L’affirmation suivante est peut-être incendiaire, mais je persiste et signe : bien que j’admire la participation des médias traditionnels dans le domaine, à mes yeux, la véritable webtélé est produite de façon indépendante. Elle est réalisée non seulement pour le web, mais par le web, avec des moyens accessibles et ingénieux.

Lorsqu’on traite du sujet à la télévision où dans les journaux, et que l’on ignore cet aspect de l’équation, ou qu’on limite le contenu généré par les utilisateurs à de vulgaires séquences vidéo de chats ou de cascades ratées, ça m’enrage. Pourtant, plusieurs initiatives indépendantes ont vu le jour au Québec, et ce, bien avant que les télédiffuseurs ne s’intéressent au phénomène.
Les débuts de la webtélé au Québec
Loin de moi l’idée de fournir ici un historique précis des origines de la webtélé québécoise. Le fait est que bien qu’Internet soit par définition informatisé, les traces des premières productions locales sont floues.
Kitkast, une capsule informative anglophone baladodiffusée de façon hebdomadaire, a vu le jour le 15 octobre 2005. Il s’agit probablement de la première webtélé québécoise indépendante, originaire de Montréal. Casey McKinnon et Rudy Jahchan, le duo derrière cette réalisation, y mettent fin en 2006 pour se concentrer sur Galacticast, une série de capsules humoristiques aux scénarios indépendants, très orientée sur la science-fiction. À souligner que tout le contenu de ces deux séries est encore accessible sur iTunes.
Du côté francophone, la vague des Têtes à claques a frappé le Québec le 16 août 2006. Avec beaucoup d’imagination, peu de moyens et quelques poupées, le publicitaire Michel Beaudet est parvenu à créer un univers humoristique dont le succès a rapidement dépassé les frontières du web. A suivi en 2007 Prenez Garde Aux Chiens, dont la première saison a été mise en ligne sur YouTube. Finalement, l’éclosion de plusieurs propositions intéressantes ont suivi en 2008, notamment avec Bombe.tv, un portail vidéo ayant pour cible les adolescents, et URLer.tv, un collectif ouvert aux créatifs voulant fournir leurs capsules vidéo, qui sont ensuite compilées dans une émission respectant un thème précis.
À noter : j’ai l’impression que 33Mag produisait de la vidéo sur le web avant Michel Beaudet, mais il est très difficile de consulter les archives vidéo du site afin de confirmer cette hypothèse.
Quelques webtélés à surveiller
Il existe aujourd’hui un répertoire de webtélés où l’on peut retrouver la majorité des productions québécoises indépendantes. Celui maintenu par l’équipe de Kebweb.tv, un site rassemblant une dizaine de webséries partenaires, contient également un bon nombre de réalisations provenant de l’extérieur de la province.
Carole aide son prochain
Que dire de Carole aide son prochain? Un exemple d’entrain en col roulé muni de la patience d’un prisonnier le jour de sa comparution pour sa mise en liberté. Mon coup de cœur, et l’une des webséries les plus populaires du moment.
3Gars.tv
Si vous préférez quelque chose de plus masculin, 3Gars.tv offre une production plus soignée avec son scénario, sa mise en scène et ses prises de vue. Je lui pardonne quelques longueurs; cherche-t-on à cibler 10 minutes chaque fois?
DansTesOreilles.tv
Laissons l’humour de côté, et embrassons la musique dans le contexte bilingue montréalais. Quand DansTesOreilles.tv a l’occasion de rencontrer Torquil Campbell, leader de la formation musicale Stars, elle ne donne pas dans les sous-titres et la traduction. Est-ce bien grave?
Bu sur le web
Bu sur le web est une recommandation de mon ami Patrick Dion (qui en fait m’a recommandé 172 webtélés différentes, desquelles celle-ci à retenu mon attention). Pourquoi faire compliqué quand ça peut être si simple? Aurélia Filion nous parle de sa passion pour les vins en nous livrant ses recommandations personnelles.
Mais où est l’argent?
Le rêve de tout créatif est de parvenir à vivre de son art. La situation actuelle est plus qu’ambiguë lorsque vient le moment de déterminer un modèle d’affaires fonctionnel concernant la distribution de contenu vidéo sur le web. Si la publicité semble générer suffisamment de revenus pour permettre à des initiatives comme Revision3 de poursuivre ses activités aux États-Unis, peut-on espérer la même chose du bassin de population québécois?
Encore une fois, les médias traditionnels viennent hanter le milieu, en proposant des partenariats afin de propulser des concepts originaux comme Temps mort ou Contrat d’gars vers d’autres horizons. Existe-t-il une autre solution?
