Martin LessardUn Fab Lab au Québec

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 publié le 25 mars 2011 à 10 h 46

« Le nombre d’innovations depuis 1993, de l’arrivée du web à aujourd’hui, est supérieur au nombre d’innovations depuis l’origine de l’humanité jusqu’en 1993. L’innovation est même exponentielle; nous sommes de plus en plus créatifs et innovants », raconte Jean-Michel Cornu, directeur scientifique de la FING.

Les deux dernières décennies ont été l’occasion d’expérimenter à grande échelle une série d’innovations, ce qui, pour Internet, a bouleversé les rapports industriels dans plusieurs sphères (musique, journaux, télévision). C’est un moment où le public est aussi devenu acteur. Imaginez maintenant quand les consommateurs fabriqueront leurs propres objets!

La culture du faire soi-même

Un « Fab Lab » (de la contraction en anglais de fabrication laboratory) est un lieu où se retrouvent des gens cherchant à développer une « culture de fabrication DIY » (Do it yourself, faites-le vous-même). C’est un atelier où l’on met à la disposition du public des machines industrielles, comme des découpeuses laser ou des imprimantes 3D, pour lui permettre de construire ou d’assembler des objets qu’il ne lui serait pas possible de fabriquer autrement sans s’équiper à grands frais.

Un Fab Lab permet ainsi de créer une grande diversité de prototypes ou d’objets finis. Le premier Fab Lab a été lancé en 2002 par un professeur du MIT, Neil Gershenfeld. Voici une vidéo qui vous en donne un aperçu : « Qu’est-ce qu’un Fab Lab? » (vidéo).

Il y en a aujourd’hui plus d’une quarantaine dans le monde, dont un qui cherche s’implanter au Québec.

Le mouvement arrive au Québec

À Montréal mercredi prochain, Jean-Michel Cornu, justement, sera là pour donner le coup d’envoi à un Fab Lab québécois. Il parlera des expériences en cours de création et du type de structuration du réseau des Fab Labs en France.

C’est une occasion de tirer parti de l’expérience française et de se permettre de mieux définir un modèle de développement propre à la réalité d’ici.

L’évènement est organisé par Communautique et Procédurable, et est animé par l’équipe de Grisvert. Il s’adresse à tous les gens qui souhaitent participer à la création du mouvement des Fab Labs au Québec. L’événement est gratuit et ouvert à tous. Plus d’info ici.

Êtes-vous un « hacker » d’objets?

Chaque Fab Lab a une vocation différente, soutenue par la communauté locale et donc adaptée aux besoins du milieu. Barcelone a un Fab Lab axé sur l’innovation en architecture, alors qu’au Kenya, on fabrique des pompes à eau qui ne demandent pas de pièces importées.

Et au Québec? Le premier atelier, la semaine prochaine, servira à répondre aux questions suivantes :

  • Qui sont les acteurs et les organisations qui souhaitent faire partie de l’aventure des Fab Labs au Québec?
  • Dans quelles conditions pouvons-nous créer et soutenir ces laboratoires citoyens?
  • Comment ces Fab Labs peuvent-ils se construire dans nos milieux et se connecter?

« Le concept de Fab Lab applique au monde industriel l’esprit de partage, d’innovation et de gratuité que l’on trouve sur Internet, par exemple avec les logiciels libres et les réseaux sociaux. En permettant à n’importe qui d’accéder à des machines industrielles simples à bas coût, on sort du mode de production classique », résume bien Raphaël Moran de Rue89.

On trouve cette valeur intéressante de permettre à tous de s’approprier les outils et les connaissances pour mixer, remixer et diffuser sous un mode coopératif ses propres productions, et ainsi, sortir du simple consumérisme, comme on l’a connu, à certains égards, sur Internet.

« La prochaine révolution? Faites-la vous même! »

« Aujourd’hui, le DIY est aussi un marché, et même une industrie : magasins, livres, émissions de télévision et magazines de bricolage, jardinage, décoration, cuisine. [...] La démocratisation (et la baisse des prix) des technologies a fait exploser l’offre et la demande de kits et de composants permettant de créer ses propres robots, drones et autres gadgets », dit Jean-Marc Manach sur le site InternetActu.

De la même façon qu’il est devenu de plus en plus facile pour des utilisateurs amateurs de produire du contenu sur le web, au grand dam des institutions en place (journaux, réseaux de télévision, universités, politique), l’appropriation des outils industriels mis en partage permettra une certaine émancipation des citoyens en ce qui concerne les industries en place.

Plus probablement, des innovateurs en profiteront pour faire le prototype d’objets ou de produits répondant à des besoins de niches ou alternatifs.

Il est inutile que chacun s’équipe d’outils chers et encombrants pour tester son idée, le partage des machines permettra de minimiser les coûts de démarrage d’un projet. Une des conséquences de cela sera l’accroissement du nombre d’innovations de toute sorte. Et, peut-être, l’éclosion d’un monde micro-industriel.

Pour aller plus loin :

Fab Lab au Québec
« La révolution du faire soi-même », Jean-Michel Cornu, FING
« La prochaine révolution? Faites-la vous-même! », Jean-Marc Manach, FING
« Nous tous des hackers », par Hubert Guillaud, FING
« Au Fab Lab, fabriquez vous-même votre machine à laver », Raphaël Moran, Rue89.
« In the Next Industrial Revolution, Atoms Are the New Bits », Chris Anderson, Wired

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