Billets publiés en août 2011

Martin LessardOù la connaissance invisible se trouve-t-elle?

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 publié le 31 août 2011 à 15 h 16

Voilà plus de 10 ans que le web explose de contenu de toutes sortes… sauf de contenu rigoureusement élaboré, de recherches patiemment évaluées par des pairs, d’écrits profondément marqués par l’expertise des académiciens.

Bien sûr, bien sûr, il y a quelques exceptions, mais le gros de l’iceberg académique se trouve derrière des portes closes, donc invisible aux yeux de tous, hébergé par des sites payants.

On a fait grand cas du « jardin clôturé » où Apple attire, comme un Disneyland du multimédia, des hordes d’admirateurs des iTouch, iPhone et iPad. Mais savons-nous qu’une bonne partie de la connaissance humaine récente est emprisonnée derrière des « murs payants » de grandes maisons d’édition scientifiques depuis des décennies?

L’internaute le moindrement curieux a certainement voulu en savoir plus sur des études citées par des médias. Sa recherche aboutira la plupart du temps sur ces sites d’éditeurs exigeant de jolies sommes pour se procurer un seul article.

Votre porte-monnaies, s'il vous plaît

De tous les savoirs que le web a rendus accessibles depuis 20 ans, celui qui reste le plus difficile à se procurer est la recherche scientifique.

Il ne faut pas s’étonner de la montée de l’irrationalisme à la Tea Party dont Serge Truffaut dans Le Devoir de ce matin souligne les délirantes frasques (le tremblement de terre et l’ouragan Irene seraient des messages divins envoyés à Washington).

Pourquoi les éditeurs académiques ont-ils la mainmise sur la connaissance?

Un excellent article d’opinion est venu jeter un pavé dans la marre, hier. Dans le Guardian britannique, l’auteur, George Monbiot, trouve que bien avant les banques, les compagnies de pétrole ou les compagnies d’assurance, l’institution la plus capitaliste est l’édition scientifique.

En comparaison de ces éditeurs, dit-il, Rupert Murdoch passerait pour un socialiste : le mur payant de son respectueux journal Times de Londres demande 1 £ pour 24 heures d’accès. Une journée complète où on peut tout lire, tout télécharger.

Les sites d’éditeurs scientifiques demandent 31,50 $, 34,95 € ou 42 $ pour un seul article scientifique. Vous voulez en lire 10? Ça sera 10 fois cette somme. (source)

Vous pouvez peut-être vous rendre à votre bibliothèque universitaire la plus proche pour y lire gratuitement l’article, mais sachez que l’institution a probablement payé son abonnement annuel à cette revue 10 000 $ au moins, des fois jusqu’à 25 000 $. Pour un article qui a été écrit gratuitement, c’est une bonne affaire.

Libre accès

Ce qui est étonnant, c’est que les universités aient tant tardé à emboîter le pas. Après tout, ce sont en leurs seins qu’Internet est né.

Les nouveaux savoirs qui se développent font fi des recherches académiques parce qu’elles ne sont pas disponibles. Sans adresse web, impossible de citer un article. Sans hyperliens, impossible d’être visible en ligne.

Les bailleurs de fonds de la recherche sont souvent les États. Donc cette connaissance devrait revenir à tous les citoyens.

open access

La solution qui émerge, mais qui tarde encore à s’universaliser, repose sur le libre accès (open access), qui est la mise en disponibilité des articles de revue ou des recherches universitaires sélectionnés par des pairs et publiés en ligne gratuitement. Les premières tentatives remontent à à peine 10 ans. Cinq ans pour certaines universités.

Hybridation

Pour le meilleur ou le pire, l’accès à la connaissance est dans les mains des citoyens, et les connexions et les échanges se font dans les réseaux sociaux. Le contenu des articles scientifiques n’est certes pas très approprié pour le premier profane venu. Mais par cette culture de la citation qui s’est installée en ligne, on pourra bientôt remonter aux sources.

Il faut espérer que la greffe prenne, que les articles, via des efforts de vulgarisation, réussissent à prendre racine dans les échanges en ligne malgré le retard.

Mais il est étrange que les universitaires aient laissé passer cette occasion de se retrouver au premier plan dans les réseaux.

