Martin LessardLe mème de la fin des temps

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 publié le 24 mai 2011 à 10 h 07
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Vous l’avez peut-être manqué, mais cette fin de semaine, c’était la fin du monde. Ou plutôt le début de la fin. Ou quelque chose comme ça. En fait, on n’est plus très sûr. Peut-être que ça sera plus tard, finalement.

On peut difficilement s’étonner que le jour du Jugement dernier n’ait pas eu lieu. On peut, à la rigueur, lever un sourcil en apprenant que ceux qui y croyaient y croyaient dur comme fer. Mais on se gratte la tête pour expliquer pourquoi le sujet s’est répandu autant dans les réseaux.

Il y a des histoires comme ça qui ont le don, comme une chanson qui vous colle dans la tête, de se fixer dans le flux des conversations d’une société.

Au début était la fin

Ça a commencé avec Harold Camping, 89 ans, fondateur de Family Radio, qui a lancé l’idée que samedi 21 mai 2011 (18 h précises) serait le jour de l’Enlèvement de l’Église (où les justes seraient rappelés vers le Ciel). En anglais, on dit rapture (ravissement), mot qui est devenu, on le devine, très utilisé sur le web.

Cet homme, donc, a convaincu des groupes de fondamentalistes chrétiens de la justesse de sa lecture minutieuse et infaillible de la Bible.

Pas de quoi fouetter un chat. Mais voilà, des publicités, une pleine page dans le USA Today et d’autres sur des panneaux routiers, ont été placées pour répandre la nouvelle à tous. Et les médias américains, comme la Fox, s’en sont alors fait le relais.

Le mème de tous les maux

C’est ainsi que, dans les médias sociaux, « rapture » est devenu un mème.

Un mème est un « élément d’une culture susceptible d’être transmis par des moyens non génétiques, notamment l’imitation ».

Un mème est un trait culturel (une histoire, un mot, un comportement, une croyance) qui, comme un virus, s’empare de nos communications pour se reproduire et se propager pour son propre compte, de façon autonome, si on peut dire.

Particulièrement depuis l’adoption des réseaux sociaux, il s’est ajouté une couche de communication sociale qui tisse autour des individus un écosystème qui se prête bien à la propagation de toute sorte de contenu.

« Rapture » fait partie de ces mèmes-là, qui, comme les éphémères au printemps, se mettent à virevolter soudainement dans notre environnement.

Le début de la création

Loin d’être le chaos attendu, ce fut une véritable explosion de créativité qui apparut sur le web. Les utilisateurs ont rivalisé d’inventivité pour parler de ce non-événement.

Kyle J. Riesenbeck s’est retrouvé soudainement seul samedi à 18 h :

Gizmodo a regroupé les meilleures de cette catégorie de «corps enlevés»:

Sur YouTube, les monteurs s’en sont donné à coeur joie. Voici un (vrai-faux) reportage en direct :

Et ici l’annonce des temps nouveaux « post-rapture » où les fondamentalistes ne sont enfin plus là :

Les réseaux sociaux se sont emparés du mème sous un angle satirique, direct et affirmatif (quand le roi est nu, les gens le disent crûment) alors que les grands médias se sont contentés le plus souvent d’un respectable reportage objectif, accompagné toutefois d’un clin d’oeil entendu (« seul le temps nous le dira »).

Armageddon annulée pour manque de billets vendus

Particulièrement dans les sociétés qui ont été formées par les grandes religions du Livre, qui ont un penchant pour les « fins du monde », l’Armageddon est un mème qui a du succès, car il a un pouvoir d’occuper l’espace de la réflexion ou de la communication plus que les autres mèmes.

La fin du monde se métamorphose constamment sous diverses formes (guerres nucléaires, terrorismes, bogue de l’an 2000) avec diverses dates plus ou moins précises. Mais depuis le début, ce mème ne cherche qu’à occuper notre cerveau.

Mais ce mène de la fin des temps n’a pas intérêt à ce que cela se produise réellement… s’il veut continuer à se perpétuer.

Épilogue

Comment penser que les choses auraient tourné autrement? Voici quelques liens pour vous en convaincre, question de bien vous infecter avec le mème de la « non-fin du monde »…

- « Fin du monde : la foi de croyants durement ébranlée » (La Presse)

- Excellent photo-reportage de Brandon Tauszik (via Patrick Lagacé )

- « Harold Camping ‘flabbergasted’; rapture a no-show » (San Francisco Chronicle)

- Harold Camping qui prend la parole le lendemain matin, complètement défait

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