Des chercheurs du célèbre MIT Media Lab ont conçu un nouveau dispositif portable qui se dépose sur l’ongle pour devenir un minipavé tactile sans fil.

Source: MIT Media Lab

Source: MIT Media Lab

Cet ongle numérique donne accès à certaines commandes de l’ordinateur en fonction du geste utilisé.

Imaginez, par exemple, que vous avez les mains pleines en préparant le repas. Le pavé miniature collé sur votre ongle vous permettra de faire défiler la page web de votre recette, d’augmenter ou de diminuer le son de votre système de son ou passer à la chanson suivante.

C’est évidemment un prototype. Je ne suis pas sûr que l’usage proposé dans la vidéo soit celui qui sera adopté à la fin — qui veut porter cet appareil en pétrissant de la pâte à pain ou faisant revenir un bifteck dans la poêle?

Par contre, cela démontre bien une triple tendance : la miniaturisation des objets électroniques, leur portabilité (wearable technology) et la diversification des interfaces.

Les ongles numériques ouvrent la voie à une nouvelle façon de communiquer avec la machine. Ce que je vois dans ce projet, c’est la possibilité de s’équiper de cinq ongles qui deviennent autant de touches.

Il serait possible de convevoir un nouveau langage gestuel, de type sténographique, qui permettrait d’exécuter des commandes rapides — un peu comme une combinaison de touches sur une Xbox ou une PlayStation pour manier un avatar à l’écran comme bon nous semble.

Évidemment, ces ongles numériques devront communiquer avec d’autres appareils (lunettes connectées, montre, bracelet, téléphone, etc.) pour être utiles.

Dans le monde de prolifération d’objets connectés de toute sorte qu’on nous annonce, ces ongles numériques pourront devenir, si une gestuelle uniforme et standard est adoptée, une façon pratique de contrôler tous les objets à proximité de nous, à la maison comme au travail.

La miniaturisation aidant, peut-être s’équipera-t-on un jour de ces ongles numériques chaque matin pour être en interaction avec tout ce qui nous entoure.

Je n’entrevois pas cette avenue à court terme, mais ce qui est clair, assurément, c’est qu’une course s’est installée pour reloger tous les éléments d’un ordinateur un peu partout sur notre corps.

Catégories : Innovation

Catherine MathysTraque interdite : le web a changé

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 publié le 16 avril 2015 à 16 h 42

Le web a changé. Et pas pour le mieux. Ce n’est pas juste moi qui le dis. C’est le constat que font plusieurs observateurs et artisans du web en observant son évolution depuis ses débuts.

La grande collecte

Brett Gaylor, jeune documentariste canadien et producteur web, fait partie de ceux-là. On le connaît surtout pour son film Rip! A Remix Manifesto qui explore la créativité numérique. Il a passé toute sa carrière comme disciple du web et de ses potentiels. Mais là, quelque chose a changé.

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« Je crois toujours que le web a le potentiel d’être une force pour que le monde soit égal, pour la justice sociale. Mais la tendance à collecter des quantités croissantes d’information sur nos données et nos comportements sur le web a des conséquences très dommageables sur la société civile. Donc, j’ai senti qu’il était de mon devoir, en tant que quelqu’un qui aime le web et qui travaille à sa création, d’avoir un autre regard, plus approfondi, plus critique, sur le sujet… »

Éveiller les consciences

Concrètement, Brett Gaylor propose qu’on pose ce nouveau regard avec lui à travers Traque interdite. Cette série en sept épisodes vise à éveiller les consciences sur la façon dont les renseignements sur nos comportements en ligne sont recueillis, analysés et, oui, vendus. Je vous parlais du phénomène dans cette émission-ci de La sphère et des entreprises comme Datacoup qui veulent vous aider à récupérer certaines sommes reliées à la valeur des données que vous transmettez.

Dans Traque interdite, on nous propose donc un documentaire en sept parties dans lequel on expose les divers problèmes reliés au fonctionnement du web. Dans les deux premiers épisodes, déjà accessibles en ligne, on découvre la façon dont nos faits et gestes sont suivis sur le web ainsi que la genèse du cercle infernal de la publicité qui se nourrit de nos données.

Les prochains épisodes seront mis en ligne au fur et à mesure, toutes les deux semaines, et ce, en quatre versions : anglaise, française, canadienne-française et allemande. Il faut dire que les collaborateurs du projet sont nombreux. Traque interdite est produite par la maison de production parisienne Upian, l’Office national du film du Canada, le diffuseur public franco-allemand Arte et le diffuseur public allemand Bayerischer Rundfunk. Radio-Canada et la chaîne d’information numérique américaine AJ+ sont les principaux partenaires de diffusion.

