Gina DesjardinsPour en finir avec les médias sociaux et l’éthique

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 publié le 17 août 2011 à 14 h 12

Malgré le titre que j’ai choisi, je pense qu’on parlera d’éthique encore beaucoup dans les prochains mois, les prochaines années… Les médias se transforment et les questionnements sont importants, voire nécessaires. Mais c’est mon dernier billet (sur Triplex du moins) sur le sujet. Déjà, lors de l’écriture de mon premier billet sur la question, j’ai dû me restreindre à ne pas écrire 50 pages.

J’ai pas mal résumé ce que j’en pensais. Mais je propose toutefois de publier prochainement un guide des bonnes pratiques web. L’ASNE, une association qui regroupe les dirigeants des principaux médias américains, a publié un guide à l’attention des journalistes. Alors pourquoi ne pas en faire un pour les blogueurs et les gens de marketing et de relations de presse? Je vous invite à suggérer des règles en commentaires (je sais, il faut s’inscrire, mais c’est tellement plus facile pour suivre la conversation sur un sujet).

Tous importants et là pour rester

J’ai eu plusieurs commentaires à la suite de la publication de mon premier billet sur la question. Certains directement sous le blogue, d’autres sur mes réseaux sociaux, d’autres en privé. Marie-Julie Gagnon a aussi poursuivi la discussion sur son blogue personnel.

On peut rapidement voir que plusieurs réfléchissent sur le sujet. Certains blogueurs tentent de garder leur intégrité, des spécialistes du marketing et des relations de presse tentent de s’ajuster aux nouvelles demandes des clients causées par les médias sociaux et des lecteurs deviennent plus méfiants. Des journalistes deviennent blogueurs et des blogueurs deviennent journalistes. Chaque groupe peut apprendre de l’autre. Ils sont tous importants et là pour rester. Il faut apprendre à coexister. Il y a des blogueurs, des journalistes et des compagnies sans éthique. Dans tous les domaines, il y a des gens dépourvus de scrupules qui ne pensent qu’à leur profit personnel.

Au fond, ces questionnements sont bons. Ils font avancer notre compréhension de la nouvelle ère des médias. Et comme les plus grands utilisateurs de réseaux sociaux prônent la transparence, les forbans finissent habituellement par être démasqués et risquent de perdre le respect de leur communauté durement bâtie.

Des réflexions de blogueurs, de journalistes et de relationnistes

Voici quelques réflexions pertinentes prises un peu partout où il y a eu des commentaires sur le sujet (lorsqu’ils ont été émis publiquement).

Sylvain-Carle :

« La difficulté dans cet exercice d’analyse se trouve dans la définition de « professionnel » et de « média ». »

Marie-Julie Gagnon :

« Pour avoir travaillé au sein d’un magazine féminin, je dirais que le problème est encore plus grave dans ce milieu puisque tout est caché et que le lecteur peut difficilement distinguer les vrais coups de coeur des plogues. Combien de fois ai-je vu des rédacteurs être obligés de parler des produits des annonceurs dans les guides cadeaux à Noël? Avec les blogueurs, on réalise rapidement que certains sont complaisants. Mais dans les médias traditionnels, il est beaucoup plus difficile de faire la part des choses. Et je ne parle même pas des plogues obligatoires des autres membres de la « famille » médiatique… »

Gabrielle Chalifoux :

« En tant que blogueur, je crois qu’il est important de rester authentique et malheureusement, pour plusieurs, la tentation semble prendre le dessus sur la raison. Non, je ne suis pas une journaliste avec un code déontologique déterminé mais ca me met en rogne de me faire mettre dans le même panier que les plogueurs qui ne désirent que des invitations en échange de billets positifs. De mon côté, j’ai fait le choix de ne parler que de ce que j’aime, c’est pas pour autant que je parle positivement des mauvaises expériences, je les mets juste de côté (parfois, au grand damne des relationnistes). Mais bon! On fait ca pour le plaisir et on n’est pas des pantins non payés qui en échangent d’un cocktail fera de la promotion auprès de milliers de personnes. »

Jean-Sebastien Dussault :

