Martin LessardLe « Rapport minoritaire » n’est plus une fiction

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 publié le 11 octobre 2011 à 11 h 42

Tom Cruise dans le film Rapport minoritaire (Minority report), de Steven Spielberg, avait le pouvoir de « prévenir » les crimes avant qu’ils ne soient commis. Génial, n’est-ce pas? Jusqu’à ce que le personnage de Cruise soit lui-même accusé de façon préventive contre un crime qu’il commettra, en fait, un piège monté par son supérieur pour cacher son propre crime.

Un document interne du département américain de la Sécurité intérieure (US Department of Homeland Security) indique qu’un projet « à la Minority report » existe réellement pour identifier à temps une personne qui voudrait commettre un crime (source).

Un puissant algorithme sondera les gens selon divers critères très précis comme l’origine ethnique, l’emploi, le sexe, la respiration, la chaleur corporelle, les mouvements oculaires et les battements cardiaques pour repérer le moindre indice de « comportement malintentionné ».

FAST

 

C’est le Electronic Privacy Information Center qui a réussi vendredi dernier à mettre la main sur le document gouvernemental (PDF ici) qui parle de l’étonnant et controversé projet qui serait en phase de tests.

Le Future Attribute Screening Technology Mobile Module (FAST) est un ensemble de systèmes qui scrutent les personnes pour détecter de façon rapide et en temps réel (d’où l’acronyme, vite en anglais) des comportements « différents ». Comme mettre une bombe dans un avion, par exemple.

Fouille virtuelle intégrale

La FAST est destinée à la sécurité dans les aéroports et dans les événements spéciaux (sportifs ou politiques) ou à tout autre lieu propice à la peur sécuritaire (lire cette folle histoire d’une photo de trop dans un centre d’achat).

Les tests effectués l’ont été dans une grosse unité de type remorque dans laquelle les gens entrent dans un scanner corporel. Cette vidéo vous donnera un peu plus d’information et, selon votre selon l’idéologie à laquelle vous adhérez, un sentiment de sécurité ou d’angoisse. Le document sorti vendredi rend encore plus sérieuse une possible mise en fonction d’une telle machine.

http://www.youtube.com/watch?NR=1&v=4wqooBmYfQ4

Cellule précrime

Si l’idée que des terroristes soient identifiés avant qu’ils n’entrent dans l’avion n’offre que peu de matière à discussion (qui peut être contre la vertu?), elle s’avère sujette à de bien belles engueulades dès lors qu’il est question de définir ce qu’est un terroriste.

Mais comme ce détecteur « précrime » ne se soucie guère de sémiologie, il se contente surtout de déterminer les « intentions malveillantes » à partir de signes physiologiques précis.

Je ne sais pas pour vous, mais si j’avais à porter une ceinture d’explosifs, j’aurais des chaleurs, le regard fuyant et le coeur qui bat rapidement.

Mais je pourrais aussi bien me retrouver plaqué au sol par les policiers aéroportuaires, menottes aux mains avec une dizaine d’armes .40 S&W pointées vers moi, pour avoir déclenché l’alarme du module FAST simplement parce que mon angoisse à l’idée d’avoir oublié de fermer à clef la porte de ma maison me procure les mêmes symptômes physiologiques.

Le document n’est pas très bavard sur ce type de faux positif – c’est-à-dire ces cas qui font sonner l’alarme (positif), mais pour les mauvaises raisons (faux positif).

La techno à la « Minority report » ou à la « Brazil« ?

De tels faux positifs feraient basculer immédiatement le module FAST de « Minority report » à « Brazil« , comme dans la fameuse scène où un pauvre quidam se fait arrêter à la suite d’une erreur de frappe dans son nom (voir vidéo ci-dessous).

Vous aussi, vous pourrez bientôt rejouer ce drame et aller visiter Guantanamo si vous faites sauter les signaux d’alarme du nouveau système de prévention du terrorisme au pays de l’Oncle Sam. Cette machine porte à la fois les rêves d’une sécurité absolue et les dangers d’une perte totale de vie privée.

Qui contrôle qui?

Gina écrivait dans son dernier billet comment notre rapport à la technologie allait changer avec des outils qui pouvaient s’interfacer avec nous et l’ordinateur d’une façon tout à fait nouvelle (reconnaissance vocale, oculaire, de mouvements, d’ondes cérébrales). Contrôler la machine sans la souris? Et si c’était nous qui étions devenus la souris?

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