Billets publiés le 27 juin 2011

Il y a quelques jours, je lisais dans le Forbes que le scénariste du film The social network, Aaron Sorkin, avait décidé de quitter Facebook. C’est aux Lions de Cannes qu’il a mentionné brièvement son opinion sur les réseaux sociaux. Il n’a pas voulu trop s’étendre sur le sujet, se comparant à un vieil homme aigri assis sur le porche d’une maison en train de crier aux enfants ses idées démodées.

J’ai beau adorer Twitter, je suis un peu en accord avec son opinion sur le site de microblogage. « L’extrême de l’immédiat… Je peux y trouver tout plus rapidement, comme une manchette. Mais il n’y a pas de profondeur. La vie est compliquée. Nous devons savoir expliquer la complexité. »

Je trouve en effet dommage que trop d’utilisateurs se nourrissent uniquement des titres. Pourtant, les gens ajoutent habituellement le lien de l’article dont il est question. Est-on devenu à un tel point assoiffé de nouvelles qu’on préfère se contenter de quelques caractères plutôt que de lire le corps du texte, là où se trouve toute l’argumentation, la recherche, les détails?

En écrivant pour le web, j’ai réalisé à quel point les gens s’arrêtent souvent au titre. Il m’arrive d’écrire des billets qui m’ont demandé des heures de recherche et de nombreuses entrevues. Souvent, je me rends compte que plusieurs personnes commentent sur Twitter ou directement sur les blogues après avoir lu uniquement le titre. Pourtant s’ils avaient lu, ils n’auraient pas fait leur commentaire, puisque la réponse se trouvait dans l’article. Ça me désole chaque fois. S’arrêter au titre, c’est une chose, mais se permettre de commenter avant même de lire l’argumentaire, ça, c’est étrange. Ça arrive beaucoup avec les adeptes de certaines marques. Par exemple, un article donnant quelques points négatifs sur Android ou Apple aura son lot de commentaires de gens mécontents qui n’auront pas pris le temps de lire les raisons de la critique.

Il y a ceux aussi qui retransmettent des articles qu’ils n’ont pas lus, basés sur le titre uniquement. On s’en rend compte facilement lorsqu’un lien brisé est relayé allègrement.

Personnellement, je me suis donné comme règle de ne jamais retransmettre un lien que je n’ai pas regardé. J’avoue toutefois les lire régulièrement en diagonale afin de décider de mon intérêt avant de le lire au complet.

Apprendre à écrire pour le web

Comme j’ai déjà dû apprendre à écrire pour les magazines avec des encadrés, des sous-titres et des photos pour attirer l’œil, j’ai dû apprendre à écrire pour le web. Il y a quelques similarités, mais sur Internet, les titres sont plus importants puisqu’on ne feuillette pas un magazine qui nous fera tomber sur un article attirant. On doit faire en sorte d’amener le lecteur potentiel à cliquer.

J’ai donc appris avec le temps à titrer différemment. On doit arriver à résumer le billet en quelques caractères. Ce n’est pas la place pour les métaphores ou les titres poétiques. Ils apportent habituellement beaucoup moins de clics. L’erreur de plusieurs médias qui décident de faire la transition vers le web est de ne pas changer leur façon de titrer. C’est le cas entre autres de Rue Frontenac selon moi. Trop souvent, leurs titres ne donnent aucune idée du sujet.  Dans la panoplie de nouvelles que les gens voient passer sur leur fil Twitter, autres réseaux, il est normal qu’ils ne cliquent pas sur les liens dont le sujet n’est pas clair.

Pour le texte, on doit également entrer rapidement dans le vif du sujet et ne pas attendre à la fin pour donner son point de vue. Tout comme les magazines, vaut mieux mettre du visuel attirant et des sous-titres pour séparer le texte en segments clairement identifiés. Idéalement – mon plus gros problème que je tente encore de surmonter –, il faut être le plus concis possible.

Bref, comme Aaron Sorkin, je trouve que certains sujets méritent d’être traités et lus en profondeur. De plus, il faudrait connaître un tant soit peu le sujet avant de commenter. Dans cette nouvelle ère de l’instantané, je doute que ça change. Mais je garde espoir.