Billets publiés en janvier 2011

C’est à l’occasion d’un événement nommé le PlayStation Meeting, auquel étaient conviés les journalistes spécialisés en jeux vidéo, que Sony dévoila la successeure de la PSP, sa console mobile actuelle. Sans toutefois y juxtaposer un numéro comme le veut la tradition avec la gamme PlayStation, on présenta l’appareil par son nom de code : la NGP (Next Generation Portable). Laissez-moi vous dresser le portrait de la bête en question…

Même si la rumeur laissait croire que Sony avait déclaré à ses partenaires que sa prochaine console mobile allait être aussi puissante que la PlayStation 3, il est indéniable que la proposition présentée la semaine dernière est impressionnante. Sony cible les joueurs sérieux en misant sur une technologie de pointe : un processeur ARM Cortex-A9 à 4 cœurs combiné à un processeur graphique PowerVR SGX543MP4+ surpasse de loin la concurrence des téléphones cellulaires (où les processeurs à doubles cœurs se font rares).

Du multi-touch recto verso

Depuis que Sony a introduit sa première console portable sur le marché en 2004, le paysage de la techno mobile a beaucoup évolué. Le multi-touch est aujourd’hui une caractéristique omniprésente, et la NGP ne fait pas exception. Non seulement Sony propose un écran tactile OLED d’une résolution de 960 x 540 pixels, mais on trouve un pavé tactile à l’arrière de l’appareil, permettant essentiellement de pousser des objets virtuels derrière l’environnement. Sans oublier les capteurs de mouvement Sixaxis (le gyroscope et l’accéléromètre, configuration identique à ce que l’on trouve avec la manette de la PS3). Une fonctionnalité qui risque d’être employée plus fréquemment dans le contexte mobile, puisque l’écran nous permet d’expérimenter ce genre de manipulation à un autre niveau.

Contrairement aux produits Apple, le multi-touch et la captation de mouvement n’est pas la seule façon d’interagir avec les jeux. Les amateurs de PlayStation reconnaîtront la même série de boutons provenant de la manette originale : la croix directionnelle, les boutons triangle-cercle-croix-carré, les boutons aux épaules et les deux manches analogiques. Cette dernière caractéristique peut sembler anodine aux yeux de certains, mais elle est quasi révolutionnaire. Elle permettra de convertir plus facilement les jeux traditionnellement conçus pour les consoles de salon, puisque la plupart requièrent de manipuler à la fois un personnage et la caméra.

Une connexion toute garnie

Au niveau de la communication sans fil, l’appareil est muni de Wi-Fi (IEEE 802.11b/g/n), de 3G et de Bluetooth 2.1 + EDR. Sony se débarrasse de l’UMD, le format propriétaire introduit avec la première PSP (un disque optique encapsulé, nécessitant un lecteur gourmand en énergie), et propose deux façons de se procurer des jeux : par un téléchargement web ou par le biais de cartes mémoire propriétaires (similaire à l’offre de Nintendo).

Fait à noter : malgré l’absence de lecteur UMD, la console est rétrocompatible.

Impossible de savoir pour l’instant si les jeux dédiés à l’appareil qui seront offerts sur PSN (son réseau de distribution web) seront également offerts en exemplaires physiques, ou si on répétera la formule actuellement en vigueur sur la PS3 : des jeux plus simples en téléchargement, et des jeux plus complexes en magasin.

Caméra un, caméra deux

Évidemment, qui dit « Ferrari de la technologie mobile » suppose l’implantation d’une caméra. Nous savons que la NGP arborera deux caméras, une frontale et une derrière l’appareil, mais nous ignorons leurs caractéristiques. Il est envisageable que Sony propose un service équivalent à FaceTime, mais j’ai plutôt l’impression qu’elle va miser sur un partenariat avec Skype, ou peut-être simplement implanter une version personnalisée d’Android. Dans ce contexte, il faudra que la majorité des logiciels Android prennent soin d’inclure une interface horizontale, en considérant la résolution élevée de l’écran de la NGP.

