Martin LessardL’aube du cyborg léger

Par

 publié le 9 septembre 2011 à 17 h 07

La frontière entre le biologique et la machine est décidément de plus en plus poreuse.

Le mois dernier, des chercheurs ont développé une électrode qui combine des composantes électroniques pour la détection et le diagnostic médical sur un mince semi-conducteur cutané, à placer sur la peau comme on le fait avec un tatouage temporaire à se coller sur la peau avec de l’eau.

Petit comme un timbre-poste, ce circuit électronique se dépose sur le corps et permet de capter les signes vitaux d’une personne. La première application se fera dans les hôpitaux.

Fini les câbles et les sondes qui vous relient aux gros moniteurs qui font bip bip. Le patient n’a qu’à mettre son timbre électronique et celui-ci transmettra à distance, à l’aide d’un minuscule transmetteur radio, les données aux machines.

Ces semi-conducteurs ultras minces sont élastiques et suivent les plis de la peau comme un tatouage. Et s’enlèvent très facilement. L’électrode emmagasine ou émet (selon les modèles) les données captées sur le corps (mouvements, battements de coeur, ondes cérébrales) d’une façon tout aussi efficace, mais sans avoir l’artillerie lourde que l’on trouve dans les hôpitaux.

Circuit cutané

Cette vidéo vous démontre la facilité déconcertante de la pose du dispositif, appelé Epidermal Electronic System (EES) – Système électronique cutané.

Si la technologie réussit à tenir ses promesses, l’idée d’une télémédecine pourra enfin voir le jour. Car c’est effectivement la première visée de cette technologie. Le patient n’est plus obligé d’être alité et pourrait simplement se mettre un timbre cutané et vaquer à ses occupations.

Rien n’interdira à un docteur de poser un diagnostic, dans le cas d’un suivi à distance, par exemple, à partir de données recueillies sur le timbre où se trouvent les signes vitaux des dernières heures.

Comme le semi-conducteur peut communiquer, on peut envisager qu’une personne cardiaque puisse se mettre un timbre électronique et connaître son état de santé en temps réel, au moyen des outils mobiles appropriés.

À mon avis, ce ne sera pas long avant qu’on en voie une intégration avec les cellulaires intelligents. Il ne nous restera plus qu’à télécharger l’application!

Aube cybernétique

Au-delà de l’amélioration de la vie des patients hospitalisés, il m’apparaît clair que le potentiel se trouve ailleurs. C’est probablement le pas le plus concret qui mène à une vision cybernétique du futur : la communication humain-machine!

Le dispositif, en fait, est un formidable outil de communication entre le corps et la machine.

Une expérience avec un timbre électronique a démontré que placé sur la gorge, il était assez sensible pour capturer suffisamment le mouvement des muscles, donc les mots formés, et d’activer un jeu vidéo contrôlé par la voix avec une précision de 90 % (source).

L’énergie utilisée pour ces timbres est nulle (par alimentation solaire ou par radiation électromagnétique). L’installation est simple, indolore.

C’est le point de départ idéal pour bâtir un ensemble de capteurs qui seraient reliés ensemble, et au réseau, pour devenir ce qui se rapproche le plus de ce qu’on appelle un cyborg, un homme-machine.

Mais oubliez Repo Men, la Femme bionique ou Terminator, on n’est pas dans le même registre.

Cyborg moderne

Le cyborg moderne sera probablement votre voisin qui fait son jogging le matin.

Au lieu de s’équiper de « lourds » équipements comme un iPod nano (21,1 g) et un capteur Nike (6,5 g) pour ses chaussures Nike+, pour suivre sa progression (distance parcourue, vitesse, calories brûlées), il ou elle pourra mettre le timbre électronique et garder un oeil sur sa condition physique tout au long de la journée. Même au bureau, en talons hauts ou en veston cravate.

Plus poussé, on peut imaginer notre cyborg moderne, plus calé en électronique, relier entre eux les multiples semi-conducteurs pour avoir un mini-ordinateur portatif cutané, dont le clavier serait sur l’écran de son cellulaire, communiquant par Bluetooth. Hop, on embarque sur Internet, sur YouTube par exemple, et on met ses lunettes-écrans audio. Voilà!

Probablement que les véritables développements seront plus modestes et concerneront davantage des utilisations de communication plus simple :

  • votre iPad familial pourrait activer vos paramètres personnels dès le toucher;
  • stocker et diffuser votre bibliothèque musicale par Airplay  (en voiture ou chez les amis);
  • servir de clé temporaire pour les hôtels,
  • ou de Rolodex portatif avec échange de cartes professionnelles sur simple poignée de main dans des conférences ou des salons.

Je suis sûr que vous avez de meilleures idées!

La commercialisation du ESS serait pour 2013, selon le New York Times. Observez bien combien de temps cela prendra pour qu’il soit détourné de sa fonction médicale et utilisé pour se fabriquer des interfaces légères d’homme-machine…

Tendance