Billets publiés le 10 décembre 2010

Que ce soit à l’occasion d’un événement sportif, d’un débat animé ou d’un exercice commercial, prendre parti est un comportement instinctif chez l’être humain. On s’attache à l’un ou l’autre des opposants, on arbore ses couleurs, on se rassemble avec des gens qui partagent la même opinion et on va même jusqu’à étudier la partie adverse, à la recherche de la moindre faille.

Le terme fanboy désigne le fanatique d’un sujet qui pousse sa passion à l’extrême. L’étiquette est généralement attribuée dans un contexte commercial, où un nombre restreint d’acteurs s’affrontent pour obtenir la plus grande part d’un marché. Le fanboy défendra avec rigueur et persévérance un choix, qu’il soit de son propre ressort ou imposé par ses parents, et vantera la prétendue supériorité de sa préférence. Le phénomène est présent entre autre en informatique (Windows, Linux, Mac OS), en téléphonie mobile (iPhone, Android) et en vidéoludique (Wii, Xbox 360, PS3).

Au début des années 80, une compagnie nippone s’apprête à ressusciter l’industrie du jeu vidéo, alors en pleine crise. Laissez-moi vous présenter la troisième guerre des consoles, à l’époque où j’ai moi-même manifesté mes premiers symptômes de « fanboyisme ».

Nintendo débarque en Amérique

En 1983, le marché du jeu vidéo américain est cliniquement mort. Un ensemble de facteurs (un nombre élevé de consoles différentes non compatibles entre elles et une piètre qualité de jeux) contribue à la perte d’Atari, de Coleco et de Magnavox, pour ne nommer que ceux-ci.

Fort de son succès en arcade (avec Donkey Kong, Donkey Kong Jr. et Popeye), Nintendo commence la conception de sa première console de jeux vidéo. Évitant d’être désigné par le terme « console », stigmatisé par le crash subit deux ans plus tôt, Nintendo commercialise son produit en Amérique comme un « système de divertissement » et lui donne un look s’apparentant à celui d’un magnétoscope. En 1985, la NES (Nintendo Entertainment System) se vend 249,99 $US. L’ensemble vient avec deux manettes et un exemplaire du jeu Super Mario Bros.

http://www.youtube.com/watch?v=EYn3I6ihdPs

Mes parents offriront à mon frère et moi l’ensemble deluxe, incluant le pistolet Zapper et ROB, un robot manipulant des toupies qui, à l’aide d’un périphérique et d’une seconde manette, pouvait contrôler des éléments d’un jeu en cours. Il faut savoir que c’était à l’époque où le terme robotique était synonyme de « futuristique ».

Sega à l’attaque

Lors de son arrivée aux États-Unis en 1986, Sega n’en est pas à sa première console. Elle avait lancé la SG-1000 au Japon le 15 juillet 1983, soit le même jour que la Nintendo Famicom (version originale de la NES en Asie). La Sega Master System, sa première console commercialisée en Amérique de Nord, est techniquement supérieure à l’offre de Nintendo : son processeur est deux fois plus rapide, elle a quatre fois plus de mémoire vive et huit fois plus de mémoire vidéo, ce qui lui permet d’afficher deux fois plus de couleurs simultanées à l’écran, soit 32 teintes contre 16.

Ses arguments étaient de taille aux yeux des fans de Sega. Mais comme l’histoire le démontrera à plusieurs reprises, la puissance de la console n’a que peu d’influence quant au succès d’une console. En fin de compte, c’est la qualité de ses jeux qui prévaut.

En 1988, Nintendo contrôle 83 % du marché nord-américain. Sega décide de suivre NEC, qui amorce la nouvelle génération de consoles (avec la TurboGrafx-16) et lance la Sega Genesis en Amérique en 1989. Toujours à la recherche de sa mascotte (Sonic the Hedgehog ne sera lancé qu’en 1991), la compagnie mise sur une campagne commerciale s’attaquant directement à Nintendo.

La phrase « Genesis does what Nintendon’t » alimentera le débat des fanboys au quotidien. Motivés par des capacités techniques nettement supérieures, les développeurs sont alors attirés par la nouvelle plateforme. Mais Nintendo tarde à riposter avec une nouvelle console, et préfère concentrer ses efforts sur le marché déjà acquis en lançant, en 1990, ce que beaucoup considèrent comme le meilleur jeu de leur génération : Super Mario Bros 3.

Conclusion

Aux yeux des médias et du marché, Nintendo sort vainqueur de la troisième guerre des consoles. Le retard de son entrée en scène dans la génération suivante lui permettra d’offrir pour la première fois (voir la seule fois) le système le plus performant. La quatrième guerre des consoles est considérée par plusieurs comme étant la plus virulente, où l’affrontement atteindra son paroxysme.

Évidemment, aux yeux des fanboys de Sega, ce n’est que partie remise…