D’ailleurs, la série interactive est l’un des cinq projets sélectionnés pour l’édition 2015 de Storyscapes, une vitrine annuelle consacrée aux œuvres transmédias du Festival du film de Tribeca, qui commence aujourd’hui à New York.  

Jouer le jeu du web

Traque interdite est certes un documentaire traditionnel, mais il propose aussi une expérience interactive intéressante. Dans chaque épisode, on vous pose des questions dans le but de vous démontrer la portée réelle de vos comportements en ligne. L’expérience se poursuit entre chaque épisode, avec du contenu supplémentaire accessible sur le blogue de Traque interdite et les réseaux sociaux.

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Mais là où ça devient véritablement intéressant, c’est dans la mise en abîme de cette collecte de données. En effet, Traque interdite nous invite à consentir à communiquer nos données personnelles pour observer en temps réel comment notre identité est traquée en ligne. C’est perturbant de voir l’ampleur de la trace numérique qu’on laisse, mais aussi tout ce qu’il est facile de déduire à partir des données qu’on transmet dans nos allées et venues sur le web. Ce sont ces corrélations et ces associations qui font souvent le plus peur. On peut voir se dresser peu à peu notre profil, notre personnalité, notre vie privée. Et plus on dévoile nos données, plus les épisodes sont personnalisés. Intéressant!

Étrange de voir qu’on divulgue nos données machinalement, sans y penser, tous les jours, et que quand on nous demande directement de les livrer dans ce jeu, on y pense à deux fois. En cela, le documentaire fait déjà son œuvre. Et si on tentait de mieux contrôler ce qu’il advient de nos données?

 

 

Catégories : Internet, Sécurité, Surveillance, Vie privée

Maxime JohnsonRogers lance une version française de Next Issue

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 publié le 15 avril 2015 à 12 h 53

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Rogers a dévoilé mercredi une version française de son service mobile Next Issue, lancé il y a un peu plus d’un an en anglais, qui permet de consulter à volonté une centaine de magazines – un peu comme Netflix avec les films et les séries télé.

Une vingtaine de nouveaux magazines francophones
La plus grande nouveauté de l’annonce d’aujourd’hui n’est toutefois pas tant la traduction de l’interface de Next Issue, mais plutôt l’arrivée de nouveaux magazines francophones.

En plus des magazines des éditions Rogers LOULOU, L’actualité et Châtelaine, qui étaient déjà offerts au lancement de la plateforme en 2013, 19 nouveaux titres de 8 nouveaux éditeurs québécois ont été ajoutés au catalogue. Les abonnés de Next Issue pourront ainsi lire tous les mois des magazines comme Québec Science, Enfants Québec, Protégez-Vous, Allô Vedettes, Ricardo, Le monde du VTT et plus.

« Nous continuons d’avoir des discussions avec d’autres éditeurs, car nous aimerions offrir plus de magazines francophones », précise Brinda Luckoo, directrice principale de Next Issue Canada. Parmi les noms manquants, on note tout particulièrement ceux de TVA Publications.

Mme Luckoo ajoute qu’il ne faut toutefois pas s’attendre à un ajout massif de nouveaux magazines : « Nous privilégions la qualité à la quantité. Nous n’aurons donc jamais 1000 ou 2000 titres. ». Selon elle, certains types de magazines sont d’ailleurs sous-représentés dans notre langue et bénéficieraient de quelques titres de plus, notamment les magazines pour hommes, reliés à l’industrie automobile, par exemple.

Une application bilingue
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En décembre 2013, Triplex concluait son test de Next Issue en espérant que l’offre francophone du service allait s’améliorer avec le temps. C’est finalement ce qui s’est passé, mais après un délai – quand même assez long – de 16 mois.

L’application, qui sera lancée officiellement le 20 avril, sera exactement la même que la version anglophone et elle donnera un accès aux mêmes magazines, tant francophones qu’anglophones. Seule l’interface a été modifiée. Il s’agit d’une version unique de l’application, qui s’adaptera simplement à la langue du système de l’utilisateur.

Ce serait pour cette raison que Rogers a opté pour conserver le nom anglophone du service au Québec. « Nous pensions qu’il serait difficile pour les gens de comprendre que l’application est la même, avec les mêmes magazines, si son nom était différent », croit Brinda Luckoo.

Deux forfaits différents
Next Issue offre deux types d’abonnement. L’abonnement de base, à 9,99 $ par mois, donne accès à tous les magazines mensuels et bimensuels, tandis que le forfait supérieur, à 14,99 $, permet d’accéder également aux magazines hebdomadaires comme People et Macleans. Aucun hebdomadaire francophone n’est toutefois offert pour l’instant.

