Martin LessardTwitter a cinq ans

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 publié le 21 mars 2011 à 11 h 52
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Aujourd’hui, Twitter a cinq ans. Avec plus de 200 millions d’abonnés, c’est devenu un phénomène. Doit-on titrer, comme La Presse l’a fait samedi, que « la révolution Twitter atteint le Québec »? Avec un demi-million d’adeptes au Québec, peut-être. Ce sont des adeptes qui font du bruit. Mais on connaît le pouvoir des médias de faire des prophéties autorévélatrices, il se peut donc que ça le soit maintenant. Les journalistes ont été les chevaux de Troie de bien de phénomènes, et Twitter ne fait pas exception.

Se médiatiser sans les médias

Mais à quel moment Twitter est-il réellement sorti du cercle restreint des adeptes technophiles pour entrer dans la sphère du grand public? Il faut remonter à un moment précis, au printemps 2009.

Les adeptes précoces de Twitter avaient déjà attiré l’attention de certains médias américains, comme CNN, sur les avantages du nouvel outil. Aston Kutcher, acteur américain, fait alors le pari d’être le premier à arriver à 1 million d’abonnés à son compte (followers) sur Twitter. CNN relève le défi [anglais].

À la surprise de tous, assez rapidement, Kutcher gagne son pari. Au-delà de l’anecdote, c’est un revirement important qui s’est passé. L’audience d’un acteur dépassait celle d’un média sérieux : dont acte.

Les vedettes « people » ont tout de suite vu la valeur de générer leur propre couverture médiatique sans l’intermédiaire des journalistes. Quand Oprah s’y est mise [anglais], une première étape a été franchie. Une vague de nouveaux adeptes, plutôt orientés « people », s’initiaient en masse au nouvel outil.

Geek + media + people = explosion Twitter

On peut remarquer que cet épisode « people » est à la base de la courbe exponentielle en regardant ce graphique. Le combustible n’attendait que l’allumette. Elle a pris la forme, à l’été 2009, du soulèvement iranien manqué.

Les nouveaux adeptes, pourtant plus « people » que « politique », se sont trouvés à vivre, avec les geeks des premiers instants et les médias en ligne, une révolution en train d’être tweetée « en direct ».

L’outil s’impose alors comme un acteur de premier plan pour écrire le premier jet d’une histoire qui se déroule. Le scoop n’est plus un monopole des chaînes en direct. L’amerrissage sur la rivière Hudson [anglais], les attentats de Mumbai [anglais] ou le tremblement de terre en Haïti confirment aussi cet état de fait.

Trois points forts de Twitter

Pourquoi utiliser Twitter et non Facebook, qui fait la même chose, tout en offrant plus de services, et sans cette limite de 140 caractères? Pour trois raisons, qui plaisent à la fois aux médias, aux vedettes et aux branchés.

  1. Twitter est un réseau asymétrique. Facebook demande la symétrie. Vous ne pouvez qu’être « ami » avec quelqu’un qui vous accepte en retour comme « ami ». Sauf si vous êtes en mode privé, tout le monde peut vous suivre sur Twitter. Ce qui est la définition même d’une audience pour quelqu’un de populaire.
  2. Twitter favorise les « liens faibles ». En théorie des réseaux, les liens forts sont ceux que vous entretenez au premier degré. Comme sur Facebook. Les « liens faibles » (weak ties) sont ceux qui vous relient à d’autres groupes auxquels vous n’avez pas accès. La « viralité » y est plus forte : un message peut se propager plus loin.
  3. Chaque gazouillis peut être hyperlié. On peut exactement pointer un tweet avec une URL, et donc le citer. Contrairement à Facebook, où il faut être un « ami » pour accéder à l’information… si vous arrivez à la retrouver.

Pas étonnant que Twitter plaise à ceux qui aiment échanger rapidement et efficacement des liens, des informations…

L’auberge espagnole

C’est devenu un lieu ouvert où on peut saisir le pouls du monde. Évidemment, pas de tout le monde. Car l’approche de Twitter n’est pas si simple. Twitter demande l’apport d’une série d’outils éparpillés sur le réseau. Et il faut maîtriser les codes (@, #). Rien de très compliqué, en fait, mais ce n’est pas tout cuit dans le bec comme c’est le cas pour Facebook.

Mais comme une grande auberge espagnole, on n’y trouve que ce qu’on y apporte. C’est-à-dire son réseau.

Sculptez votre réseau

Vous devez choisir soigneusement qui vous voulez suivre, sous peine d’être submergé de messages incohérents et peu pertinents. Vous êtes comme dans la rue. Vous captez des conversations qui ne vous sont pas adressées. Inutile de les trouver futiles, ils sont dans le droit de dire ce qu’ils veulent et vous dans le tort de les écouter.

Mais en fait, Twitter est plutôt une énorme pause-café planétaire : vous prenez la conversation en cours, vous y mettez votre grain de sel, et la conversation continuera sans vous après la pause. Sculptez bien votre réseau, tenez-vous avec les bonnes personnes pour vous, car, comme vous le savez, une conversation de couloir peut parfois vous apporter des informations très utiles…

Internet, Médias, Réseaux sociaux, Société