Billets publiés le 6 décembre 2010

Depuis des années, les chercheurs tentent de développer des technologies capables de connaître nos émotions.

Au départ, on en voyait surtout l’utilité pour rendre les robots domestiques plus humains. On a surtout connu le cyberchien Aibo, retiré du marché en 2006. La reconnaissance de l’émotion était assez primaire, mais l’idée était là : se servir de différentes technologies de reconnaissance visuelle et sonore afin de modifier les comportements du robot. Je suis bien d’accord, on attend encore la commercialisation à grande échelle de ces robots. On est encore loin de vivre comme Les Jetsons. N’empêche, dans les salons (japonais surtout), on en voit de plus en plus. Et ils sont plutôt impressionnants. La recherche continue et s’améliore d’année en année.

Du côté des jeux

Ça fait des années également qu’on m’en parle dans des présentations de jeux vidéo. Sony dit que l’avenir des jeux est dans la reconnaissance des émotions. Nintendo prévoit sortir le Wii Vitality Sensor, un capteur de stress et de fatigue. Microsoft continue l’élaboration de Kinect, espérant pouvoir aller plus loin dans la reconnaissance des émotions avec sa reconnaissance de la voix et des visages. On nous l’avait un peu montré avec leur projet Milo. Le projet de Peter Molyneux semble avoir avorté, mais ça démontrait bien les recherches en cours. Cette technologie pourrait un jour fonctionner dans les jeux d’aventure, par exemple.

Des ordinateurs perspicaces

L’an dernier, l’équipe de Pierre Dumouchel, professeur titulaire au Département de génie logiciel et des TI à l’École de technologie supérieure (ETS), remportait un prix au l’Interspeech Emotion Challenge 2009, un concours de reconnaissance des émotions par ordinateur à partir de la voix. La technique développée permet de déterminer la tendance de l’émotion en se basant sur la hauteur et l’intensité du son avec un extrait de une à trois secondes seulement. Pour les membres de l’équipe, ce serait particulièrement utile pour les centres d’appel afin de mieux répondre aux clients et d’éviter la perte d’utilisateurs mécontents.

Dans son numéro de novembre, Wired parlait de Beverly Woolf, chercheuse en informatique. Sa spécialité? L’enseignement par ordinateur. Elle a réalisé avec les années que, malgré l’efficacité des logiciels d’enseignement, les professeurs avaient l’avantage de pouvoir s’ajuster en décelant la fatigue ou l’incompréhension des étudiants. Elle a donc eu l’idée d’étudier des logiciels capables de s’adapter aux élèves selon leurs émotions. Les ordinateurs suivaient les regards des élèves avec des détecteurs d’expression, la posture était, quant à elle, détectée grâce à des capteurs sur les chaises, et des bracelets mesuraient la réponse énergétique de la peau. Lorsque le logiciel détectait une baisse d’attention, il encourageait l’élève ou donnait un problème plus facile. Dans 80 % des cas, l’ordinateur aurait réussi à détecter l’émotion, et les élèves « branchés » auraient été trois fois plus engagés et concentrés.

Un chercheur de Microsoft, Eric Horvitz, se penche sur les façons dont l’intelligence artificielle des ordinateurs analyse différentes données, des rendez-vous dans notre agenda au bruit ambiant, afin de s’ajuster en conséquence. Par exemple, si ce n’est pas un bon moment pour être dérangé, l’ordinateur pourrait retenir l’alerte de nouveaux courriels.

L’idée de Clifford Nass, un autre chercheur, est de sauver la vie de chauffeurs impatients. Lorsqu’on est fâché, la vision devient plus restreinte et se concentre vers l’avant. La voiture pourrait alors attirer l’attention vers des dangers potentiels sur les côtés.

Le futur

Nos gadgets sauront de plus en plus lire nos émotions. Plusieurs éléments dans les téléphones intelligents permettent déjà d’analyser certaines données, comme la vitesse des déplacements et les lieux; ça pourrait donc être une question de temps avant que nos lecteurs MP3 puissent nous offrir une liste de lecture spéciale selon nos émotions ou que nos téléphones intelligents retiennent la réception de messages textes lorsque ce n’est pas le bon moment.

Je pense que c’est plutôt intéressant. Je suis certaine qu’il y aura moyen de désactiver certaines options de façon à ce qu’un médecin, par exemple, continue à recevoir les messages urgents même lorsqu’il est en tête-à-tête avec quelqu’un.

Qu’en pensez-vous? Ça vous fait peur? Ou avez-vous plutôt hâte que ce soit sur le marché?

Vous avez des idées de situations où ça serait vraiment utile?