S’il fallait trouver une autre preuve que les médias sociaux ont trouvé leur place dans le nouvel écosystème des médias, on pourrait pointer le mariage du prince William et de Catherine Middleton à l’abbaye de Westminster à Londres, vendredi prochain.
Quand une institution aussi vieille que la royauté britannique utilise à fond les nouveaux médias pour rejoindre son public, c’est qu’elle ne doute pas que la population y soit.
L’utilisation des outils 2.0 par le couple royal est instructive à plus d’un titre. Son choix, et certaines limites qu’il s’est données, peut être considéré comme un bon usage minimal des médias sociaux. Ne serait-ce que pour son pragmatisme et la simplicité de l’approche. Voyons comment il s’y prend.
Panoplie 2.0
Au lieu de créer une destination de toutes pièces, le couple va là où se trouve le public. Il installe son contenu sur des plateformes connues et réputées, d’où les deux amoureux se font des renvois mutuels. À peu de frais, il laisse ces plateformes gérer la technologique et se garde la gestion des contenus. Il en accepte du coup les limitations. La simplicité du design reste un trait caractéristique des mises en page de telles plateformes.
Blogue officiel
Le choix d’un blogue comme site officiel, au lieu d’un site traditionnel, implique souvent un compromis sur le plan graphique. Par contre, la mise à jour en est facilitée et l’indexation dans les moteurs de recherche grandement améliorée.
Notez que le prince William et Catherine n’ont pas permis les commentaires. Ils évitent ainsi de devoir loger (et de gérer) la « conversation ». On appelle conversation l’échange entre les auteurs d’un site et leur public. Le couple royal, à juste titre, a jugé qu’il ne peut y avoir de conversation quand on est 2 milliards (public estimé lors de la retransmission, tous canaux confondus). C’est comme offrir un seul paratonnerre pour tous les éclairs.
Au coeur de la présence dans les médias sociaux, le blogue est le point de chute et le point de départ pour toutes les plateformes. Le contenu vidéo est déposé sur YouTube et les images, sur Flickr. Twitter et Facebook deviennent des vecteurs de propagation des nouvelles.
YouTube et YouTube Live
Le faire-part vidéo du couple s’adresse directement à nous tous : « La maison royale vous invite » à regarder le mariage en direct sur YouTube Live. Il n’échappera à personne d’ailleurs que ce ne sont pas les médias qui invitent la population à assister à l’événement princier, mais bien le couple royal lui-même. Pour YouTube Live, dont on avait parlé il y a deux semaines, ce sera un bon baptême de feu.
Twitter royal
Leur usage de Twitter est foncièrement unidirectionnel (sang royal oblige?). Si 45 000 personnes suivent le compte Twitter officiel des futurs époux, ces derniers en suivent seulement 80, presque tous des fondations de charité. Les messages du couple sont plutôt neutres et informatifs, et s’adressent à ceux qui veulent connaître les dessous de la préparation de l’événement (liste des invités et leur disposition dans l’abbaye). Les mots-clics (hashtags) #rw2011 et #royalwedding sont utilisés constamment en prévision de l’événement.
Facebook monarchique
Le message sur la page d’accueil officielle Facebook de la monarchie, paradoxalement, nous invite de prime abord à aller voir ailleurs (Twitter, blogue, YouTube, etc.). Les messages laconiques postés sur leur mur donnent la même impression. Qu’à cela ne tienne, il y a toujours environ 700 ou 800 commentaires sous chaque message publié. Trois cent quarante mille personnes y sont abonnées, leur donnant une excellente caisse de résonance.
Flickr, comme si vous y étiez
Pour permettre un accès facile à toutes les photos officielles du mariage, la royauté a ouvert une galerie photo sur la plateforme d’échange de photos Flickr. Et en utilisant le mot-clé rw2011, il vous est aussi possible de voir les photos de tous ceux qui couvrent l’événement sur place.
Go apps, Go
Les applications ne sont pas en reste. Un guide de l’événement pour iPad est offert pour les admirateurs. Vous pouvez aussi télécharger sur votre iPhone une réplique 3D de l’abbaye de Westminster pour l’explorer sous toutes ses coutures (et découvrir son histoire). Une application, Royal App, offerte sur iPhone et Android, permet un tour guidé des sept précédents mariages, de la reine Victoria et du prince Albert en 1840 à celui du prince de Galles en 2005.
Mariage 2.0?
Au cours des dernières années, les médias sociaux ont provoqué des changements radicaux : les protagonistes d’un événement sont capables de se mettre en scène eux-mêmes sans l’intermédiaire des médias. Avec une simplicité plutôt désarmante, comme on peut le constater avec le couple royal.
Peut-on voir dans ce mariage la consécration du web 2.0? Peut-être. Mais ce serait alors dans sa version « grand public » : nous ne verrons pas la mariée tweeter « Oui, je le veux », il n’y aura pas de webcam dans le carrosse, le prince ne jouera pas à Chatroulette en direct avec la foule, et on ne les verra pas s’identifier via Foursquare dans leur chambre nuptiale. Une chose à la fois, tout de même.