Notons qu’à compter de mercredi, ceux qui sont abonnés à un forfait mobile pour tablette offert par Rogers bénéficieront d’un abonnement de 24 mois gratuit au service.

Selon Rogers, 250 000 articles seraient lus chaque semaine sur Next Issue, et 5 millions de magazines auraient été téléchargés depuis son lancement à la fin 2013.

Catégories : Médias

Catherine MathysFacebook suit tout le monde

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 publié le 14 avril 2015 à 15 h 21

Vous l’avez sûrement déjà remarqué, il suffit de faire une recherche Google sur un produit pour retrouver des publicités du même genre de produits sur votre profil Facebook. Ce n’est un secret pour personne, Facebook traque nos clics sur le web pour mieux cibler sa publicité. Ce qu’on ne savait pas, par contre, c’est que le réseau social le plus populaire suit aussi ceux qui n’ont pas de compte Facebook.

Facebook suit tout le monde

C’est ce qui ressort d’une étude de chercheurs belges des universités de Louvain et de Bruxelles qui révèle, en effet, que Facebook suit la trace  de tous ceux qui visitent ses pages, qu’ils soient membres ou non du réseau. Donc, si vous pensiez échapper aux griffes du plus grand réseau social en évitant de vous y abonner, eh bien, c’est peine perdue.

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Le rapport explique donc que, si vous visitez un site avec des modules d’extension sociaux (13 millions de sites en ont), même si vous êtes déconnecté de Facebook, le réseau continue de récolter vos données grâce aux cookies qu’il aura installés sur votre ordinateur. C’est une pratique relativement répandue. Google utiliserait la même façon de faire.

Là où c’est plus inquiétant, c’est quand un non-abonné, donc quelqu’un qui ne soupçonne rien, est traqué. En effet, il suffit qu’un internaute visite une page ou un profil Facebook public pour que le cookie soit installé. Le pire dans tout ça, c’est que c’est détaillé dans leur politique de confidentialité. Vous savez, ce document qu’on ne lit jamais? Eh bien, tout est là. Ce n’est même pas caché.

« Utilisons-nous des cookies si vous n’avez pas de compte ou si vous vous êtes déconnecté(e) ?

Nous utilisons des cookies même si vous n’avez pas de compte ou si vous vous êtes déconnecté(e). (…)

Nous plaçons également des cookies si vous n’avez pas de compte Facebook, mais que vous avez consulté le site facebook.com. Ici aussi, ces cookies nous aident à protéger les Services Facebook et ses utilisateurs de toute activité frauduleuse. Ces cookies nous aident ainsi à détecter et prévenir la création massive de faux comptes et les attaques entraînant un refus de service.

Si des cookies sont stockés sur votre navigateur ou sur votre appareil, nous les lisons lorsque vous consultez un site comportant un module social. »

La loi européenne

Ce n’est pas parce que ce n’est pas caché que c’est légal pour autant. En effet, pour être conforme au droit européen, l’installation de cookies doit se faire avec le consentement préalable de l’utilisateur. Facebook se retrouverait donc en pleine illégalité.

Cet état de fait avait déjà été souligné dans un précédent rapport commandé en février par la Commission de la protection de la vie privée de Belgique à la suite des changements apportés à la politique de confidentialité de Facebook au début de l’année.

La réaction de Facebook

La semaine dernière, Facebook a réagi dans un billet de blogue. Richard Allan, vice-président des politiques de Facebook en Europe, reprend un argument souvent entendu dans ce genre de situations. Selon lui, l’utilisation de cookies améliore l’expérience de l’utilisateur en mémorisant certaines de ses préférences, comme la langue, par exemple. M. Allan rappelle que ces cookies aident aussi Facebook à offrir de la publicité personnalisée aux abonnés.

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D’accord, mais en ce qui concerne la traque des non-abonnés, qu’est-ce que répond Facebook? Allan qualifie la pratique d’involontaire. Elle serait en fait reliée à une faille qui permettait effectivement de déposer des cookies sur les ordinateurs de certains internautes qui n’étaient pas membres de Facebook. Selon lui, il s’agit d’une erreur qui serait en voie d’être corrigée.

Piqué au vif, Allan reprend huit affirmations, pour les débouter une à une, même si elles ne sont pas directement reliées au rapport lui-même. On se dispute essentiellement le sens donné à certains termes. Par exemple, Allan n’aime pas le mot « tracking » pour désigner l’information colligée sur la navigation des internautes.

