Philippe MarcouxWatson, Alex et… Hal

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 publié le 14 février 2011 à 11 h 14

Deux Canadiens feront l’histoire cette semaine au jeu-questionnaire télévisé Jeopardy, alors que Watson, un super ordinateur de IBM, se mesurera pour la première fois aux deux meilleurs concurrents de l’histoire de l’émission. Pourquoi deux Canadiens? Vous savez probablement déjà que l’animateur de l’émission, Alex Trebek, est un Franco-Ontarien. Mais saviez-vous que Watson aussi est Canadien? J’imagine que ça dépend de comment on définit la nationalité d’un ordinateur, mais j’ai appris cette semaine que les puces électroniques qui forment son « cerveau » sont fabriquées à Bromont. Si ton cerveau est canadien, il me semble que ça fait de toi à tout le moins un amateur de hockey.

Vous trouvez peut-être que j’exagère en parlant de moment historique. Après tout, ça fait déjà presque 14 ans que l’ordinateur Deep Blue (aussi de IBM) a battu Gary Kasparov aux échecs. Mais si on en croit les experts en intelligence artificielle, les échecs, c’est un jeu d’enfants comparé au véritable défi de Jeopardy! Pour un ordinateur en tout cas…

Il semble que si on a un ordinateur assez puissant, il est possible d’en faire un champion d’échecs en utilisant simplement la force brute de sa capacité de calcul. À chaque coup, l’ordinateur analyse toutes les possibilités de déroulement de la partie sur la base de son prochain mouvement et opte pour ce qu’il détermine être la meilleure décision. Il était inévitable qu’un jour, un ordinateur soit assez rapide et assez puissant pour battre le meilleur des joueurs d’échecs. Et c’est arrivé le 11 mai 1997.

Dans le cas de Jeopardy, c’est apparemment beaucoup plus complexe parce que Watson doit d’abord comprendre la question avant d’y répondre. Si vous connaissez le jeu, vous savez que les questions et le nom des catégories de questions comportent souvent des jeux de mots qui sont à la fois des indices et des pièges pour les concurrents. Le pauvre Watson est encore plus rapide que son cousin Deep Blue, mais jusqu’à tout récemment, il n’était pas encore très perspicace et il avait beaucoup de difficultés avec l’humour. À la question « Qui était le capitaine du pink Paramour en 1698? », Watson n’a pas saisi que « pink » était la sorte de bateau et que « Paramour » était le nom du navire. Sa réponse… Peter Sellers… la vedette des films The pink panther, dans lesquels il y a un personnage qui, en anglais, est un « paramour ». Pas si simple que ça de jouer à Jeopardy, même si on a appris le contenu de Wikipédia par cœur!

Ses inventeurs ont donc dû développer une méthode qu’ils appellent « apprentissage par la machine » ou « machine learning ». Les programmeurs donnent à Watson une très grande quantité de questions et réponses d’anciennes parties de Jeopardy, et l’ordinateur analyse le tout et identifie des tendances et des constantes comme, par exemple, le fait que toutes les réponses dans une catégorie donnée sont des mois de l’année. Il s’améliore même pendant une partie grâce aux réponses des autres concurrents.

Quoi qu’il en soit, Watson a réussi à impressionner les producteurs de Jeopardy suffisamment pour avoir une place dans un match contre les deux meilleurs joueurs de l’histoire du jeu-questionnaire. Dans des matchs préparatoires, l’ordinateur et les deux humains ont fait match nul. Pour l’instant, il n’y a pas eu de fuite sur l’issue des trois matchs qui seront présentés à la télévision.

Tout ça n’est bien entendu qu’un magistral coup publicitaire pour IBM et Jeopardy. Mais ça soulève tout de même quelques questions sur l’intelligence artificielle, ce qu’un ordinateur est capable « d’apprendre » et où tout ça va nous mener. Est-ce qu’on est en train de créer le Hal 9000 de 2001 : l’odyssée de l’espace?

Ça ne m’inquiète pas tellement, parce que franchement, les progrès de l’ordinateur dans ce domaine sont plutôt décevants. L’ordinateur a gagné contre le meilleur humain aux échecs, mais il demeure battable malgré sa capacité de calcul nettement supérieure. Watson l’emportera peut-être à Jeopardy, mais il serait incapable de jouer à Pyramide, ce n’est pas peu dire!

L’ordinateur n’a pas non plus réussi à battre un humain au jeu le plus… humain, le poker. Oui, je sais, un ordinateur a déjà gagné au Texas Hold’em à un contre un. Mais s’il veut m’impressionner, notre ami en silicone va devoir s’asseoir à une table avec neuf autres joueurs et s’en sortir avec tous les jetons. De toute façon, jamais un ordinateur ne va vraiment apprécier le scotch qui sera servi à cette table et ça, moi, ça me rassure beaucoup!

A lire sur la question de l’humain contre la machine, cet article dans l’édition du mois de mars de The Atlantic.

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