Martin LessardPourrons-nous visualiser nos rêves sur vidéo?

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 publié le 27 septembre 2011 à 8 h 53

Il faut le voir pour le croire. Des chercheurs de l’Université de Californie Berkeley ont été capable de reconstruire des images animées à partir de l’activité cérébrale des sujets qui regardaient des vidéos sur YouTube.

C’est une avancée majeure qui donne accès à une éventuelle possibilité de visualiser les images dans nos têtes, comme nos rêves, nos songes ou nos souvenirs.

« Nous sommes en train d’ouvrir une porte vers une forme de cinéma de notre pensée », a déclaré le professeur Jack Gallant, coauteur de l’étude et professeur de psychologie à l’Université de Californie (source).

Le grand débrouillage

L’étude porte sur des personnes qui regardent quelques clips sur YouTube à l’intérieur d’un appareil à résonance magnétique pendant plusieurs heures. En faisant correspondre les activités du cerveau pendant le visionnement avec les caractéristiques de la vidéo (couleur, forme, mouvement), les chercheurs ont été en mesure de développer un modèle informatique.

Une fois ce modèle construit, il est possible de reconstituer les images mentales à partir de l’activité cérébrale. En associant de subtiles variations dans l’apport sanguin aux zones du cerveau dédiées à la visualisation, il est possible de savoir s’il s’agit de visage, de mots ou de mouvement, par exemple.

Le résultat n’est évidemment pas une image claire. Les images sont reconstruites à partir de plusieurs vidéos superposées qui génèrent les mêmes caractéristiques physiologiques. Le résultat ressemble davantage à un rêve artistique qu’à une vidéo YouTube, comme vous pouvez le voir dans ce segment :

En arrivant à décoder ce que les personnes imaginent, il sera possible de voir toutes les images générées par le cerveau ayant les caractéristiques d’une image en mouvement. Les amateurs de science-fiction font immédiatement le rapprochement avec le film de Spielberg Minority report, tiré d’une nouvelle de Philip K. Dick.

Dans le film, des brigades d’interventions anticipées pouvaient prévoir des crimes à partir d’images mentales des futurs criminels. Dans le cadre de recherches universitaires, par contre, il ne s’agit nullement de prévoir l’avenir, mais bien de visualiser les images qui se forment dans le cerveau à l’instant même.

Les activités du cerveau observées dans l’étude ne concernent qu’une petite partie des endroits qui décodent les images. Plus les chercheurs réussiront à modéliser ces autres parties, plus les images seront claires.

Comment on reconstruit une image

À partir d’un segment vidéo (en haut, encadré de rouge), trois reconstructions (à gauche, encadrées de vert) sont obtenues à partir d’une juxtaposition d’autres images (les rangées à droite, encadrées de bleu). Chaque colonne bleue utilise un algorithme différent pour sélectionner l’image la plus ressemblante (plus on s’éloigne vers la droite, moins la pertinence est grande).

Les autres recherches précédentes réussissaient à décoder des images simples et statiques, quelques photos ou des traits de crayons, mais jamais auparavant il n’avait été possible de décoder des images en mouvement avec une aussi grande précision.

Il n’est pas possible de visualiser des concepts encore; seuls les objets concrets, qui sont de vrais objets dans la réalité, peuvent être interprétés. Comme les rêves, par exemple, qui s’apparentent à une séquence de film.

Cerveau nu

La première application possible serait de permettre aux personnes paralysées de contrôler leur environnement en « imaginant » des formes ou des mouvements. Déjà, il était possible pour un ordinateur d’enregistrer des ordres à partir d’activités cérébrales d’une personne ayant des électrodes sur la tête, comme je l’ai écrit ici au début du mois.

La question qui vous brûle les lèvres est de savoir si on pourra lire nos souvenirs. C’est effectivement la direction que prennent les recherches. Si le bon côté est de pouvoir revoir nos « films » d’enfance ou notre dernier voyage sans avoir à sortir l’appareil photo, on peut se demander s’il n’y aurait pas intrusion dans notre mémoire si cette technologie tombait entre de mauvaises mains.

On peut être effrayé à l’idée de voir des gardes-frontières fouiller dans notre tête à la recherche de souvenirs suspects. Non seulement ils pourraient voir nos moments les plus intimes, mais aussi observer des images enfouies d’un lointain film d’action hollywoodien qu’ils pourraient interpréter à tort comme une trace d’activité terroriste.

Nous sommes loin de ce scénario d’horreur, car la technologie devra premièrement évoluer (il faut actuellement plusieurs heures pour arriver à extirper quelques images). Et deuxièmement, on devra faire évoluer aussi nos connaissances sur ce qu’est réellement la mémoire – un organe qui a une drôle de faculté d’oublier ou de modifier nos souvenirs.

Mais le génie est maintenant sorti de la bouteille…

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