Martin LessardLa Presse pense à un « plan iPad »

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 publié le 14 mars 2011 à 11 h 48
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En ce qui concerne le tsunami de vendredi, dont les images et les nouvelles ont été rapidement retransmises par les réseaux de communication traditionnels et sociaux, les journaux papier ont été laissés en plan, principalement à cause de leur heure de tombée : vendredi matin, alors que tous les autres médias annonçaient la catastrophe, les journaux se trouvaient à présenter les nouvelles de la veille.

La difficulté que vit la presse écrite ne date pas d’hier, et être en marge d’un monde en temps réel fait symboliquement mal (symbolique, car la version en ligne, elle, est rapidement mise à jour). Or, est passée plutôt inaperçue vendredi (avec le tsunami on peut le comprendre) une nouvelle qui a de quoi représenter l’équivalent d’un tremblement de terre dans le milieu journalistique d’ici : La Presse cherche à créer une « révolution numérique », selon Le Devoir, en préparant un virage rapide vers le journal sans papier.

Le « plan iPad »

La Presse chercherait à abandonner la version papier pour passer sur tablette numérique, possiblement l’iPad, qui sera gratuit avec tout abonnement de trois ans, sur un modèle similaire à celle des compagnies de cellulaire. Et le virage s’accompagnerait d’une réduction des deux tiers des exemplaires quotidiens.

Tous les journaux cherchent un nouveau modèle d’affaires et ils auront probablement les yeux rivés sur La Presse. Attentisme risqué quand on sait que sur les plateformes numériques, la chance sourit aux premiers joueurs qui risquent leur chemise. Mais est-ce que le lectorat suivra?

Le récent The Daily, de Rupert Murdoch, entièrement sur iPad, n’a pas particulièrement prouvé qu’un journal sans papier soit mieux, comme l’expliquait Philippe sur Triplex. Si, sur l’iPad, The Daily offre une meilleure mise en page qu’un site web, il n’a pas démontré sa capacité à intégrer le nouveau mode de consommation de l’information (partage, annotation, commentaires, filtrage social…).

Faire payer pour de l’information en ligne, même de qualité, n’est pas facile. Le New York Times a tenté avec TimeSelect d’offrir un abonnement à certains chroniqueurs réputés, sans grands succès. The Times, avec son « mur payant » (où l’on doit payer pour lire en ligne), n’a réussi à attirer en ligne que 0,5 % de ses 20 millions de lecteurs.

La Presse va-t-elle trouver une solution à la crise?

Défis numériques

Le passage au tout en ligne pour une question de réduction de coûts (en épargnant sur l’impression et la distribution) est loin de représenter une solution s’il ne s’accompagne pas d’une nouvelle logique éditoriale et d’une synergie avec les médias sociaux.

Il y a moyen d’adapter contenu et équipe à la réalité des réseaux sociaux numériques, comme le fait le Huffington Post : partage d’information, annotation, filtrage social, contenu généré par les utilisateurs, etc., en bâtissant et harnachant la participation active des lecteurs. Et avec une application qui offre une expérience riche, on peut marquer des points. AOL l’a compris et a acheté la compagnie.

Mais ramener toute l’info sur un écran de 10 pouces ne se résume pas à un défi de mise en page ni d’interactivité, mais bien à un défi de rester présent à l’esprit du lecteur dans un océan de contenu.

10 pouces pour s’informer

Sur ce 10 pouces d’écran, la concurrence est sans pitié, et tout journal verra apparaître une nouvelle « concurrence » : les urgences (par courriel), les amis (par Facebook), les primeurs de son réseau (Twitter), les moments de détente (les applications de jeux) et toutes les pages web du monde que l’on a mises en signet (et que l’on se promet de lire plus tard). Et si l’iPad est mobile, il reste d’usage surtout domestique, car peu de gens l’utilisent encore hors de la maison.

Un écran de 10 pouces réduit aussi la vue d’ensemble (le journal permet une meilleure lecture périphérique), et un journal sur un iPad devient une distraction parmi d’autres. À moins d’augmenter la quantité de nouvelles sensationnalistes pour attirer l’attention. Et comme en ligne il n’y a pas de monopole dans la possibilité de rendre une information publique, le journaliste sera davantage appelé à «entrer en dialogue avec le public», comme l’a suggéré Florian Sauvageau, ex-directeur du Centre d’études sur les médias.

Ce n’est donc pas à une simple fusion avec Cyberpresse à laquelle il faut s’attendre, mais bien à un nouveau journal, si La Presse décide de faire le saut. À moins qu’elle ne cherche qu’à se faire acheter, comme le Huffington Post, par une grande boîte de télécommunication?

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