Des initiatives comme TED sont devenues des phares de la diffusion des idées. Certains professeurs au pays, (DupontGeist, GuitéNoël et Salaün) ont pris à bras le corps l’initiative d’ouvrir des blogues ou des comptes Twitter et jouent un rôle actif dans la dispersion de leur connaissance. Mais, sommes toutes, les universités n’ont pas pignon sur web.

On ne peut que souhaiter que les technologies numériques favorisent un rapprochement de la société et des académiciens. Et ça commence par la diffusion de leurs écrits.

Bonne rentrée scolaire!

Depuis quelques années, le réalisateur Patrick Boivin gagne sa vie avec ses animations image par image et autres vidéos mises en ligne sur YouTube. Avec l’argent amassé, il se lance dans une nouvelle aventure : la mise en ligne du premier long métrage canadien produit pour une distribution Internet qu’il a coscénarisé et coréalisé. Le film Enfin l’automne sera en ligne le 4 septembre sur sa chaîne YouTube. Voici le parcours inhabituel d’un cinéaste passionné qui a su utiliser le web pour se faire connaître.

De YouTube à Pixar

Au départ, Patrick Boivin, un ancien de Phylactère cola, s’est inscrit sur le site de partage de vidéos pour attirer l’attention sur ce qu’il savait faire. Il voyait un avantage par rapport au rayonnement, un bon moyen de se faire connaître ailleurs dans le monde sans faire de compromis, en faisant ce qui le passionnait. Il ne faudrait pas croire qu’il n’était pas stratégique pour autant. Il a toujours pris soin de choisir les sujets populaires du moment (comme les personnages d’un film à grand déploiement dont la sortie était attendue, par exemple). Il a ainsi fait des vidéos avec Batman, le Joker, Iron Man, un « AT-AT Walker » de Star wars, etc. Ainsi, lorsque les gens cherchaient des vidéos en lien avec le film, ils tombaient parfois sur ses clips ou ils le remarquaient dans les vidéos similaires à droite. Plus sa chaîne est devenue populaire, plus les gens tombaient sur sa vidéo, plus on partageait ses vidéos (il a d’ailleurs toujours permis l’intégration sur les blogues). Il s’est ainsi créé une communauté.

YouTube lui a rapidement proposé de devenir partenaire. Concrètement, ça veut dire qu’en échange de publicité sur les pages de sa chaîne et au début de ses vidéos, YouTube lui remet 50 % des revenus provenant des publicités par CPM (coût par 1000 impressions ou pages vues). Certaines de ses vidéos ont été vues des millions de fois. Parmi ses plus populaires, Iron Man vs Bruce Lee a été vue près de 12 millions de fois, Iron Baby, mettant en vedette sa petite fille, 9,5 millions de fois, et la vidéo interactive Street Fighter, près de 9 millions de fois. Il a misé davantage sur la qualité que sur la quantité, il n’est donc pas parmi ceux qui font le plus d’argent avec leur chaîne YouTube, mais les redevances lui ont longtemps permis d’avoir un salaire équivalent à celui d’un emploi à temps plein (environ 3000 $ par mois).

Pour se protéger, il approche les fabricants des jouets qu’il aimerait utiliser pour ses créations et leur demande de les lui envoyer. Puisqu’ils acceptent, il serait étrange qu’ils reviennent contre lui en disant qu’il a utilisé leur personnage sans leur accord. Au fond, avec la qualité et la popularité de ses petits films image par image, c’est aussi avantageux pour eux.

Faire des vidéos pour YouTube a permis à Patrick Boivin de bien vivre en faisant ce qu’il aimait. Ça lui a surtout donné ce qu’il souhaitait : des contrats dans son domaine d’expertise. Il a commencé à recevoir des appels d’un peu partout, d’Hollywood à l’Europe, en passant par Banff. C’est ainsi qu’il a commencé à faire des contrats pour Lego, Disney et Pixar. Il a également réalisé des vidéoclips d’Iggy Pop et d’Indochine. Étant trop occupé avec une pub de Google, il a été contraint de refuser la réalisation d’un clip de Coldplay, puis récemment, son travail avec Lego l’a obligé à refuser de faire celui de Black Eyed Peas. La rançon de la gloire.