« La réussite, à mon avis, réside dans un mode inclusif et évolutif. Inclure les gens intéressés tout en les poussant à des pratiques éthiques, dans l’application de la profession et dans celles pour mener ses affaires. Inclure le journalisme citoyen et reconnaître sa place au point d’attendre de lui aussi une ligne de conduite. Faire évoluer l’expérience des journalistes via un système de « niveau » (apprenti, initié, senior, etc.) »

Pascal :

« Leurs écrits sont des paroles et, par la force des choses, ils sont des « porte-paroles ». Qu’ils disent qu’ils ont obtenu le séjour gratuit dans tel spa, dans tel hôtel ou dans tel restaurant est ESSENTIEL pour leur crédibilité, et ce, à chaque fois qu’ils mentionnent tel spa, tel hôtel ou tel restaurant dans un post, dans un tweete, dans un status Facebook, dans un article,… Sinon, il y aura toujours confusion. Le journalisme d’investigation est à l’agonie. Nous sommes entrés dans l’ère des communiqués et des conférences de presse. »

Mariane Leduc :

« L’adaptation aux médias sociaux ne s’est pas fait sans heurts. C’est tout un monde à apprivoiser au début… surtout quand tu n’es pas la personne qui rédige le blogue ou l’article! J’ai définitivement vu ou lu des cas où il y avait de l’abus de la part des compagnies. Par contre, je dois dire que j’ai aussi constaté beaucoup de maladresse de la part de gens en communications. Je crois, et peut-être suis-je un peu naïve, qu’il y a encore beaucoup de méconnaissance des médias sociaux, ce qui entraîne plusieurs gaffes et contribue à la mauvaise réputation des relations publiques. Je t’avoue être sidérée quand j’entends que des entreprises veulent payer cash pour des plogues ou menacent pour faire changer des billets dont ils ne sont pas satisfaits. Pas surprise du tout, mais tout à fait contre mes valeurs. »

Aurelien Leclerc :

« Je constate que l’éthique passe un bouleversement profond avec la présence des blogues et des médias sociaux. Je constate, malgré ce bouleversement et à la lecture de tes commentaires et de ceux de responsables de blogues, que le fond est sensiblement le même. L’honnêteté reste prioritaire. Elle nécessite la transparence. Le lecteur doit savoir qui parle au nom de qui et pourquoi? Le rédacteur du blogue ou le journaliste écrit pourquoi ? Pour donner de l’information, pour faire connaître, pour aider les prises de décisions ou à se comporter comme un citoyen éclairé. Ou pour vendre sa salade ou celle des autres qui l’ont payé pour le faire?

J’oserais ajouter la dignité ici. L’éthique, il me semble, prend ses racines dans l’estime de soi, dans la satisfaction du travail accompli. Elle repose sur des attitudes, des comportements et des fondements intimes qui témoignent d’une honnêteté vis-à-vis de soi. Pour être plus terre-à-terre ou plus imagé: est-ce que j’ai fait « la pute »? Est-ce que je suis fier de moi quand je me regarde dans le miroir le matin? J’admettrais que les adhérents à ces idées ne sont pas légion! L’expérience démontre cependant que les adhérents à ce principe de dignité sont encore là après 10, 15 ou 20 ans. »

Mandoline Royer :

« Sans affirmer que les pratiques de toutes les firmes de marketing sont des plus vertueuses, il est normal qu’une entreprise saisisse les opportunités qui s’offrent à elle, comme elle le fait par exemple, en envoyant un produit à un blogueur populaire. Par la suite, le blogueur a le choix d’écrire son billet comme il le voudra, avec les conséquences qui viendront avec, j’en conviens.
L’enthousiasme du blogueur lui appartient. S’il n’est pas capable de le maîtriser, ce n’est certainement pas la faute d’une boîte de marketing. De plus, il en revient au lecteur de garder un esprit critique lorsqu’il consulte un blogue… tout comme lorsqu’il consulte un média traditionnel. »

Victor Henriquez :

« Je travaille en relations publiques et plusieurs de mes anciens employeurs m’obligeaient à avoir l’attitude que tu dénonces. Je te dirais que la présence de plusieurs blogueurs qui demandent sans trop de scrupule des faveurs en échange de bons articles reliés aux patrons de certaines boîtes de relations publiques qui ne connaissent absolument rien aux blogues amènent à un point où on ne sait pas comment agir avec qui. »

Médias, Société