Martin LessardZombie d’avril

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 publié le 1 avril 2011 à 11 h 57
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Tous mes voeux pour le Nouvel An! (Poisson d’avril!) La légende veut que le premier avril marque le début de l’année… avant que le roi de France ne change de date au 16e siècle pour le premier janvier. En fait, chacun des calendriers régionaux avait une date différente pour commencer l’année, pour certaines régions seulement c’était le premier avril.

Même si janvier marque le retour du rallongement des journées, la sagesse ancienne a raison d’associer l’équinoxe à un renouveau. Le retour du printemps donne davantage le goût de se donner (et d’accomplir) de bonnes résolutions.

Et rien de tel qu’une bonne méthode de gestion de tâches pour y arriver.

Je ne sais pas si c’est l’informatisation accélérée de la société dans les dernières décennies qui en est la cause, mais la gestion de tâches (et, par conséquent, de son horaire) s’est industrialisée. Les outils de gestion personnelle du temps et des tâches se sont perfectionnés jusqu’à devenir envahissants. Pensez seulement à la gestion de la synchronisation entre tous nos appareils ou avec nos collègues. Une véritable intrication d’agendas et d’appareils.

À l’époque de l’agenda papier, on était seul maître à bord. Aujourd’hui, dans l’enchevêtrement des synchronisations, on se demande qui contrôle qui.

Même la meilleure solution de gestion de tâches peut devenir source de cauchemars. Comme dans un jeu de zombies : plus on tire, plus il y en a qui arrivent. La réduction de tâches complexes en petites actions que l’on fait sans réfléchir me fait penser à ces jeux d’attaque de zombies. J’ai l’impression même que la popularité récente de tels jeux est une conséquence directe de cette industrialisation des tâches et des agendas. J’y reviens plus bas.

Un des meilleurs livres sur la gestion des tâches, Getting things done (ou GTD), que l’on pourrait traduire librement par « achevez les choses », fête son dixième anniversaire. David Allen propose une méthode infaillible pour réduire la gestion du travail en une série de tâches simples à « exécuter ». Mon choix de mot entre guillemets n’est pas anodin.

Maîtrisez sa géniale méthode, et vous voilà sur la voie d’une gestion sans stress, selon l’auteur.

J’ai toujours été dubitatif devant de telles affirmations tant me semble insoluble ce paradoxe :

Si le nombre de tâches est inférieur à mon rythme d’exécution, la liste se vide rapidement et elle ne sert à rien.

Si le nombre de tâches est égal à mon rythme d’exécution, la liste reste éternellement pleine et j’en suis prisonnier.

Si le nombre de tâches est supérieur à mon rythme d’exécution, la liste s’allonge exponentiellement et je suis foutu.

Saucissonner son travail, en série de tâches simples à faire, réduit l’effort cognitif équivalant à jouer un jeu de zombies. Chaque tâche, ou zombie, prise isolément n’est plus une menace : le zombie avance lentement, traîne de la patte, et un coup bien placé lui règle son compte une bonne fois pour toutes.

En général, si vous avez déjà écouté un film sur les zombies, vous savez que les vrais problèmes commencent quand le nombre de zombies augmente.

En ce moment, une série de jeux en ligne ou sur les mobiles ont comme thème les zombies : plus de 1000 sur iOS et plus de 300 sur Android. Ces jeux consistent en une série de vagues d’hostiles zombies, toujours plus nombreux, qui tentent de vous submerger jusqu’au K.O. final. Abattre un seul ennemi ne demande pas de compétence spéciale. Il faut plutôt y voir un exercice d’endurance au stress.

Peut-on voir dans cette volonté de se soumettre aux attaques de « zombies » une façon d’apprivoiser notre vie hyperconnectée? Comment ne pas associer les vagues de courriels, les salves de SMS, tweets et autres messages Facebook à autant de zombies qui nous assaillent? Tous les moyens sont bons pour apprivoiser le stress qu’on associe à l’accélération de la vie.

Dans les films de zombies, la peur viscérale tourne toujours autour de cette notion qu’il faut éviter à tout prix de devenir un zombie aussi. Or, qu’est-ce qu’un zombie, sinon un être unidimensionnel condamné à attaquer chaque proie, sans réfléchir, de façon répétée et sans arrêt? Le tueur de zombies, en voulant se protéger, ne fait pas autre chose.

Bon zombie d’avril!

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