Avec Google Art Project, lancé cet hiver, on peut avoir accès, dans le confort de son foyer, à des reproductions de grandes oeuvres d’art de musées célèbres avec un niveau de détails incroyables (jusqu’à 7 milliards de pixels).
Mais les musées ne se limitent pas à montrer simplement des oeuvres, car, selon la définition de l’ICOM, un musée est aussi « une institution au service de la société et de son développement ». Voilà pourquoi il y a, aujourd’hui, comme chaque année depuis 1977, la Journée internationale des musées.
Les musées cherchent constamment à redéfinir leur rôle pour rester au service de cette mission. Ils le font pour conserver leur autorité auprès des pairs et des donateurs, et aux yeux du public.
Les musées se sont transformés au même titre que la société. Ils ont souvent été parmi les premiers à utiliser les nouvelles technologies (CD-ROM, web, application iPhone).
La relation avec le public reste pour eux un souci omniprésent. Il est normal qu’ils soient aujourd’hui présents sur les réseaux sociaux.
Une question de voix
Mais comment une institution peut-elle en fait s’insérer dans un canal conçu comme un lieu de conversation entre des personnes authentiques? La question n’est pas si insignifiante qu’elle en a l’air.
La promotion via les médias sociaux est une chose, mais savoir tenir une conversation avec le public en est une autre.
Tout porte-parole en ligne d’un musée doit constamment se demander s’il doit prendre une voix institutionnelle ou personnelle. Dans ce dernier cas, il peut y avoir un décalage avec l’image de l’institution ou la position du conservateur.
Imaginez une seconde ce commentaire : « @untel C’est beau » ou « Voici une photo sur Flickr http… ». Est-ce que le conservateur vient de donner ainsi sa bénédiction artistique?
On voit bien que cette voix est différente de celle de la marque (dans les médias traditionnels) ou de celle du conservateur (dans les milieux artistiques).
Le bénéfice d’acquérir de précieux commentaires personnalisés dépasse largement cet inconvénient. Mais, au-delà de ça, c’est une forme de participation interactive qu’ils recherchent…
Les visiteurs-participants
Comme sur le web, les visiteurs de musées semblent vouloir laisser des traces, participer et échanger. Les musées participent sur le web 2.0, les visiteurs participent au musée.
Des expériences ont lieu ici et là, comme au Musée d’histoire naturelle de San Diego, où les visiteurs peuvent étiqueter des objets. Le but est simple : laisser certains objets sans étiquette et demander aux visiteurs d’écrire une description (ou une question) sur un papier autocollant, afin de découvrir ce qui va émerger.

Les visiteurs s’agglutinaient autour des objets en question, discutaient, lisaient, parlaient, examinaient. Évidemment, les employés passaient régulièrement pour retirer les papiers hors sujet.
Après l’expérience, des affichettes ont été conçues en employant les mots du public et en répondant aux questions qui ont été posées. Les experts n’auraient pas pu vulgariser aussi bien.
L’esprit de partage
Un autre exemple est la façon dont l’American Museum of Natural History à New York a utilisé les médias sociaux : une soixantaine de personnes ont été invitées gratuitement à participer en janvier dernier à une visite privée du musée. Mais à la condition exprès d’envoyer des messages sur Twitter, annoncer sa venue sur Foursquare ou Facebook et de prendre des photos et de les téléverser sur Flickr.
À un moment où les musées voient d’un côté leur budget diminuer et de l’autre une féroce compétition pour attirer l’attention du public, les médias sociaux ressortent comme une solution peu coûteuse pour garder contact avec les visiteurs.
Traces
L’innovation dont font preuve les musées dans le domaine des nouvelles technologies, malgré leurs faibles moyens, reste toujours constante. L’enjeu avec les médias sociaux est de s’ancrer dans les nouvelles habitudes culturelles des citoyens et de leur transmettre le goût des oeuvres de génies.
Je crois que les musées suivent bien le conseil de R.W. Emerson, un philosophe-poète américain, qui a dit : « N’allez pas là où le chemin peut mener. Allez là où il n’y a pas de chemin et laissez une trace. »