Si Sony ouvre cette boîte de pandore, la plateforme pourrait connaître un succès aussi chez les développeurs d’applications mobiles, allumés à l’idée de pouvoir développer sur un système aussi puissant. En même temps, il s’agit peut-être d’une utopie : pouvons-nous réellement imaginer que Sony va transformer sa console mobile en téléphone, et jouer dans les platebandes d’Erricson et sa Xperia Play?

Conclusion

La Next Generation Portable sera mise en marché pour Noël prochain. On ignore pour l’instant son prix, mais tout porte à croire qu’il oscillera entre le prix annoncé de la Nintendo 3DS (249 $US) et le coût d’entrée de gamme de l’iPad (549 $CA). Chose certaine, Shuhei Yoshida, le vice-président principal au développement de produit de SCEA, a affirmé que la console « n’allait pas coûter 599 $US ».

Gina DesjardinsApple, Flash, Google, H.264 et le film Gerry

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 publié le 28 janvier 2011 à 14 h 22

On a parlé énormément de Flash depuis la sortie de l’iPad. Certains voient la décision de Steve Jobs comme la faiblesse de la tablette, d’autres trouvent son geste courageux. C’est vrai que peu de compagnies ont les reins assez solides pour prendre une décision aussi drastique.

Le HTML a été conçu à la base pour l’hypertexte et pour afficher du contenu multimédia (vidéos, images animées, jeux, etc.), il fallait greffer un logiciel à son fureteur, Flash Player d’Adobe devenant le plus utilisé. Mais ces plug-ins externes ralentissent (et font parfois planter) les fureteurs.

Voilà pourquoi Apple ne voulait pas de Flash sur sa tablette. La compagnie voulait une tablette rapide, qui ne plante pas et avec la meilleure autonomie de batterie possible. Elle aurait demandé à Adobe, en cours de développement, de faire des modifications et de régler entre autres plusieurs bogues. Cette dernière, sentant probablement qu’elle avait le monopole et que personne ne pouvait se passer de son plug-in, n’a rien fait. Apple a pris la décision que l’on connaît. Après le vif succès de l’iPad, Adobe a réagi en envoyant des messages et en publiant des publicités dans les médias traditionnels et les réseaux sociaux au lieu de trouver un terrain d’entente avec Apple. Steve Jobs n’a pas apprécié. Les deux parties semblent maintenant irréconciliables.

Mais Apple n’est pas la seule compagnie à croire que l’avenir est dans le HTML 5 et que Flash sera prochainement désuet. Même Google, pas prêt à abandonner Flash tout de suite pour autant, le dit. Le langage HTML a évolué et il va permettre de lire les vidéos naturellement. La révolution est prévue dans quelques années, le temps que les navigateurs (et les designers web) s’ajustent aux nouveaux standards. Pour avoir une idée des possibilités, vous pouvez voir des exemples et en apprendre plus sur le site d’Apple ou « HTML5Rocks » par Google.

Le début de la guerre des formats vidéo

Il y a toutefois une nouvelle guerre de formats d’encodage vidéo pour ce qui va un jour remplacer le Flash. On trouve d’un côté le leader H.264 de Moving Picture Experts Group (MPEG), mais la licence coûte 5 millions de dollars par année selon Libération. Microsoft, Apple et Google ont d’abord embrassé cette norme pour les dernières versions de leurs fureteurs. Mozilla n’a jamais voulu payer la licence, considérant le prix exorbitant comme étant contre sa philosophie, car Firefox n’aurait jamais pu voir le jour si la compagnie avait dû payer des licences pour utiliser HTML, JavaScript ou CSS. De l’autre côté, on trouve donc les formats libres et gratuits, dont Theora et WebM (connu sous le nom de VP8 avant d’être acheté et par Google). Le 11 janvier dernier, Google a annoncé laisser tomber H.264 pour se tourner exclusivement vers les logiciels libres. D’ici deux mois, son fureteur Chrome ne supportera plus la norme H.264.

Apple a le pouvoir qu’il faut, du côté des appareils mobiles, pour obliger un changement, Google a du pouvoir en ce qui concerne la norme vidéo : il est le propriétaire de YouTube (maintenant en WebM), un des sites les plus visités du web et de loin la plateforme vidéo la plus consultée. Vraisemblablement, le format libre et ouvert WebM pour HTML5 deviendra la norme…

J’invite d’ailleurs mon voisin de Triplex Laurent LaSalle, designer web, à donner son avis sur le sujet.

