Gina DesjardinsLes éditeurs et distributeurs, en partie responsables du piratage (partie 1)

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 publié le 18 novembre 2010 à 11 h 02

Je n’arrête pas de lire l’apologie du livre papier. L’odeur, le souvenir, etc. Je veux bien, mais c’est quoi, ce combat à essayer de faire croire que c’est essentiel de lire un livre imprimé?

On ne se pose pas les bonnes questions, certains n’ont pas d’attaches envers l’objet et ne sont pas préoccupés par le support. Sont-ils de mauvais lecteurs pour autant? J’ai rencontré un homme dans la soixantaine il y a quelques mois : « Depuis que j’ai mon iPad, j’ai retrouvé le goût de lire, m’a-t-il confié. Ma vue n’est plus ce qu’elle était et c’était devenu un fardeau. Vous essaierez de lire avec une loupe. Pas très agréable. »  Une femme qui voyage beaucoup est pour sa part contente de pouvoir apporter des romans avec elle, les versions imprimées étant trop lourdes.
À la limite, ces discours me font rire. Par exemple, le cinéma… Un film est toujours meilleur en salle (à moins d’avoir été tourné pour la télévision). Tout a été pensé pour être projeté sur grand écran. Pourtant, pour certains films, on décide de les louer et de les voir à la maison, ou pire, sur un système de divertissement aérien. J’ai vu quelqu’un choisir Avatar dans un avion récemment. Devant mon air surpris (une fois les impressionnants effets spéciaux enlevés, il ne reste qu’une histoire bien ordinaire), il m’a dit que ça ne le dérangeait pas, il voulait le voir et n’avait pas le temps autrement.

Peu importe le support, tant que l’œuvre voyage…

Le déclin des compagnies de disques causé par… les compagnies de disques

Les auteurs et éditeurs ont peur du piratage. « Mais si nos œuvres sont numérisées, il sera encore plus facile de les partager. » Vous savez quoi? Il existe depuis quelques années des sites qui expliquent comment, avec quelques centaines de dollars, fabriquer une machine qui numérise les livres très rapidement. S’ils ne les numérisent pas, quelqu’un finira par le faire à votre place.

Lors de l’arrivée des lecteurs MP3, plusieurs compagnies de musique ont eu peur. Ils n’ont pas voulu offrir leurs chansons. En essayant de protéger les œuvres, ils ont poussé les gens à trouver des solutions pour mettre du contenu dans leurs nouveaux lecteurs de musique. À l’époque, il était beaucoup plus facile de trouver de la musique de façon illégale que légale. Et c’est ce qui a popularisé les sites de partage de fichiers. Malheureusement, ça a créé une habitude chez beaucoup de consommateurs. Ces derniers peuvent aussi remercier les compagnies de disques qui, en poursuivant Napster, ont fait parler du site dans les médias traditionnels partout dans le monde, faisant connaître du même coup le partage de fichiers pair-à-pair à tous – même aux plus « technonuls » – et offrant une publicité énorme à un site qui était demeuré plutôt marginal jusque-là.

Au Québec, les compagnies ont pris un temps fou à offrir du contenu numérique. Je me souviens d’en avoir cherché en vain pour finalement réaliser qu’Audiogram, par exemple, avait décidé d’ouvrir sa propre boutique. Mais qu’est-ce qui faisait croire à la compagnie que les consommateurs avaient le goût de magasiner sur les sites de toutes les compagnies de disques?

Un déséquilibre de l’offre et la demande

La popularité des sites de partage de contenu vient en grande partie du manque de contenu. Malheureusement, certains éditeurs de livres semblent faire la même erreur.

Certains lecteurs ont avoué trouver des versions illégales de romans en faisant une recherche légale. Même les éditeurs qui offrent les livres numériques de leurs auteurs préfèrent parfois attendre quelques mois. Comme la version papier est plus chère, ils ne veulent pas se couper des ventes. Mais quelqu’un qui le veut numérique va le trouver numérique.

Ne pas offrir le contenu pour le protéger fait exactement le contraire, selon moi.

Pour lire la suite :

Les éditeurs et distributeurs, en partie responsables du piratage (partie 2)

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