Gina DesjardinsPour être connecté au Canada, il faut être prêt à en payer le prix

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 publié le 17 janvier 2011 à 13 h 43

À mon retour du CES, j’écrivais le billet « L’avènement des téléviseurs connectés à Internet marquera 2011 ». Par contre, selon moi, le Canada aura de la difficulté à suivre cette mode.

Depuis le lancement de Netflix en septembre dernier, j’entends régulièrement des gens vanter cette offre de contenu illimité à 7,99 $ par mois. C’est effectivement très intéressant. Il s’agit d’avoir un ordinateur, une console de jeux (Nintendo Wii, Xbox 360 ou PlayStation 3) ou une boîte du genre Apple TV pour avoir accès à des séries télévisées, des documentaires et des films sortis depuis quelques années. Mais je me demande toujours s’ils ont pensé à leur facture Internet. Presque tous les jours, j’apprends à au moins une personne qu’au Canada, on est limité.

Télécharger des films sur iTunes ou un jeu sur Steam, ou écouter du contenu Netflix, ça peut revenir cher si on dépasse la limite d’utilisation Internet permise dans notre forfait Internet. Aux États-Unis, en Europe ou en Asie, les forfaits vont de 250 gigaoctets (Go) à illimités. Mais au Canada, la moyenne des forfaits se situe autour de 40 à 60 Go. Si on pense utiliser plus de bande passante, il faut être prêt à payer des mensualités élevées.

Par exemple, le plus gros forfait de Vidéotron offre 170 Go en aval (vitesse de 120 Mbit/s) et 30 Go en amont (vitesse jusqu’à 20 Mbit/s) pour 149,95 $ mensuellement. « L’utilisation de la bande passante au-delà des limites définies pour cet accès sera facturée à 1,50 $ par gigaoctet supplémentaire, et ce, sans limite mensuelle de facturation », peut-on lire sur le site. De côté de Bell, le plus gros forfait offre 100 Go de bande passante pour 54,95 $, vitesse de téléchargement jusqu’à 25 Mbit/s et vitesse de partage de contenu de 7 Mbit/s. « Pour seulement 5 $/mois, le forfait Utilisation assurée vous offre une utilisation Internet additionnelle de 40 Go. »

Une centaine de dollars pour une série télé

Quelqu’un m’a confié avoir téléchargé une saison complète de Dora l’exploratrice sur sa tablette pour divertir son enfant qui devait se rendre à l’hôpital. En plus du prix de la location des épisodes, sa facture Internet a augmenté de 100 $. Il avait dépassé sa limite… Des histoires du genre, j’en ai entendu plusieurs. Certains ont eu la surprise après avoir décidé de faire des sauvegardes de données de leur ordinateur en utilisant un service dans le nuage, d’autres après avoir profité pleinement de leur abonnement à Netflix.

Un film haute définition de 1 h 30 utilise environ 3 Go de bande passante, en définition standard, c’est environ 1 Go l’heure, et il faut compter une moyenne de 5-6 Go pour le téléchargement d’un jeu sur Steam. Selon l’étude de Credit Suisse sur la situation canadienne, utiliser un service comme Netflix pour écouter 30 minutes de télévision par jour équivaut à environ 32 Go d’utilisation Internet mensuellement (pour ce seul service). Bref, si on se tourne vers des services en lecture continue, on peut se retrouver avec une facture salée.

« Les opérateurs font énormément d’argent sur le dépassement de la bande passante, explique Laurent Maisonnave, président du conseil d’administration du service Île sans fil. Ça leur coûte 0,01 $ le Go, alors imaginez les profits lorsqu’ils font payer des surplus de 1 $ à 5 $ le Go supplémentaire. Mais ce n’est pas la seule raison, continue-t-il. Les fournisseurs Internet sont devenus des fournisseurs de contenu. Ils ont maintenant leur propre service de vidéo sur demande et ne veulent pas de concurrence. »

Les forfaits illimités des petits fournisseurs maintenant interdits

Jusqu’à récemment, on pouvait se tourner vers les forfaits illimités des fournisseurs de services Internet (FSI), comme Teksavvy ou Acanac, des services d’accès par passerelle (SAP). Malheureusement, une décision du CRTC, à la suite d’une demande de Bell, signe la fin de ces forfaits. « À partir de février, les FSI ne pourront plus offrir de plan illimité à leurs clients », précise Frederic Boucher, un analyste technique pour Devicom, un groupe-conseil en informatique et télécommunication. « Les forfaits seront limités à un plan de 60 Go par mois. »

Mon voisin Philippe Marcoux l’a déjà mentionné à la fin d’un billet sur le Kindle : « Selon comScore, les Canadiens passeraient près de 50 % plus de temps en ligne que les Américains. » Plusieurs risquent malheureusement d’en payer le prix.

« Le CRTC ne devrait pas être protecteur du monopole établi et s’ouvrir aux nouveaux usages, conclut Laurent Maisonnave. Ce n’est pas un environnement adéquat aux nouveaux services. Plusieurs services innovants ne pourront pas arriver au Canada, et c’est dommage. »


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