Billets publiés le 9 novembre 2010

Philippe MarcouxLe retour du papier

par

 publié le 9 novembre 2010 à 14 h 26

Rue Frontenac a maintenant une version hebdomadaire imprimée. Claude J. Charron a acheté la marque de commerce Montréal Matin et veut relancer la publication sur le web, mais aussi en version imprimée hebdomadaire. L’Independent de Londres vient de lancer I, une version plus courte et moins chère, mais tout aussi quotidienne et surtout imprimée de son journal. Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à vouloir exister en papier?

Clarifions tout de suite une chose : je gagne ma vie à lire des journaux, j’aime encore les lire en version papier, je n’ai pas d’iPad et je ne suis pas de ceux qui célèbreront le jour où le dernier journal imprimé fermera ses portes. Mais il faudrait peut-être se rendre à l’évidence et constater que les journaux en papier ne se portent pas particulièrement bien. Ici, je m’empresse de souligner l’utilisation du mot « papier ». Les médias que sont les journaux, eux, attirent encore beaucoup de lecteurs et continuent d’être des sources d’information auxquelles les gens font confiance.

Que les journaux établis tentent par tous les moyens de maintenir leur version papier (et en grande partie leur modèle d’affaires) en vie, je veux bien (je leur souhaite d’ailleurs la meilleure des chances), mais que les petits nouveaux misent sur les arbres morts, alors là, je ne suis vraiment pas sûr de comprendre.

Vous avez sans doute vu ce graphique qui tente de prévoir l’année de la disparition des journaux en papier dans différents pays. D’accord, c’est un peu apocalyptique, mais êtes-vous prêt à appuyer leur raisonnement selon lequel plus les lecteurs numériques, les réseaux sans fil et les modèles d’affaire pour les journaux sur le web vont se développer, moins les versions papier seront attirantes?

Ça coûte cher, le papier! Pas pour le lecteur (d’ailleurs, c’est un autre débat, mais on va bien finir par accepter de payer, d’une façon ou d’une autre, pour avoir accès à de l’information de qualité), pour l’éditeur! Papier, encre, camions, etc. Regardez la dernière scène du film State of play (si vous ne l’avez pas encore vu, ne lisez pas la prochaine phrase parce que vous allez m’en vouloir de vous avoir révélé une partie du punch). Le journaliste appuie sur « send », soudainement le monde entier peut lire son article, mais le film n’est pas fini. La mise en page du journal est maintenant terminée, à la dernière minute comme il se doit, c’est Hollywood après tout. Les presses commencent à faire leur travail, ça donne d’immenses piles d’arbres morts qui sont chargées dans des camions qui brûlent de l’essence pour aller les porter dans des kiosques où… de moins en moins de gens vont acheter un journal.

Je comprends qu’il y a encore un certain prestige rattaché à la version papier d’un journal. Ça fait plus sérieux. Et dans le cas (très particulier) de Rue Frontenac, ce prestige constitue aussi une visibilité importante pour la cause. Mais quand même le journaliste Nick Bilton du New York Times dans son livre I live in the future & here is how it works admet qu’il a annulé son abonnement à la version papier du… New York Times, difficile de conclure que l’avenir va s’écrire à l’encre.
Encore une fois, je n’en ai pas contre le papier ou (surtout pas) le développement des médias. Je me dis seulement que si j’avais l’occasion d’investir temps et argent dans un nouveau projet média, je miserais plus sur l’innovation technologique, quelle qu’elle soit, que sur une version où il n’y a pas de bouton « partager »! Vous penserez à ça quand vous publierez un hyperlien vers ce billet pour vous en plaindre.