La difficulté première à laquelle tout palmarès de blogues est confronté est d’en recenser les candidats. Comment repérer un blogue? Par l’usage d’un outil en particulier? Par la façon d’écrire? La fréquence? Il n’y a pas de définition claire, et elle se résume souvent par une pirouette : on en reconnaît un quand on le voit. Pas très pratique quand on est un robot.
La plupart des palmarès de blogues, comme Wikio.fr ou Tout le monde en blogue, pour remplir leur liste, demandent aux blogueurs de s’inscrire. Pas inscrit? Pas listé!
J’aime bien Wikio, car son algorithme, quoique un peu secret, n’en découle pas moins d’une recherche sérieuse d’exprimer le plus justement la « popularité » d’un blogue.
Voici le palmarès wikio de ce mois-ci (J’ai mis entre parenthèses le thème, et entre crochets la position du mois dernier.)
Top Québec avril 2011
- 1. [1] (techno) Blogue Marketing Web 2.0 et Techno
- 2. [2] (techno) Descary.com
- 3. [3] (bouffe) Les gourmandises d’Isa
- 4. [-] (actualité) Le blogue de Jean-François Lisée
- 5. [4] (bouffe) Les plats cuisinés de Esther B
- 6. [5] (actualité) Blogue Patrick Lagacé
- 7. [-] (actualité) Poste de veille
- 8. [-] (bouffe) Le palais gourmand
- 9. [9] (actualité) Richard Hétu
- 10. [16] (bibliothéconomie) Bibliomancienne
- 11. [8] (bouffe) Les mille et un délices de Lexibule
- 12. [6] (techno) Michelle Blanc
- 13. [7] (techno) DominicArpin.ca
- 14. [11] (design) marevueweb
- 15. [10] (livres) La bibliothèque d’Allie
- 16. [-] (famille) Antoni, Borys & Cie
- 17. [-] (techno) Webketing
- 18. [13] (bouffe) Doumdoum se régale!
- 19. [-] (crochet) Katoumi
- 20. [-] (actualité) Richard Therrien
Le classement Wikio prend en compte le nombre et la valeur des liens qui pointent vers les blogues (la valeur du lien augmente plus on est haut dans le palmarès). Depuis l’an passé, les retweets comptent aussi dans le calcul de la position.
Par contre, un blogue peut pointer 100 fois vers un autre, il ne sera jamais compté qu’une seule fois pour tout le mois. Ce n’est donc pas une fréquentation, mais bien une expression qui est comptabilisée. Les visites ne sont pas aussi importantes que la citation. Ou plutôt, le nombre de citateurs.
C’est donc l’étendue de la popularité, et non son intensité dans la blogosphère, que ce palmarès évalue.
Quatre constats sur le « top québécois »
Le premier constat, surtout quand on compare avec le palmarès Wikio du mois précédent, et avec celui d’avant, conduit à remarquer une très grande variabilité de la liste d’un mois à l’autre. Environ le tiers est nouveau dans les 20 premières positions. De plus, sauf peut-être pour les cinq premières positions, la position des blogues change beaucoup.
Deuxième constat : trois thèmes de blogues semblent dominer : les technos, les actualités et la bouffe. Avec des exceptions, comme un blogue sur la bibliothéconomie et un sur le crochet (!).
Un troisième constat peut être fait : la place des institutions, surtout des journalistes de La Presse, dans les 20 premières positions pour l’actualité. De mois en mois, La Presse est toujours présente. Ce qui augure bien, si le journal montréalais veut faire le saut dans le tout numérique.
Un dernier constat : votre blogue favori ne s’y trouve probablement pas. Plein de blogues de qualité ne se trouvent pas dans le palmarès. C’est parce qu’on n’a pas encore inventé l’algorithme pour évaluer la qualité. Il y a autant de définitions de qualité que de lecteurs, on s’en doute.
Palmarès éternel?
Mais si le palmarès ne contient pas tous les blogues, ni les meilleurs, pourquoi alors continuons-nous à faire (ou à consulter) des palmarès?
Probablement parce que nous ne supportons pas de « passer à côté de quelque chose », pour reprendre les mots d’hier de Dominic Arpin : un palmarès permet de communiquer ce que « tout le monde sait », et vous évite de vous laisser seul à « ne pas savoir ».
Les palmarès de films, de livres, d’émissions suivent le même principe. À la différence que, sur le web, l’échelle est d’un tout autre ordre. Le nombre de blogues dépasse largement les contenus des autres plateformes. Un palmarès basé sur un algorithme, comme Wikio, se veut « objectif », mais elle ne peut englober la totalité du web, ni en extraire la quintessence.
L’apparition soudaine et anecdotique dans le palmarès québécois d’un blogue sur le crochet laisse une impression d’arbitraire. Et comme la liste varie sensiblement d’un mois à l’autre, avec un nombre de sujets somme toute assez restreint, la différence de forme entre Wikio et une liste subjective et personnelle de n’importe qui semble bien ténue. Elles ont l’air, toutes les deux, arbitraires et partiales.
À ce compte, on se demande si une liste personnelle n’a pas plus de valeur.
Tout est relatif
Une liste subjective, bâtie par une personne dont vous respectez l’opinion, a probablement plus d’intérêt qu’une sélection algorithmique anonyme… Cette dernière semble satisfaisante, mais en fait sa cohérence nous échappe, relativisant du coup la pertinence de son objectivité.
On s’accroche à toutes représentations qui permettent de structurer simplement le monde dans des formes plus faciles à assimiler.
Mais la blogosphère est un système décentré, complexe, non hiérarchique et sans centre. N’y entrent que ceux qui ont une tolérance élevée à un effort cognitif soutenu pour s’y trouver. Les palmarès algorithmiques sont probablement trop réducteurs pour que les blogueurs s’en contentent entièrement. On s’y réfugie, bien sûr, un peu… avant de continuer son chemin. Car la vraie destination est son propre palmarès.
