Martin LessardUn match de soccer entre robots

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 publié le 12 juillet 2011 à 11 h 29

« Et c’est le but! » Ou, pour le dire dans la langue de celui qui a compté, « 0010010010010101! » Car le match de soccer qui a eu lieu à Istanbul cette fin de semaine a été joué par des robots.

Le RoboCup est un tournoi international de robotique qui a lieu tous les ans depuis 1997 (oui, l’année où Kasparov a perdu aux échecs contre Deep Blue). Cette coupe a pour but avoué d’organiser une équipe de robots capable de battre une équipe composée d’humains d’ci 2050.

Rassurez-vous, nos glorieux sportifs en chair et en os n’ont encore rien à craindre. Mais il faut se méfier, quand même.

Plus d’un millier de robots se sont donné rendez-vous pour « jouer ensemble ». Chaque robot est autonome et communique par WiFi.

Jouer en équipe et interpréter les mouvements de leurs adversaires et leurs coéquipiers reste le grand défi, malgré leur cerveau de silicone, leurs capteurs et leurs caméras intégrés. Mais ils s’améliorent d’année en année.

Jouer, c’est répéter pour la vie

Ce que les robots apprennent en jouant au soccer, ce sont des compétences dont ils auront besoin pour s’intégrer à nos côtés dans la société. Ils doivent être assez intelligents pour s’occuper d’eux-mêmes et, en même temps, pour s’occuper de ceux qui les entourent dans leur environnement.

La compétition annuelle permet de mesurer les apprentissages et d’intégrer les améliorations pour la prochaine fois…

Les robots humanoïdes partent évidemment favoris dans le coeur des spectateurs. Nao, le petit robot de la firme française Aldebaran Robotics, a déjà fait sensation à l’exposition universelle de Shanghaï au pavillon de la France en dansant le Boléro de Ravel. Il sait non seulement danser, mais parler, attraper des objets, se relever quand il tombe et… se connecter à Internet.

Ce ne sera probablement pas demain que vous jouerez avec lui au soccer, mais il se peut que vos grands-parents apprécient un jour sa compagnie.

Nao peut apprendre à jouer aux cartes ou aux échecs, à lire des courriels ou à raconter des histoires. En un mot, il a les capacités de devenir un véritable compagnon auprès des personnes âgées pour les assister.

Nao ne remplace en aucun cas une présence humaine, mais les Japonais étudient actuellement la possibilité de le programmer pour qu’il devienne un aide utile pour porter soins aux personnes dépendantes.

Plus que par le soccer, c’est probablement par ce vecteur, l’aide aux personnes dépendantes, que les robots feront irruption dans nos vies.

Roméo (1,40 m), le « grand frère » de Nao (58 cm), sera disponible pour le grand public dès 2015 et s’attaquera probablement au grand défi d’aider une personne à se relever en cas de chute.

L’intelligence artificielle en question

Derrière ces robots, c’est l’intelligence artificielle qui est aux commandes. Vous connaissez probablement le concept. Sur plusieurs plans, elle se révèle bien meilleure que nous, humains. C’est en fait un excellent complément à notre bon vieux cerveau de carbone.

Il faut lui reconnaître cet épatant pouvoir de calcul, de logique et de traitement de l’information qu’elle a. Mais aussi fascinante qu’elle soit, l’intelligence artificielle actuelle est loin de rivaliser avec l’intellect humain dans son ensemble.

L’approche classique consiste en une démarche « réductionniste » où tout problème complexe est réduit à ses plus petites composantes, simples à régler. Et ensuite, on applique une force brute de traitement pour résoudre tous ces petits problèmes « réduits ».

Cette approche permettra peut-être de résoudre bientôt le test de Turing, c’est-à-dire imiter la conversation humaine et passer pour un humain, mais ça n’en fera pas un humain pour autant.

Le monopole de l’intelligence sémantique sera certes perdu, comme on a déjà perdu la course aux « savoirs accumulés » avec Watson, mais une certaine façon de comprendre le monde résiste à l’assaut de l’intelligence artificielle.

Pour rivaliser avec notre intelligence, elle devra réussir à maîtriser la synthèse, plutôt que de se concentrer uniquement sur la réduction de problèmes, et intégrer la façon qu’on a de saisir les propriétés globales dans leur ensemble, celles qui émergent d’un ensemble de conditions en perpétuelle interaction.

Par exemple, apprécier un bon match de soccer à partir des gradins en 2050 pour voir un match contre les robots.

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