Gerry : le film



Pas que ça a un lien direct, mais c’est le site (en Flash) du film Gerry qui m’a donné envie de vous parler de ce sujet.

Hier, on a annoncé la sortie de la bande-annonce du très attendu film réalisé par Alain DesRochers (Nitro, Cabotins, Musée Éden). Étrangement, celle-ci était en exclusivité sur le site web. Habituellement, s’assurer que les gens visitent notre site est une pratique pour avoir le plus de visiteurs possible pour des statistiques à montrer aux annonceurs ou pour des clics sur les bannières. Mais le but d’un site dépourvu de publicité créé pour promouvoir un film est qu’un maximum de gens voient la bande-annonce avec l’intention d’aller voir le film lors de sa sortie (17 juin), pas qu’un maximum de gens aillent sur le site.

Bref, hier, tous les médias (traditionnels et en ligne) parlaient de la sortie de la bande-annonce en donnant l’adresse du site pour la voir créant de l’achalandage. Malheureusement, le site ne fonctionnait pas pour plusieurs personnes. J’ai essayé sur Chrome, Safari et Firefox. Ça prenait plusieurs minutes à charger, et lorsque ça fonctionnait, la bande-annonce arrêtait en plein milieu.

J’ai posé la question sur Twitter. J’ai reçu au moins une vingtaine de réponses de gens pour qui le site ne fonctionnait pas non plus. Ils étaient tous déçus. Plusieurs avaient hâte de voir plus d’images sur ce film relatant la vie de la légende québécoise Gerry Boulet. Je suis donc allée voir sur la page Facebook du film, la bande-annonce n’y était pas. On y avait mis en ligne le teaser sorti à l’automne. Pas d’explication non plus sur le compte Twitter (où il est encore écrit que le film sortira en mars, mais bon ça, c’est un autre sujet). Je suis allée chercher sur YouTube, où l’on trouve les bandes-annonces de plusieurs distributeurs de films, incluant Les Films Séville. Pas là non plus.

Évidemment, peu de temps après, des internautes l’y ont mise. En quelques heures, une version en basse qualité sur YouTube a eu plus de 1000 clics. Dans la description de LaurentVitalis, on peut lire « Trailer downloadé du site officiel et uploadé ici, en attendant que le site soit plus accessible et rapide. » Un autre a aussi mis en ligne un peu plus tard une version de meilleure qualité.

Pour s’assurer qu’une vidéo a une grande visibilité, il vaut mieux la rendre accessible sur une plateforme comme YouTube (puisque c’est la plus populaire). Il est ainsi possible de la partager sur les blogues et les réseaux sociaux. Si un trop gros trafic ralentit son site, les visiteurs ont une autre option. C’est certain qu’obliger les gens à aller sur son site peut aider la récolte de données analytiques, mais il est aussi possible d’en avoir pour les médias sociaux.

Le site du film Gerry fonctionne mieux aujourd’hui (moins de trafic), alors je vous invite à le visiter.

Philippe MarcouxLe tuyau et le contenu

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 publié le 27 janvier 2011 à 11 h 18

Ça a l’air du titre d’une fable de La Fontaine, vous ne trouvez pas? J’ai d’ailleurs été tenté de vous faire le coup : Maître NBC sur son réseau perché tenait en son bec un contenu. Maître Comcast, par l’odeur alléché, lui tint à peu près ce langage… D’ailleurs, c’est assez vrai que les grands fournisseurs de télévision par câble, et par conséquent d’accès Internet, vivent « aux dépens de ceux qui les écoutent »… nous! Et ça ne risque pas de s’améliorer.

Vous avez probablement entendu dire que la FCC (l’équivalent du CRTC aux États-Unis) a donné son approbation à l’achat du réseau de télévision NBC par Comcast, la plus grosse entreprise de câblodistribution dans le pays. Le propriétaire du tuyau vient d’acheter la source du contenu qui passe dans ledit tuyau. Ils appellent ça de l’intégration verticale. Bien entendu, au point de vue purement de l’économie, c’est plein d’avantages… pour Comcast.