Un long métrage produit pour YouTube

Les acteurs Louis Tremblay et Christine Beaulieu

Il a commencé à travailler sur son long métrage avec Olivier Roberge il y a quatre ans en se disant que s’il n’était pas financé, il pourrait le faire quand même. Le film, Enfin l’automne, a été refusé par les institutions et les commentaires les ont découragés. « Le sujet représentait ce qu’Olivier et moi étions il y a quelques années, explique Patrick Boivin. On n’avait pas envie de faire trop de compromis. J’avais la tribune. Alors, on a décidé de se lancer. »


Olivier Roberge et Patrick Boivin ont coscénarisé et coréalisé ce qu’ils décrivent comme « une chronique urbaine de la beauté ordinaire qui raconte l’histoire d’un triangle inhabituel entre la vie quotidienne, la quête d’amour sincère et le rôle primordial de l’amitié ». Patrick est également responsable de l’image et du montage. Il a tourné avec une Canon 5D, pratiquement sans éclairage. Un perchiste et quelques comédiens ont accepté de participer bénévolement à l’aventure. Ils ont ainsi tourné pendant plusieurs semaines, quelques heures seulement par jour, lorsque l’équipe avait des disponibilités communes. Sans devoir verser un salaire à quiconque, ils ont réussi à le faire avec un budget de 45 000 $, argent qui vient, en partie, des redevances YouTube et de ses contrats avec Lego.

Sa popularité lui a permis de monter une trame sonore impressionnante. Les artistes ont accepté de participer au film gratuitement puisque la popularité de Patrick sur Internet leur permettra de se faire connaître d’un nouveau public, leur site Internet sera en lien dans la description du film. « Il y a trois ou quatre ans, les groupes de musique ne m’auraient pas répondu. Avoir une communauté m’a permis d’avoir quelque chose à leur proposer en échange de leur participation », dit-il, fier de pouvoir compter sur l’appui de Misteur Valaire, de Timber Timbre, Ricky Eat Acid, Magic Man, Foxes in Fiction, House Gobble Gobble et Optimist Park.

Les deux amis ont pu faire à leur tête sans avoir des comptes à rendre. Mais sur Internet, il y a quand même certaines règles sur la nudité ou la violence à respecter. « Notre seul compromis a été de choisir de ne mettre aucune nudité. Il y a une scène dans la douche et on a choisi une prise où l’on ne voyait pas le sein. » Son film aurait pu être sur YouTube quand même, mais il aurait été ainsi réservé aux abonnés du site de partage vidéo. Comme plusieurs utilisateurs préfèrent ne pas s’inscrire même si c’est gratuit, il se serait coupé de plusieurs personnes et de toute les intégrations sur les blogues.

Ceci dit, il tient à préciser que ce n’est pas un modèle à suivre. « Ce n’est pas une nouvelle façon de faire du cinéma. Au contraire. Dans les faits, ça ne se fait pas. » Personne n’a eu de salaire. Pour cette raison, il va indiquer lors de la mise en ligne ne pas vouloir de publicité sur cette vidéo (donc pas de revenu possible selon le CPM). « Ça n’aurait pas été juste pour tous ceux qui ont accepté de participer au projet gratuitement et ça aurait été bien de la gestion. » De toute façon, il est conscient que son film ne pourra attirer autant de monde que ses clips précédents. Le fait de le mettre sur son compte lui permet deux choses : jouir de son nombre d’abonnés et téléverser un fichier de 20 G, un privilège réservé aux partenaires.

Même s’il souhaite faire ses prochains films dans de meilleures conditions, il considère que l’industrie cinématographique doit aussi s’ajuster à la révolution numérique et que c’est un nouveau modèle de distribution à explorer. « Il n’y a pas encore de marché pour la distribution web. Ça reste à construire. On expérimente. Les gens pourront regarder le film de partout dans le monde, sur leur ordinateur, leur appareil mobile ou leur télévision. Le film sera d’ailleurs en qualité Blu-Ray. » Il espère que plusieurs de ses abonnés seront curieux et aimeront son film, même si ça ne correspond pas à son style habituel.

On attribue la première distribution exclusive pour Internet à Girl walks into a bar, un film américain réalisé par Sebastián Gutiérrez, avec un budget d’un million de dollars. Plus de 450 000 personnes ont vu le film sur YouTube Screening, malheureusement géobloqué (uniquement accessible aux États-Unis).

