Gina DesjardinsPrudence avec les services de géolocalisation

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 publié le 5 novembre 2010 à 14 h 02

Les services de géolocalisation, comme Gowalla, Foursquare ou Facebook Places, permettent d’indiquer à nos contacts notre localisation géographique. Ces réseaux « géosociaux » sont encore plutôt marginaux. Selon une étude de Pew publiée hier, seulement 4 % des internautes américains utilisent un de ces services. Malgré tout, on considère que leur potentiel est grand et que leur popularité pourrait grossir aussi rapidement que celle de Twitter.

Mais, est-ce que de faire état de nos allées et venues peut être dangereux? Je pense qu’il ne faut pas être parano, mais il ne faut pas se montrer insouciant non plus.

Cambriolez-moi, s’il vous plaît

Je ne pense pas qu’il faille avoir peur de ces services et penser systématiquement au vol. Mais il faut apprendre à les utiliser convenablement. On aime l’instant présent, comme le fait de partager nos photos de vacances pendant notre voyage ou de donner notre opinion immédiate sur un spectacle. De prime abord, lorsqu’on est absent de la maison, ça ne veut pas dire qu’elle est inhabitée. Mais ça dépend de ce que l’on écrit quotidiennement. On peut finir par en savoir pas mal sur une personne en la suivant sur un ou l’autre de ces sites, par exemple, si elle habite seule ou avec des colocataires.

On sait que certains voleurs surveillent les allées et venues d’une personne avant de passer à l’acte, alors c’est certain que pour eux, le faire d’une façon virtuelle est encore plus facile. En tous les cas, moi, si j’étais une cambrioleuse, je préférerais préparer mon coup en pyjama en suivant des sites Internet qu’en faisant le guet devant une entrée pendant quelques jours!

Il y a quelques cas connus où les informations dévoilées sur les médias sociaux ont aidé des cambrioleurs, entre autres chez certaines célébrités (dont Orlando Bloom, Megan Fox, Lindsay Lohan et Paris Hilton). Les malfaiteurs surveillaient différents sites et récoltaient des informations, dont l’emplacement de leur maison et leurs activités quotidiennes.

Le site PleaseRobMe.com, maintenant fermé, voulait attirer l’attention sur la tendance potentiellement dangereuse de l’utilisation des services de géolocalisation. Le site recensait des maisons inoccupées à partir de données Foursquare recueillies via Twitter.

Une certaine discrétion

Sur Twitter et Facebook, la plupart des gens utilisent leurs vrais noms. Il est donc plutôt facile de trouver des adresses.

Le plus important, selon moi, est de ne jamais révéler où l’on habite. Est-on encore dans le bottin téléphonique, disponible en ligne? Si oui, vaudrait mieux y retirer son nom. Il y a quelques frais, mais si on est friand des réseaux géosociaux, ça peut nous éviter des ennuis.

Ensuite, ne pas donner d’outil en ligne pour que les gens puissent trouver facilement notre domicile. Twitter propose d’ajouter l’élément de géolocalisation à nos envois, mais je ne conseille pas de l’activer. Il est trop facile de faire le lien avec les messages envoyés de la maison. Le résultat n’est peut-être pas précis pour ceux qui habitent en appartement, mais ça donne tout de même une bonne idée.

Les applications Foursquare et Gowalla permettent de créer des lieux – restaurants, boutique ou autres commerces – pas encore répertoriés. Résultat, certains ont créé le lieu « ma maison » pour indiquer à leurs amis lorsqu’ils y sont (et surtout pour faire plus de points puisque Foursquare est aussi un jeu). Je ne le recommande vraiment pas, spécialement pour ceux qui partagent leur emplacement géographique sur leur compte Twitter, ouvert au monde.

Tout perdre

Ma plus grande crainte par rapport au partage que nous faisons sur ces sites vient des compagnies d’assurance. Et si ces dernières décidaient de ne pas dédommager certaines personnes en invoquant une négligence de leur part, les considérant responsables d’avoir régulièrement publié leur position géographique? Les compagnies d’assurance font des recherches sur nous avant de procéder aux remboursements  et je pense qu’elles profitent maintenant pleinement des médias sociaux.

J’ai demandé à l’avocate Catherine Morissette si un juge pouvait tenir compte de telles indiscrétions lors d’un procès par exemple. « On se souvient d‘exemples de compagnies d’assurance surveillant Facebook, entre autres par rapport aux assurances invalidité, se remémore-t-elle. On peut donc présumer qu’elles font des recherches sur différents réseaux sociaux avant d’accorder un dédommagement. J’ai fait quelques recherches et je n’ai pas trouvé de cas répertorié dans la jurisprudence jusqu’à maintenant. Pour que ce le soit, il faudrait qu’une compagnie d’assurance refuse de couvrir son client et que celui-ci fasse une requête contre elle. Cela dit, ce sera un sujet intéressant à suivre. Il serait très probable qu’une part de responsabilité soit imputée à une personne qui en dit trop. »

D’ailleurs, la compagnie d’assurance britannique Legal & General a commandé un sondage à ce sujet. Elle a ainsi appris que 40 % des usagers des réseaux sociaux partagent leur plan de vacances et qu’en le faisant, 13 % des usagers Facebook et 92 % des usagers Twitter partageaient ce genre d’information avec des gens qu’ils ne connaissaient pas.

Finalement, il faut juste user de gros bon sens.

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