On n’avait plus les idées très claires vers 1 h 30 du matin, à écouter les derniers discours de victoire, mais sur Twitter et Facebook, les questions fusaient encore de toutes parts.
Par exemple, avec seulement un taux de participation d’environ 60 %, on se demandait où étaient ces « 40 % électeurs invisibles ».
Ou, devenu le nouveau chef de l’opposition officielle, quand M. Layton déclare « C’est le temps de faire les changements », le dit-il en pensant que 60 % de sa députation vient du Québec?
Ou encore, que veut dire le premier ministre M. Harper quand il dit : « On va maintenant pouvoir rendre nos quartiers plus sûrs »? Tous les espoirs ou toutes les craintes sont permis, c’est selon…
Le débat sur les réseaux Twitter et Facebook avait au moins ça de rassurant : on s’intéresse à ce qui se passe.
Mais quel rôle ont joué la blogosphère et la twittosphère dans ces élections?
Votez, votez, il en restera toujours quelque chose
Quelle catastrophe pour les sondeurs. On est entré bien loin dans la marge d’erreur à ce qu’il semble. Est-ce qu’il y a eu un effet Internet? Peut-être : on clavarde, on s’écrit, on tweete et… on s’influence.
Jean-François Lisée a écrit dans son blogue : « [...] quelqu’un, quelque part, un francophone souverainiste sans doute, a dit à son voisin, son copain, son cousin : pourquoi on voterait pas Jack? La rumeur a couru. D’abord, presque une blague. Puis, un défi. Pourquoi pas, finalement? À Pâques, autour du coco, on ne parlait que de ça. Toi aussi tu y penses? Même mon oncle, rouge, et le beau-frère, bleu, de Québec, semblaient partants. Ben s’ils osent, eux, pourquoi pas nous? »
Les médias sociaux ont été davantage un canal pour tâter le terrain et voir de quel bord allait tourner le vent.
Jean-François Lisée continue : « Les Québécois se sont évadés. Évadés, oui, mais de quoi? De la prison, justement. De la prison du statu quo. »
Chantal Hébert a ajouté, sur CBC, et ça a circulé sur Twitter comme une traînée de poudre : « Les Québécois vont se réveiller et réaliser qu’ils n’ont pas battu Harper, mais Duceppe. »
On a vu à l’oeuvre le nouvel écosystème des médias qui s’est mis en place depuis plusieurs mois : on regarde en direct un média télévisuel et on commente sur les réseaux sociaux.
Il me semble donc que c’est après coup que l’on s’échange des points de vue sur l’interprétation à donner aux événements. Si influence il y a, c’est sur le sens à donner à ce qui est en train de se passer (la vague orange, les conservateurs majoritaires, la disparition du Bloc québécois). Les médias sociaux sont un endroit où se cristallisent les premières interprétations à chaud.
« On est dans Tintin et les oranges bleues » (@strem)
Sur Internet, on dit que tout le monde a une opinion sur tout, que toutes les opinions se valent et ont le même poids. Qu’on n’y lit que ce qui nous conforte.
Soit on y voit une autonomie du citoyen : son affranchissement total en ce qui concerne les professionnels de l’information (journalistes, critiques, professeurs, députés…) dû à la multiplication des outils et des canaux privés de discussion.
Soit on y voit une aliénation : on n’écoute plus la voix de la raison, ni celle des gens d’opinion contraire, des gens qui ont de l’expérience pour faire des débats éclairés.
Mais à mon avis, le véritable problème, c’est l’abstention.
Faire sortir le vote à tout prix?
Josée Legault a écrit sur Twitter : « En 4e secondaire, mon prof d’histoire nous avait dit ceci : voter est un droit, mais c’est surtout une responsabilité. »
On peut se demander si, pour combattre le cynisme ambiant, il ne faudrait pas revoir la façon de faire participer les citoyens aux élections.
À la blague, je propose de mettre des « J’aime » à côté du nom des candidats, de permettre de retweeter son choix, de distribuer les sièges au Parlement en fonction du nombre de membres des pages Facebook des partis. Et pourquoi pas permettre d’adhérer à plus d’un groupe?
Je ne crois pas être désespéré à ce point…