Enfin l’automne est pour sa part le premier long métrage canadien produit pour une distribution Internet. Présenté en primeur au festival Off-Courts de Trouville le 4 septembre, il sera en ligne quelques minutes après la fin de la projection en France à cette adresse : youtube.com/user/PatrickBoivin

La bande-annonce :

 

Divers projets de longs métrages dont un aux États-Unis

Ce n’est pas parce que son premier film n’a pas été accepté par les institutions que Patrick Boivin leur tourne le dos. Il a reçu du financement pour son prochain long métrage qu’il va faire le printemps prochain (pour une sortie à l’été 2013). Martin Dubreuil et Antoine Bertrand interpréteront deux soldats pris dans le nord.

Il va aussi tourner l’été prochain un film financé par Open Film, une plateforme de courts métrages. Il a gagné un concours qui permettait à un réalisateur d’avoir le financement pour transformer son court en long. C’est ainsi que Patrick Boivin va tourner son premier long métrage américain l’été prochain. Open Film planifie une sortie en salle et sur le web.

Avec Olivier Roberge, il développe également un film avec Niv Fichman (le producteur des films Le violon rouge et Soie).

Trop occupé avec ses contrats, il entretient un peu moins son compte YouTube, mais il n’a pas l’intention d’arrêter de produire les courts clips qui l’ont fait connaître. Il travaille donc sur le prochain clip. L’important pour Patrick Boivin est d’arriver à se réinventer constamment.

 

Enfin l’automne

Un fim d’Olivier Roberge et Patrick Boivin.

Avec Christine Beaulieu, Louis Tremblay, Jacques Laroche, Dean Hagopian, Marie-Hélène Gendreau, Martin Dubreuil, Philémon Pelletier, Steve Landry, Pénélope Landry, Benoît Saint-Hilaire et Marguerite Bulté Boivin.

Prise de son et mixage sonore : Cyril Bourseaux

Mix sonore : Alexis Lemay

Laurent LaSalleGroupMe : le besoin de texter en groupe

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 publié le 29 août 2011 à 11 h 57

Avant que Facebook introduise l’application Messenger, et même avant que Google introduise La Clique (Huddle) sur son nouveau réseau social, une entreprise new-yorkaise avait eu l’idée d’offrir une meilleure façon de communiquer entre groupes d’utilisateurs de téléphones intelligents. GroupMe est une application mobile dont la première fonction est de permettre la communication en textos groupés, gratuitement.

Le produit a d’ailleurs attiré l’intérêt de Skype, devenue acquéreuse de l’entreprise la semaine dernière. Mais est-il possible de remplacer l’omniprésent protocole SMS comme outil principal de communication instantanée?

Groupe, où allons-nous souper?

Il vous est certainement déjà arrivé de devoir établir un rendez-vous avec 4 ou 5 de vos amis et de devoir choisir l’endroit où le moment idéal pour la rencontre. Une rafale de courriels peut en agacer certains (je fais partie de la liste), tandis que d’autres ne sont pas toujours disposés à répondre au téléphone. Sans compter que ce sera toujours à vous, l’organisateur, de jouer au téléphone arabe entre vos amis afin de transmettre les disponibilités ou suggestions des autres.

Avec les textos groupés, cette tâche est beaucoup plus simple. Comme dans une salle de clavardage privée, chacun peut ajouter son grain de sel, et la seule confusion possible est causée par l’incompétence à pouvoir s’exprimer par écrit. Merveilleux pour régler une sortie au resto ou au cinéma en deux temps trois mouvements.

Sans compter que GroupMe permet d’indiquer sa localisation géographique (optionnel à la rédaction de votre message), de poser une question (le message qui amorce la conversation), de publier cette question sur Twitter ou Facebook, et même de faire des téléconférences avec vos groupes (par le biais d’une communication téléphonique classique, avec pour l’instant un numéro new-yorkais unique pour chacun de vos groupes).

Une application pour tous types d’appareils

Je ne vous parle pas ici d’une application exclusive aux propriétaires d’iPhone : des versions pour Android, BlackBerry et même Windows Phone 7 sont également disponibles. La pire des contraintes, soit la restriction selon la plateforme, est donc non existante; un fait rare pour une application développée par une entreprise en démarrage.

Non seulement l’application existe pour toutes ces plateformes, mais il est également possible de recevoir les interventions par SMS, une barrière de moins pour votre ami qui n’aurait pas de plan de données cellulaires.