Mais la transaction, même si elle a été autorisée à certaines conditions, ne fait pas l’unanimité. Les critiques craignent que Comcast n’utilise le contrôle qu’elle a sur le contenu de NBC pour nuire à ses concurrents. Comcast pourrait, entre autres, augmenter le prix de diffusion des différentes chaînes de NBC pour les autres câblodistributeurs. Elle pourrait aussi limiter (voir interdire) l’accès à la programmation de NBC pour les nouveaux services de « télévision à la demande » sur Internet, comme Netflix, qui est de plus en plus populaire chez nos voisins du sud. Encore une fois, la FCC a imposé quelques règles à Comcast pour éviter le pire, mais les risques à moyen et long terme restent les mêmes.

Ça m’a fait penser à la situation dans laquelle nous nous sommes trouvés lors des Jeux olympiques de Vancouver. C’est CTV qui avait les droits de télévision des Jeux. CTV (contenu) appartient à BCE, Bell Canada Entreprises, qui, bien sûr, est aussi propriétaire de Bell Mobilité (tuyau). Pendant les Jeux de Vancouver, il était possible de regarder les compétitions en direct sur votre téléphone cellulaire, mais seulement si vous étiez un abonné de Bell Mobilité.

C’est vraiment une tendance. Je lisais cette semaine que la très populaire chaîne sportive TSN veut augmenter de façon importante le prix qu’elle demande aux câblodistributeurs pour diffuser son signal. TSN (contenu) appartient à CTV Globemedia qui appartient à BCE qui est propriétaire de Bell ExpressVu (tuyau).

Loin de moi l’idée de reprocher à des entreprises tout ce qu’il y a de plus privées de tenter de façon tout ce qu’il y a de plus légale de maximiser la valeur de leur produit et, par conséquent, leurs profits. Mais le phénomène m’inquiète quand même. On est en train de créer de plus en plus de « zones privées de contenu » et de limiter l’accès à ces zones à ceux qui ont fait les « bons » choix technologiques.

Vous voulez voir tel match de hockey. Désolé, vous n’êtes pas un abonné du bon câblodistributeur. Vous voulez accéder à tel contenu mobile, c’est dommage, il aurait fallu choisir l’autre fournisseur de téléphonie cellulaire. Vous voulez télécharger un film sur votre ordinateur, malheureusement il est distribué par une compagnie qui n’appartient pas à votre fournisseur d’accès Internet, ça va être pas mal plus long… Des décisions technologiques à long terme (abonnements d’un, deux, trois ans) viennent limiter notre choix à court terme.

Tout en comprenant très bien que le contenu doit être rentable et que tout ne peut pas être gratuit, je m’interroge sérieusement sur les limites qu’on est en train d’imposer à l’accès à ce contenu. Je ne sais pas où se trouve la solution, mais je crois qu’on aurait tort de ne pas s’inquiéter tout de suite des conséquences à plus long terme de cette tendance.

Rien ne sert de courir…

En passant, si vous vous intéressez la question de l’influence des médias sociaux sur le soulèvement populaire en Tunisie dont je parlais dans un récent billet, vous devez absolument lire cet article du magazine The Atlantic sur le rôle que Facebook a joué dans tout ça.

Laurent LaSalleFacebook introduit la pub dont vous êtes le héros

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 publié le 26 janvier 2011 à 10 h 50

À première vue, les réseaux sociaux nous paraissent comme un merveilleux terrain de jeu où l’on peut discuter gratuitement avec d’illustres inconnus, nous donnant l’impression d’avoir 1732 amis. Mais voilà, le temps passe, certains services connaissent beaucoup de succès, et le modèle d’affaires s’impose de lui-même. Tout le monde sait à quel point la publicité est omniprésente sur le web. Si elle s’est vue transformée par Google, qui l’a contextualisée, Facebook veut pousser la note plus loin en l’humanisant.

Facebook

Entrent en scène les sponsored stories, ou la façon dont Facebook veut tirer profit du bouche-à-oreille, caractéristique aux médias sociaux. Puisque nous avons tendance à accorder plus d’importance à l’opinion de nos contacts qu’à celle transmise par la publicité traditionnelle, il va de soi qu’une stratégie venant combiner les deux allait voir le jour tôt ou tard.

