Martin LessardOù la connaissance invisible se trouve-t-elle?

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 publié le 31 août 2011 à 15 h 16
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Voilà plus de 10 ans que le web explose de contenu de toutes sortes… sauf de contenu rigoureusement élaboré, de recherches patiemment évaluées par des pairs, d’écrits profondément marqués par l’expertise des académiciens.

Bien sûr, bien sûr, il y a quelques exceptions, mais le gros de l’iceberg académique se trouve derrière des portes closes, donc invisible aux yeux de tous, hébergé par des sites payants.

On a fait grand cas du « jardin clôturé » où Apple attire, comme un Disneyland du multimédia, des hordes d’admirateurs des iTouch, iPhone et iPad. Mais savons-nous qu’une bonne partie de la connaissance humaine récente est emprisonnée derrière des « murs payants » de grandes maisons d’édition scientifiques depuis des décennies?

L’internaute le moindrement curieux a certainement voulu en savoir plus sur des études citées par des médias. Sa recherche aboutira la plupart du temps sur ces sites d’éditeurs exigeant de jolies sommes pour se procurer un seul article.

Votre porte-monnaies, s'il vous plaît

De tous les savoirs que le web a rendus accessibles depuis 20 ans, celui qui reste le plus difficile à se procurer est la recherche scientifique.

Il ne faut pas s’étonner de la montée de l’irrationalisme à la Tea Party dont Serge Truffaut dans Le Devoir de ce matin souligne les délirantes frasques (le tremblement de terre et l’ouragan Irene seraient des messages divins envoyés à Washington).

Pourquoi les éditeurs académiques ont-ils la mainmise sur la connaissance?

Un excellent article d’opinion est venu jeter un pavé dans la marre, hier. Dans le Guardian britannique, l’auteur, George Monbiot, trouve que bien avant les banques, les compagnies de pétrole ou les compagnies d’assurance, l’institution la plus capitaliste est l’édition scientifique.

En comparaison de ces éditeurs, dit-il, Rupert Murdoch passerait pour un socialiste : le mur payant de son respectueux journal Times de Londres demande 1 £ pour 24 heures d’accès. Une journée complète où on peut tout lire, tout télécharger.

Les sites d’éditeurs scientifiques demandent 31,50 $, 34,95 € ou 42 $ pour un seul article scientifique. Vous voulez en lire 10? Ça sera 10 fois cette somme. (source)

Vous pouvez peut-être vous rendre à votre bibliothèque universitaire la plus proche pour y lire gratuitement l’article, mais sachez que l’institution a probablement payé son abonnement annuel à cette revue 10 000 $ au moins, des fois jusqu’à 25 000 $. Pour un article qui a été écrit gratuitement, c’est une bonne affaire.

Libre accès

Ce qui est étonnant, c’est que les universités aient tant tardé à emboîter le pas. Après tout, ce sont en leurs seins qu’Internet est né.

Les nouveaux savoirs qui se développent font fi des recherches académiques parce qu’elles ne sont pas disponibles. Sans adresse web, impossible de citer un article. Sans hyperliens, impossible d’être visible en ligne.

Les bailleurs de fonds de la recherche sont souvent les États. Donc cette connaissance devrait revenir à tous les citoyens.

open access

La solution qui émerge, mais qui tarde encore à s’universaliser, repose sur le libre accès (open access), qui est la mise en disponibilité des articles de revue ou des recherches universitaires sélectionnés par des pairs et publiés en ligne gratuitement. Les premières tentatives remontent à à peine 10 ans. Cinq ans pour certaines universités.

Hybridation

Pour le meilleur ou le pire, l’accès à la connaissance est dans les mains des citoyens, et les connexions et les échanges se font dans les réseaux sociaux. Le contenu des articles scientifiques n’est certes pas très approprié pour le premier profane venu. Mais par cette culture de la citation qui s’est installée en ligne, on pourra bientôt remonter aux sources.

Il faut espérer que la greffe prenne, que les articles, via des efforts de vulgarisation, réussissent à prendre racine dans les échanges en ligne malgré le retard.

Mais il est étrange que les universitaires aient laissé passer cette occasion de se retrouver au premier plan dans les réseaux.

Des initiatives comme TED sont devenues des phares de la diffusion des idées. Certains professeurs au pays, (DupontGeist, GuitéNoël et Salaün) ont pris à bras le corps l’initiative d’ouvrir des blogues ou des comptes Twitter et jouent un rôle actif dans la dispersion de leur connaissance. Mais, sommes toutes, les universités n’ont pas pignon sur web.

On ne peut que souhaiter que les technologies numériques favorisent un rapprochement de la société et des académiciens. Et ça commence par la diffusion de leurs écrits.

Bonne rentrée scolaire!

Internet, Réseaux sociaux