Lors de votre première visite dans l’application, vous n’avez qu’à indiquer votre numéro de téléphone et le mot de confirmation qu’on vous acheminera par SMS afin de créer votre profil GroupMe. Exit la recherche d’un nouveau mot de passe superflu pour un autre service. Une fois le compte créé, vous n’avez qu’à consulter la liste de contacts de votre téléphone par le biais de GroupMe pour voir vos amis déjà inscrits au service, et ainsi les ajouter à de nouveaux groupes.

Plan d’affaires

J’étais invité à l’émission L’analyse des geeks en fin de semaine, et en parlant de GroupMe, j’ai aimé la réflexion du coanimateur Benoît Gagnon à propos de l’abonnement à un nouveau service du genre. Je le paraphrase : « Si je ne parviens pas à comprendre le modèle d’affaires d’un service gratuit, ça signifie que c’est moi le modèle d’affaires. Il est fort possible que mon information confidentielle soit vendue au plus offrant. »

Effectivement, il est toujours bon de se poser la question avant d’investir beaucoup de temps dans un nouveau service gratuit. On peut imaginer que GroupMe pourrait faire comme Skype et proposer à ses membres de payer pour des services supplémentaires. Étant donné que l’entreprise est encore jeune (à peine un peu plus d’un an), il est possible que sa gratuité soit seulement temporaire, afin d’accumuler une masse critique d’utilisateurs.

Martin LessardLe mot-clé du week-end : irene

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 publié le 26 août 2011 à 11 h 15

La météo est probablement, avec le sport, le sujet de conversation le plus courant. Cette fin de semaine, préparez-vous à entendre parler du neuvième ouragan de la saison en Atlantique : l’ouragan Irene inondera vos flux!

Et à l’ère des réseaux numériques, on a de quoi se régaler. Outre le déchaînement de la nature, prévu et scientifiquement mesurable, il y a le déchaînement sur Internet des émotions et des réactions humaines sur le passage d’Irene : plus d’une dizaine de milliers de tweets à l’heure sont déjà recensés. Ceux qui veulent suivre cette tourmente seront bien servis.

Carte dynamique

Le New York Times propose un excellent outil qui montre en temps réel la position d’Irene et sa trajectoire probable. Le Hurricane Irene Tracker vous montre sur une carte le chemin probable de l’ouragan, sa force anticipée, les articles reliés à l’événement et des photos satellites.

C’est simple, épuré et ça va droit au but. Il y a même une petite animation décorative de l’oeil de l’ouragan, question de rendre le tout bien vivant.

Votre canal météo personnalisé

A-t-on besoin ensuite d’écouter les nouvelles toutes les heures quand on peut suivre Irene à tout moment par soi-même? Des images de première main circulent déjà. Ici, une vidéo amateur à la Barbade.

Google images regorge d’images fixes pour voir l’avancée de l’ouragan. YouTube aussi regorge de capsules météo comme celle-ci qui expliquent ce qui se passe.

Une pluie de tweets

Mais si on est débrouillard, on peut s’amuser avec TrendsMap, un outil qui géolocalise les gazouillis en les montrant sur une mappemonde. On y découvre les tweets dominants selon les régions sur le passage de l’ouragan.

En y traçant le chemin prévu d’Irene pour les prochains jours, on voit que les mots clés qui dominent sont « evacuation » en Virginie, un gros « #hurricane » à New York et un petit « @irene » dans la région de Québec/Charlevoix (là où Irene ira mourir en tempête tropicale).

Au passage, on voit aussi les tweets dominants des autres régions : « layton » à Toronto, « #jeudiconfession » à Montréal (une tradition bien québécoise de partager sur Twitter une anecdote personnelle) et « #cdnpoli » à Ottawa (surpris? c’est le mot-clé pour suivre la politique canadienne).

À chaque jour suffit son tweet

On voit que dès qu’on ne se sent pas menacé par la tempête, les sujets de conversation dominants ne sont plus les mêmes. Si on regarde d’autres régions du monde sur TrendMap, c’est effectivement le cas. Sauf à Tokyo, très américanophile il faut croire, car pour eux aussi, les mots-clé dominants sont « evacuation », « #hurricane » et « #hurricaneirene ». On y voit même une préoccupation pour le baseball avec « yankees » et « #yankees ».

Les nouvelles ont toujours été un mélange de transmission d’information et de narration d’histoire. Avec le web, et les bons outils, on peut se fabriquer ses propres nouvelles personnalisées et ses propres histoires.