Pour lui, ça semble être une méthode acceptable pour un site qui, le rappelle-t-il, est gratuit.

Une décision à venir

La Commission de la protection de la vie privée de Belgique doit rendre une décision sur les actions à prendre, faisant suite à ce rapport, le 29 avril prochain.

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La situation est de plus en plus délicate pour Facebook en Europe. D’autres groupes en France, en Espagne et en Italie se penchent actuellement sur les politiques de confidentialité de Facebook pour analyser la façon dont sont utilisées les données des 300 millions d’utilisateurs européens.

Le printemps européen s’annonce déjà chaud pour le réseau. Dossier à suivre!

 

Catégories : Réseaux sociaux

Martin LessardL’esthétique du direct de Meerkat et de Periscope

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 publié le 13 avril 2015 à 15 h 30

L’expression « egocasting » dérive de broadcasting (diffusion générale), qui a aussi donné narrowcasting (diffusion ciblée)

Le terme est apparu dans un article de Christine Rosen qui a fait école, « The Age of Egocasting » (The New Atlantis) il y a 10 ans. L’expression suggérait un monde où tout le monde peut devenir un média.

L’arrivée de Periscope et de Meerkat est le dernier et ultime pas dans cette direction.

Ces deux applications mobiles simplifient grandement la diffusion de flux vidéo en direct à partir d’une cellulaire (accessible seulement  sur iOS pour l’instant).

Sans être nécessairement un terme péjoratif, egocasting décrit bien le fait que la diffusion émane d’une seule personne. On pourrait traduire par egodiffuseur.

Esthétique du direct citoyen

Comme la plupart des mobiles disposent de deux caméras, il y a fondamentalement deux types de contenus distincts. (Trois, en fait, si on compte un mélange des deux.)

1- Caméra arrière : c’est le paysage, le tourisme, la découverte.

1-

L’égodiffuseur propose de publier l’endroit où il se trouve (intérieur ou extérieur).

Il commente (ou pas). Il partage avec ses amis ce qu’il voit ou ce qui l’entoure : un événement, ses amis, une balade en voiture, une place animée, un événement…

Tout repose sur les mots-clés employés. #NYC ou « Tour Eiffel » feront plus d’audience que Plattsburgh ou « Dans ma cour ».

C’est la fonction originalement imaginée par les constructeurs de Periscope (« What are you seeing now ») et de Meerkat (la caméra arrière est activée par défaut).

2- Caméra frontale : c’est l’interview, la conversation, la rencontre.

2-

L’égodiffuseur est le centre de l’attention, le sujet de la diffusion.

Il parle, commente ou répond aux questions de l’audience sur le mode de la confidence ou du partage.

Certains se filment avant de faire une activité (prendre la route, entrer en studio de télé, parler avec des amis). C’est comme Chatroulette, mais sans le risque pour l’audience de se montrer.

3- Un mélange des deux : c’est l’enquête, la balade ou le reportage.

3-

L’égodiffuseur fait son propre montage en direct, basculant de la caméra arrière à la caméra frontale pour faire comme un journaliste et commenter en direct des faits, un moment, un lieu.

C’est la possibilité de devenir CNN soi-même.

La téléréalité pour tous?

Si la caméra de dos offre parfois de beaux moments provenant de touristes, c’est du côté de la caméra frontale que se trouve à mon avis la nouveauté.

Assurément, c’est de la téléréalité à son paroxysme. Ce qui semble revenir souvent dans les flux accessibles est le « Ask me anything » : demandez-moi ce que vous voulez.

L’égodiffuseur se prête au jeu de répondre à toutes les questions ou presque. C’est une façon charmante de rencontrer des gens ordinaires d’un peu partout dans le monde.

L’audience reste assez faible : rarement, le nombre de personnes en train de regarder le flux en même temps dépasse 100.

C’est tout de même dans cette forme d’interaction forte que se trouve l’esthétique propre à ces nouveaux outils.

À moins d’avoir un sujet fort à proposer (une vedette, un accident, un lieu touristique connu), l’audience reste très volatile:nbsp;: elle s’en va rapidement si elle ne peut pas intervenir.

Alors, répondre aux questions ou aux demandes en direct, cette interaction forte, devient une façon de se bâtir une audience et de la rendre fidèle.

La téléréalité à une personne semble donc être ce qui caractérise le plus les contenus générés par la caméra frontale.

Et je ne serais pas surpris de voir émerger des personnes capables de maîtriser l’art du rendez-vous sur Meerkat ou Periscope, afin se bâtir une notoriété dans les prochaines semaines, surtout quand ces applis seront enfin accessibles sur Android.

Catégories : Réseaux sociaux