Martin LessardDécalage entre l’école et la société numérique?

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 publié le 13 mai 2011 à 11 h 25

« Les jeunes qui ont grandi avec les technologies ont de nouvelles attentes sur le plan des environnements d’apprentissage. » Le dernier fascicule du CEFRIO sur les effets des nouvelles technologies sur les jeunes 16-26 ans vient tout juste de sortir, à temps pour la fin prochaine des classes. Qu’y apprend-on? Qu’il y a « un décalage de plus en plus criant entre l’école et la société ».

Selon l’enquête, l’ordinateur demeure un outil fortement sous-exploité par les éducateurs. Les ordinateurs sont pourtant omniprésents dans la vie des étudiants du Québec… sauf dans les salles de classe!

Par présence des ordinateurs en classe, on entend ici présence dans des « approches pédagogiques qui mettent cet instrument de l’avant en tant que véritable levier à l’acquisition de nouveaux savoirs et savoir-faire plutôt que comme un “super crayon” de 1000 $ ».

Le fascicule survole bien les quelques enjeux qui préoccupent ceux qui ont à coeur de faire entrer l’éducation dans le 21e siècle. Relevons deux points pour vous en donner un aperçu.

Le rôle de l’enseignant change-t-il dans la classe en réseau?

Une classe en réseau est une classe hybride qui combine le travail individuel et collectif, l’écrit et le verbal, par Internet et en classe, et où les étudiants participent plus activement. Le statut de l’enseignant s’en trouve changé. « Il n’est pas l’unique détenteur du savoir et son rôle en est un de porteur ou de générateur de sens, de guide. »

Une classe réseau demande d’apporter des ajustements majeurs à la formation des éducateurs, et à l’organisation de leur travail.

Faut-il favoriser ou restreindre l’usage d’Internet en salle de classe traditionnelle?

Le CEFRIO affirme que l’usage d’Internet part de la prémisse que son « utilisation en classe est un geste d’affirmation par l’étudiant de sa capacité d’apprendre (prise de notes, accès à de l’information pertinente sur Internet, à un logiciel spécialisé) ».

Ça appelle, on s’en doute, une redéfinition de la nature des activités d’apprentissage effectuées en classe.

Coup de barre

Les amants de l’éducation traditionnelle en auront la chair de poule. Tout de même, pensent-ils, l’ordinateur est souvent une source de distraction plutôt qu’un outil de travail. La concurrence est forte : les urgences par SMS, les amis sur Facebook, les primeurs sur Twitter…

Pour contrer ça, justement, un professeur français, Olivier Ertzscheid, a proposé récemment un contrat avec ses étudiants. L’usage de l’ordinateur est accepté à ces trois conditions :

- envoyer, à la fin du cours, un courriel contenant les notes prises pendant le cours;

- accepter, si la prise de notes est jugée correcte, qu’elles soient versées sur le blogue du cours pour être utile aux autres;

- accepter que l’usage de l’ordinateur soit conditionnel à la qualité de la prise de notes du cours précédent.

Le contrat fonctionne assez bien. Les étudiants jouent le jeu.

L’éducation à l’ère des révolutions

Le monde est déjà métamorphosé par le numérique. Il n’y a pas de raison que l’éducation y échappe.

Des professeurs, comme François Guité, ne se gênent plus pour dire que « les programmes scolaires, dans leur normalisation et dans l’uniformisation des connaissances, sont des laminoirs ». (source)

L’université, lieu millénaire créé pour se rassembler, partager et apprendre entre pairs, n’est pas plus épargnée. Or, Internet offre la même chose, sur la forme, pour qui veut se rassembler, partager et apprendre entre pairs.

Dans des domaines touchant les nouvelles technologies de communication ou Internet, l’apprentissage et la mise en commun du savoir entre experts (chercheurs, professionnels, journalistes, connaisseurs, etc.) se font déjà « sur le tas », en ligne, d’une façon collective et sans diplôme.

« On fera davantage, à l’échelle sociale, en misant sur l’essor de la potentialité individuelle. Pour l’élève surtout, le développement de la créativité est un meilleur gage d’épanouissement et plus sûre garantie d’avenir que la conformité », ajoute François Guité. (source)

L’école n’a plus le monopole des « environnements d’apprentissage »

En fait, l’école de demain ne doit pas être vue comme une surenchère d’équipements matériel et logiciel, équipements peut-être incontournables, mais qui assujettissent l’institution à l’offre standard industrielle en la détournant de la question des usages, comme le souligne Mario Asselin, consultant en apprentissage et technologies.

Elle doit absolument trouver comment arrimer sa culture lettrée, dont elle était le temple privilégié, à la culture numérique en émergence qui se constitue rapidement en dehors d’elle. L’enjeu? Des hordes d’apprenants qui décident d’aller apprendre ailleurs, autrement.

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