Au moment où vous lirez cet article, Irene arrivera près des côtes américaines. Toute la partie est du continent américain est très bavarde sur Tweeter. Attendez-vous donc à voir un ouragan du mot-clé « #irene » envahir vos fils dès maintenant, et ce, pour toute la fin de semaine!

Gina DesjardinsSteve Jobs, un homme inspirant

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 publié le 25 août 2011 à 17 h 56

Lorsque je suis allée à San Francisco pour une conférence d’Apple donnée par Steve Jobs, les gens autour de moi m’enviaient. J’avais l’impression d’aller assister au concert d’une rock star légendaire. C’est bien la seule fois où j’ai eu autant de personnes envieuses d’un de mes événements dans le monde de la techno. J’étais fascinée.

Pas étonnant que l’annonce de son départ en tant que chef de direction a fait couler autant d’encre dans les médias traditionnels et sociaux. Apple n’a pas annoncé son décès, mais le sachant malade, plusieurs envisagent le pire. Au Québec, ça nous fait penser à Jack Layton. Surtout que dans sa lettre de démission, il écrit :

« J’ai toujours dit que si jamais je venais à ne plus être en mesure d’assumer mes fonctions et obligations en tant que chef de la direction d’Apple, je serais le premier à vous le faire savoir. Malheureusement, ce jour est arrivé. »

Quelques minutes après l’annonce de sa démission, il était un des sujets les plus populaires sur Twitter. Sur Facebook et Google+, on témoignait sa tristesse et on exprimait à quel point Jobs était un modèle.

Peu de compagnies peuvent se vanter d’avoir un CEO aussi connu et aussi aimé. Quand je vous disais que Steve Jobs jouissait du statut de rock star!

Un homme inspirant

L’homme au jean bleu et au col roulé noir est passé maître dans l’art des déclarations publiques. Ce qu’il dit est clair et limpide, et on boit ces paroles. Et il continue d’impressionner et de fasciner parce qu’il continue d’innover. Il ne tente pas de résister dans les sphères où il considère avoir perdu, il tente toujours de penser plus loin. Il a dit lui-même en 1996, juste avant son retour chez Apple, que s’il dirigeait la compagnie, il arrêterait de s’acharner sur la popularité du Macintosh. Selon lui, Microsoft avait gagné la guerre des PC il y a longtemps. Il fallait penser plus loin et mettre ses énergies sur la prochaine grosse affaire.

À son retour, c’est ce qu’il a fait. L’arrivée de l’iPod est déterminante pour Apple. Il a relancé la compagnie et aussi la façon dont on consomme la musique. Le logiciel iTunes offrait une solution au piratage. On pouvait acheter facilement notre musique à la pièce, puis par la suite louer ou acheter la version numérique des vidéos ou des films. L’iPhone a changé le monde des télécommunications. Ce n’était plus uniquement les « early adopters » ou les gens d’affaires – surtout tournés vers les BlackBerry à l’époque – qui se voyaient pourvus d’un téléphone intelligent. Il a démocratisé et rendu populaire ce qui demeurait dans une niche, faisant exploser du même coup le marché des applications mobiles. Finalement, il a sorti l’iPad, un gadget dont il rêvait depuis longtemps. La fameuse tablette, malgré son nombre de concurrents, ne s’est pas encore fait déloger. Il a fait ce qu’il avait dit, il a vu plus loin en misant sur la mobilité et a sauvé la compagnie.

Steve Jobs est reconnu pour penser qu’il ne faut pas créer ce que les gens veulent, mais plutôt ce qu’ils ne savent pas encore qu’ils veulent. C’est pourquoi il est vu comme un visionnaire et qu’il est une inspiration pour plusieurs; autant les entrepreneurs, les développeurs que les artistes.

Même les compétiteurs d’Apple ne peuvent nier l’importance de son fondateur et ancien CEO dans l’industrie.  Le vice-président senior de l’ingénierie chez Google, Vic Gundotra, écrivait hier sur son profil Google+ une anecdote concernant Steve Jobs. Ce dernier lui téléphona un dimanche pour une erreur dans la couleur du 2e o de Google sur l’icône de leur application iPhone. Il voulait l’informer qu’il avait demandé à quelqu’un de la corriger. Gundotra écrit avoir beaucoup appris de Jobs, entre autres que pour être un bon président, il fallait aussi s’attarder aux détails, même un dimanche matin. La relation entre Google et Apple n’est plus ce qu’elle était, mais ils ont déjà été amis. Ça s’est détérioré lorsque Google a décidé de se lancer dans la téléphonie mobile alors que son président de l’époque, Eric Schmidt, siégeait au conseil d’administration d’Apple. Steve Jobs, qui avait laissé à Google le marché de la recherche, a considéré cette décision comme une trahison, un coup de couteau dans le dos. Les liens entre Google et Apple n’ont plus été les mêmes à ce moment.

