celui des gens atteints d’autisme. Les geeks ne sont pas autistes.

Mais les autistes peuvent être geeks.

Le syndrome d’Asperger

L’autisme aujourd’hui prend diverses formes. Le syndrome d’Asperger est la forme d’autisme peut-être la plus bénigne, où la personne est loin d’être en retard mentalement (il a même souvent un QI plus élevé que la moyenne) mais possède certaines déficiences sociales (la personne n’arrive pas décoder les subtilités des relations humaines en société).

Ces personnes atteintes du syndrome d’Asperger sont souvent bien fonctionnelles en société, surtout ceux dont leur passion, souvent une obsession avec les nombres, peut faciliter leur employabilité. Ils deviennent mathématiciens, informaticiens, statisticiens, scientifiques.

Le syndrome geek, c’est quand un couple de passionnés/obsédés, qui se révèlent tous les deux avoir le syndrome d’Asperger, se rencontrent et fondent des familles. Leurs enfants, selon la théorie du « assortative mating » du neuroscientiste Simon Baron-Cohen, ont malheureusement plus de chance d’être autiste aussi. Mais en général de façon plus grave que leurs parents.

Autisme en hausse dans les zones TI

Des études américaines montrent que le taux d’autisme augmente particulièrement dans des endroits avec une très haute densité de gens dans les nouvelles technologies, secteurs très demandeurs de cerveau ayant un haut QI, caractéristiques de certaines gens atteintes du syndrome d’Asperger.

Les geeks autrefois au ban de la société ont aujourd’hui un statut social plus élevé, subissant moins l’ostracisme, et attirant les convoitises.

Il se pourrait alors, selon la théorie de Baron-Cohen, que davantage de gens avec le syndrome d’Asperger se soient couplés, générant ainsi un taux plus élevé qu’auparavant d’enfants avec autisme. Par exemple, ce taux semble être plus élevé chez les finissants du MIT ou, dans une étude plus récente, aux Pays-Bas dans la région d’Eindhoven, la Silicon Valley néerlandaise, dans un rapport de 2 à 4 fois plus élevé.

Plus d’études doivent encore être faites avant qu’on tire des conclusions (ce n’est encore qu’une théorie).

Le syndrome mobilité?

Ce pourrait-il que la facilité de se déplacer et le fait que les gens avec les mêmes affinités puissent se rencontrer génèrent des problèmes génétiques similaires (même si c’est un tout autre ordre) à celui d’une population qui ne bouge pas et qui est isolée (on pense à l’ataxie de Charlevoix-Saguenay).

Le problème, bien sûr, commence quand la passion qui fait rassembler les gens est liée à un trouble génétique.

La mobilité des gènes, ça a été démontré, est importante pour la santé d’une population. On n’aurait pas pensé qu’une mobilité extrême, facilitée avec les nouvelles technologies, lui serait nuisible…

Lectures:

The Geek Syndrome (Wired)

Could the way we mate and marry boost rates of autism?

Scientists and autism : when geeks meet (Nature)