Mais Facebook n’utilise-t-il pas déjà les recommandations de notre réseau comme levier publicitaire?

Oui, mais un « désastre » survient quand nous avons le malheur d’avoir des amis très actifs : le message promotionnel est rapidement enterré dans le fil de nouvelles. Les sponsored stories viennent pallier ce problème, en figeant pour une durée prolongée votre implication avec la marque, dans une case positionnée parmi les autres publicités de la colonne de droite. Avec le risque que leurs interactions sur Facebook Places ou sur les pages d’entreprises soient converties en publicité, vos amis deviennent ainsi des acteurs non rémunérés.

Les marketeurs pleurent de joie à l’idée de voir une nouvelle option offrant un taux de conversion présumément supérieur à celui de la publicité traditionnelle. Pour vous donner une idée, voici un statut typique, menacé d’extinction sur un fil de nouvelles hyperactif :

Statut Facebook traditionnel

Maintenant, voici le même statut converti en sponsored story :

Statut Facebook transformé

Bien que je n’ai pas encore croisé ce type de message publicitaire, on affirme que ce nouveau format est entré en fonction mardi dernier, et ce, partout dans le monde.

Existe-t-il une porte de sortie?

Malheureusement, la seule façon de ne pas être mis en vedette dans ce genre de pub est de réduire au minimum l’interaction avec les entreprises présentes sur Facebook :

While there is no way to opt out of seeing all or being featured in any Sponsored Stories, you can remove specific stories by clicking the « X » displayed in the upper right side of a story and choosing the appropriate option when prompted.

Sponsored Stories that feature news about the actions your friends have taken on Facebook respect applicable privacy settings. Therefore, only people who are eligible to see your News Feed story are eligible to see it as as Sponsored Story.

Information tirée du Centre d’aide de Facebook

Comment réagissez-vous à cette nouvelle? Croyez-vous que la venue de cette implication promotionnelle motivera une grande portion des membres de Facebook à limiter leur interaction avec la plateforme?

Gina DesjardinsLes faiblesses d’Android selon les développeurs

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 publié le 25 janvier 2011 à 13 h 35

Avant toute chose, je tiens à préciser que j’aime Google. Je suis sur Mac, mais je n’utilise ni Mail, ni iCal ou Safari. J’ai changé mon adresse courriel pour gmail.com quand le service était encore en bêta. J’utilise Google Calendar comme agenda et Chrome comme fureteur. J’essaie aussi d’aller régulièrement voir les innovations sur Google Labs. Certaines idées et certains prototypes sont très ingénieux.

Mais du côté des téléphones, le système d’exploitation Android de Google ne m’a pas conquise. Selon moi, ce qui rend l’expérience des téléphones intelligents vraiment intéressante, ce sont les applications. Mais Android n’est pas la plateforme préférée des développeurs, et ça paraît.

Je m’explique…

Après l’essai d’un téléphone Android, je rageais. Les mêmes applications que j’avais pris l’habitude d’utiliser sur l’iPhone fonctionnaient mal ou faisaient planter mon téléphone. Puis, j’ai lu les nombreuses frustrations de Joe Hewitt, responsable des applications mobiles de Facebook, sur Twitter. Il a pris l’habitude d’y transmettre son opinion (incluant son envie de pleurer) sur les difficultés du développement d’Android, le comparant à Windows pour sa flexibilité, mais aussi pour son mauvais design. J’ai donc commencé à questionner plusieurs personnes qui gagnent leur vie avec le développement d’applications.

On m’a sorti plusieurs explications.

Contrôle de qualité

D’abord, Apple vérifie et approuve toutes les applications qui se trouvent dans l’« App Store ». La plupart des développeurs trouvent ça énervant, mais ça les oblige à peaufiner leurs applications. Comme il n’y a pas de processus de validation pour Android, ils peuvent mettre une application pas encore au point en se disant qu’ils feront des mises à jour éventuellement. Plusieurs applications pour Android sont donc incomplètes ou mal construites.