Le respect des compétiteurs pour l’entrepreneur passionné est indéniable. Pour plusieurs, il demeure un modèle.

Bien entouré

Steve Jobs laisse son poste à la direction pour celui de président du conseil d’administration. Plusieurs espèrent que ce poste n’a pas seulement été confirmé pour rassurer les investisseurs et le public. N’empêche, sa succession est préparée depuis longtemps. Tim Cook devient ainsi officiellement chef de direction.

Tim Cook est à la direction depuis un moment déjà. Il est chef des opérations depuis 2007, mais a aussi été chef de la direction par intérim en 2004 et 2009, lorsque Steve Jobs s’est absenté d’abord pour traiter son cancer du pancréas, ensuite pour sa transplantation du foie. C’est aussi celui qui est en poste depuis janvier en remplacement durant le congé de maladie de Jobs.

Comme on peut le voir sur la page présentant les cadres de la compagnie, Steve Jobs était bien entouré (le site Internet a été mis à jour hier). On doit à Jonathan Ive le design des appareils, et à Scott Forstall, les logiciels mobiles. Michael Grothaus, un ancien employé d’Apple, a d’ailleurs écrit une lettre expliquant son admiration pour Tim Cook. Selon lui, il a tout ce que ça prend pour être un bon directeur. Tim Cook a écrit aux employés aujourd’hui pour les rassurer : il n’a pas l’intention de changer Apple.

Mais saura-t-il être visionnaire? Trouver ce que les gens ne savent pas encore qu’ils veulent? Et saura-t-il performer en conférence autant que son mentor? Seul le temps nous le dira.

Un discours à réécouter

En 2005, l’Université Stanford a invité Steve Jobs à faire un discours aux étudiants à leur remise des diplômes. Son discours est précieux. Il est inspirant. Il ébranle. Il nous donne le goût de nous fouetter et d’accomplir de grandes choses. Ce n’est pas pour rien que les gens le font circuler depuis hier.

Il parle de son parcours, de sa mère biologique qui voulait absolument qu’il soit adopté par des gens éduqués, de ses parents adoptifs qui finalement n’étaient pas éduqués, mais ont promis d’encourager leur enfant à aller au collège, des moments où il a échangé des bouteilles consignées pour se payer à manger, de la fois où il a lâché l’école, mais continué à étudier librement, des choses anodines qu’il a apprises et qui ont servi à Apple, de la difficulté d’avoir été mis à la porte d’une compagnie qu’il avait fondée alors que le conseil d’administration préférait garder à sa tête un homme qu’il avait lui-même engagé, de sa décision de continuer à faire ce qu’il aimait malgré son envie initiale de tout lâcher, et de sa remontée avec la fondation de NeXT et le rachat de Pixar, de son retour à Apple et, finalement, de son combat contre le cancer et de sa vision de la mort.

Voici deux extraits traduits :

« Parfois, la vie vous flanque un bon coup sur la tête. Ne vous laissez pas abattre. Je suis convaincu que c’est mon amour pour ce que je faisais qui m’a permis de continuer. Il faut savoir découvrir ce que l’on aime et qui l’on aime. Le travail occupe une grande partie de l’existence, et la seule manière d’être pleinement satisfait est d’apprécier ce que l’on fait. Sinon, continuez à chercher. Ne baissez pas les bras. C’est comme en amour, vous saurez quand vous aurez trouvé. Et toute relation réussie s’améliore avec le temps. Alors, continuez à chercher jusqu’à ce que vous trouviez. »

« Votre temps est limité, ne le gâchez pas en menant une existence qui n’est pas la vôtre. Ne soyez pas prisonnier des dogmes qui obligent à vivre en obéissant à la pensée d’autrui. Ne laissez pas le brouhaha extérieur étouffer votre voix intérieure. Ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. L’un et l’autre savent ce que vous voulez réellement devenir. Le reste est secondaire. »

Pour une biographie détaillée, lire Du Garage à la richesse