Deux cent cinquante mille notes diplomatiques américaines portant sur à peu près tout ce qui a eu de l’importance dans l’actualité internationale rendues publiques grâce à un site web et à l’aide de cinq des plus grands journaux dans le monde, ça se souligne.
JOURNALISME ET TECHNOLOGIE
Je sais que ce n’est pas très techno, mais au point de vue purement du journalisme, ce genre de collaboration entre différents médias est tout à fait extraordinaire. On le sait, les journaux ne sont plus les machines à imprimer de l’argent qu’ils ont déjà été (et la cause de ça, elle, est plutôt techno), et aucun des cinq journaux qui ont collaboré avec Wikileaks n’avait les moyens de procéder seul à l’analyse de cette avalanche de documents. La solution : mettre en commun les ressources pour analyser le tout pour ensuite produire cinq séries distinctes de reportages.
J’utilise d’ailleurs volontairement le mot « reportages » et non pas simplement « articles » parce que la technologie a permis à certains de ces journaux de produire tout un éventail de présentations et d’analyses des documents obtenus par Wikileaks. Mon allemand est un peu rouillé, mais Der Spiegel offre une impressionnante carte interactive du monde qui permet de voir le nombre, la classification et surtout la provenance des différentes dépêches. Par exemple, 83 d’entre elles proviennent du consulat américain à Montréal. Le Guardian a aussi sa carte interactive (qui a l’avantage d’être en anglais), mais elle ne porte que sur les dépêches qui ont déjà été publiées en intégrale et deviendra donc beaucoup plus intéressante avec le temps. Un regard sur le journalisme de demain?
ET NOUS TOUS
D’ailleurs, en parlant de journalisme et de technologie, ce Cablegate (puisque c’est comme ça que Twitter a décidé d’appeler cette affaire) devrait, dans les prochains jours, nous donner l’occasion d’assister à un bel exemple de collaboration citoyenne (@ayatollah_src, vous n’auriez pas un bon mot pour « crowdsourcing » en français). Puisque Wikileaks publiera éventuellement sur son site presque toutes les notes diplomatiques, classées par pays, mots clés, dates, évènements, etc., les internautes pourront aller lire et « twitter » sur certains sujets négligés par les grands médias. Attendez quelques jours et faites une recherche avec #cablegate et, je ne sais pas moi, #Quebec ou #Harper et vous devriez y trouver toutes sortes de trucs distrayants, comme dirait mon ami René Homier-Roy!
L’ÉLÉPHANT
Non, je ne fais pas semblant de ne pas voir l’éléphant dans la pièce. Je sais bien que tout ça est très intéressant, mais que la divulgation sur Internet de renseignements diplomatiques secrets n’est pas sans conséquence. Un geste dangereux, illégal et irresponsable, selon certains. Un grand coup pour le droit à l’information, précisément ce pour quoi Internet a été créé, selon d’autres. Et vous, qu’en pensez-vous?