Fragmentation du marché

Ensuite, on m’a parlé du problème d’appareils. N’importe quel fabricant de cellulaires peut décider d’utiliser le système d’exploitation comme il le veut bien. Il y a maintenant des dizaines d’appareils Android sur le marché, ils n’ont pas tous la même version de l’OS, et certains ne permettent pas les mises à jour. C’est un casse-tête pour les développeurs. Ça leur coûterait extrêmement cher pour tester leurs applications. L’iOS d’Apple est créé et optimisé pour un nombre restreint d’appareils, donc ils n’ont qu’à faire des tests sur l’iPhone, l’iPod ou l’iPad pour s’assurer que tout fonctionne. Pour Android, c’est une tout autre histoire. Ce n’est pas parce que ça fonctionne bien sur un que ça va fonctionner bien sur l’autre. Les plus petits développeurs n’ont pas les moyens de tester leurs applications sur plusieurs appareils, donc sur certains, elles fonctionnent très mal. Rovio Mobile, les développeurs de l’immense succès Angry Birds, ont eu des difficultés avec leur version Android, allant même jusqu’à présenter leurs excuses pour leurs difficultés à offrir la même performance. Ils ont donc décidé d’offrir des versions différentes pour répondre à l’écart de performance entre les téléphones.

La répartition des version de l'OS sur le marché selon Google

J’entends déjà les adeptes d’Android crier que les nouvelles versions de l’iOS ne sont pas optimisées pour les premières versions de l’iPhone. Effectivement, je n’ai pas dit le contraire, mais les développeurs souhaitant que leurs applications fonctionnent sur l’iPhone original ou le 3G n’ont que deux téléphones supplémentaires à tester. Ça créé des problèmes, mais moins grands.

Selon Rovio Mobile, le gros problème est la fragmentation de l’écosystème, incluant les nombreuses boutiques d’applications, les différents modèles et la faute provenant des opérateurs. Pour en savoir plus sur « le fonctionnement général des mises à jour entre les manufacturiers et les opérateurs », je suggère la lecture du billet « Les jeux politiques derrière les mises à jour d’Android », du journaliste Maxime Johnson.

Culture du gratuit

Finalement, et possiblement le plus important, les développeurs n’y font pas d’argent. Les professionnels qui en ont fait un métier ont donc moins d’intérêt à développer pour Android. En comparaison, il y a plus de 200 000 applications sur l’Android Market pour un total de 1 milliard de téléchargements, tandis qu’on compte plus de 350 000 applications sur l’App Store d’Apple pour un total de 10 milliards de téléchargements. Il y a évidemment la boutique en ligne d’Android qui est mal foutue, mais ce ne serait pas la principale raison. Les propriétaires d’appareils Apple téléchargent davantage et seraient plus enclins à acheter des applications. Angry Birds, le jeu le plus vendu sur iOS (50 millions de téléchargements), est gratuit sous Android. Peter Vesterbacka de Rovio Mobile explique dans une entrevue accordée à Tech n’ marketing que le contenu payant ne fonctionne pas avec la communauté Google. Les applications qui fonctionnent sont donc gratuites, mais avec de la publicité. Pas surprenant que la plateforme Android soit celle qui fait le plus d’argent provenant de revenus publicitaires. Malheureusement, certaines personnes ne veulent pas voir de publicités sur leurs applications, mais ne veulent pas payer 0,99 $ non plus…

Évidemment, les développeurs vont s’habituer et s’ajuster. Mais pour le moment, plusieurs décident de se concentrer sur le développement d’applications pour les appareils d’Apple même si, en nombre d’appareils vendus, Android dépasse iOS… Toujours selon Peter Vesterbacka de Rovio Mobile dans son entrevue accordée à Tech n’ marketing, Android se complexifie proportionnellement à sa popularité grandissante. Il ajoute que pour les développeurs, Apple va demeurer la plateforme de choix pendant longtemps. Selon lui, ce sera difficile pour quiconque (incluant RIM, Nokia, HP-Palm et Microsoft) d’atteindre ce qu’Apple a réussi à construire.

Bref, il y a de bons appareils Android sur le marché (et des mauvais). Mais ceux qui se demandent pourquoi certaines applications ne se trouvent pas sur leur plateforme ou pourquoi elles fonctionnent mal, voilà votre réponse.