eG8 2011. Ce pourrait être un mot de passe, c’est en fait le nom du forum qui s’est tenu cette semaine en France en marge du G8, l’importante rencontre au sommet des grands de la planète.
Le but de l’eG8, lui, était de réunir les grands de la planète… Internet. La plupart des acteurs industriels du monde numérique sont venus faire part de leur vision sur l’importance d’Internet dans la société et l’économie en général, de même que sur son impact.

Près de un habitant sur trois est maintenant connecté à Internet! Près des deux tiers ont un téléphone portable! Internet pèse aujourd’hui près de 3 % du PIB mondial. Soit un poids supérieur à celui de l’agriculture ou de l’énergie. Tous reconnaissent qu’Internet a été, jusqu’à ce jour, une véritable révolution.
« Bien que beaucoup de forums autour du numérique se soient déjà tenus, aucun n’était destiné à nourrir les réflexions des chefs d’État », a annoncé d’entrée de jeu Maurice Lévy, président du Forum de l’eG8.
Et en ce sens, l’eG8 est un évènement historique.
Réguler la révolution
Le président français, Nicolas Sarkozy, a annoncé dans son discours inaugural que les gouvernements ont un rôle à jouer dans le futur d’Internet en favorisant l’innovation dans l’économie du numérique, tout en avertissant directement les géants du secteur Internet qu’ils ne doivent pas espérer y faire des affaires sans cadre législatif (comme au Far West, pourrait-on ajouter).
« [...] l’univers que vous représentez n’est pas un univers parallèle affranchi du droit, de la morale et plus généralement de tous les principes fondamentaux qui gouvernent la vie sociale dans les pays démocratiques. » Tout un programme!
Dans la salle, les chefs de file voyaient ça d’un autre oeil.
« Avant de décider qu’il y a une solution législative, demandons-nous s’il y a une solution technologique, a dit Eric Schmidt de Google. Nous allons plus vite que n’importe lequel de ces gouvernements, et probablement de tous les gouvernements ensemble. »
Les gouvernements proposent, les entreprises disposent? Il peut être risqué de se mettre à dos les gens de l’industrie et de brider l’innovation.
Et entre le troisième larron
Mais la société civile, celle qui utilise Internet, ne se reconnaît pas dans ce débat entre les titans.
Aussi grosses soient-elles, les compagnies invitées à l’eG8 ne sont qu’une petite portion de toutes les entreprises qui existent sur Internet, qui ne sont elles-mêmes qu’une fraction des milliards d’internautes, qui eux, représentent la vraie société civile.
Les défendeurs d’Internet libre et ouvert demandent plutôt de définir et de garantir les fondements mêmes d’Internet avant toute chose [voir vidéo de la conférence de presse].
« Si nous devons faire une seule recommandation pour le G8, c’est d’inscrire le droit d’accéder à Internet parmi les droits fondamentaux. Avant de penser à réguler, à défendre le droit d’auteur, il faut faire en sorte que les gens aient un libre accès à Internet », dixit Jean-Francois Julliard, secrétaire général de Reporter sans frontières.
Il faut aussi protéger la « neutralité du réseau » ajoutent-ils. Le principe de base de la neutralité du réseau, c’est que toute communication sur le réseau doit être traitée également. Aucune compagnie ni aucun gouvernement ne doivent pouvoir traiter les sites et les services web de façon différente.
C’est-à-dire qu’il faut interdire à quiconque d’étouffer des services en ralentissant artificiellement la connexion. Cette infrastructure nous appartient tous, et on y est tous sur un pied d’égalité, gros ou petit.
Telles auraient dû être les premières préoccupations du premier eG8, selon les représentants de la société civile, avant même de parler de croissance et de contrôle.
Civiliser Internet?
Comment concilier ce vecteur de liberté qu’est Internet avec les envies des gouvernements de le réguler?
« Je crois que les gouvernements n’ont aucune souveraineté sur le réseau, écrit le professeur Jeff Jarvis sur son blogue. Si un seul gouvernement prétend avoir l’autorité, tous peuvent le prétendre. Y compris les dictatures. La régulation n’est pas la solution. »
Le changement fondamental qu’Internet a apporté est une décentralisation totale des moyens de production d’information, de connaissance et de culture. Pour la première fois dans l’histoire moderne, ces outils de production sont dans les mains de la majorité de la population dans tous les pays démocratiques.
Ne serait-ce pas plutôt aux citoyens de protéger le réseau et de se mettre à égalité avec les gouvernements et les grosses entreprises?


