Blogue de Karyne Lefebvre

Moment Factory : saisir le moment

Vendredi 25 janvier 2013 à 15 h 37 | | Pour me joindre

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Arcade Fire au festival Coachella au printemps 2011

Madonna au Super Bowl, Céline Dion à Las Vegas, Ode à la vie à la Sagrada Familia de Barcelone, Dualité à Atlantic City… Toutes ces créations portent la signature singulière et colorée de la boîte montréalaise Moment Factory. La jeune compagnie, qui a connu un essor sans précédent ces dernières années, travaille sans relâche à repousser les limites de l’expérience interactive et collective lors de spectacles, d’évènements spéciaux et pour des installations permanentes.

Moment Factory met ces jours-ci sa créativité au service du groupe Bon Jovi en signant l’habillage visuel de sa tournée à venir.

Comment se brassent les affaires à Moment Factory? Rencontre avec le producteur Daniel Jean, joint au Connecticut, où l’équipe de Moment Factory participe aux répétitions de Bon Jovi, à deux semaines du lancement de la tournée Because we can.

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Daniel, que fais-tu au Connecticut?

En ce moment, il y a huit personnes de l’équipe (réalisateur, directeur artistique, directeur technique), y compris une personne pour le documentaire de tournage. making of. On va accompagner l’équipe de tournée de Bon Jovi jusqu’aux spectacles de Montréal les 13 et 14 février prochain et continuer à adapter et à faire des modifications à l’habillage visuel. C’est une belle coïncidence que Montréal soit le troisième spectacle de la tournée, puisque ça nous permet de peaufiner le travail jusque-là.

Moment Factory

La semaine dernière, tu prenais le thé chez Jon Bon Jovi?

(Rires) Notre directeur multimédia, Nelson De Robles, et moi avons fait le suivi avec Jon pour les approbations. La semaine passée, c’était la première fois qu’on montrait les séquences vidéo animées à Jon… Et oui, ça s’est passé chez lui. Ce qui est important à Moment Factory, c’est de faire affaire directement avec l’artiste ou la personne en qui il a 100 % confiance. Il est arrivé des aventures dans le passé où il y avait trois niveaux d’approbation, ce qui, pour nous, s’avérait être une énorme perte de temps et d’argent pour tenter de savoir ce que voulait l’artiste. Dans le cas de Bon Jovi, c’est Jon qui est impliqué à tous les niveaux dans la production du spectacle : il approuve les looks, les animations visuelles, la direction artistique.

Est-ce fréquent que vous ayez à vous rendre directement chez l’artiste pour faire le suivi?

Oui. Avec Madonna, c’était la même chose. Notre directeur de création travaillait en étroite collaboration avec Michel Laprise du Cirque du Soleil, le directeur artistique, et allait chez Madonna pour parler des concepts, des idées. On préfère travailler de cette façon-là.

Qu’avez-vous préparé pour la tournée de Bon Jovi?

C’est une scénographie vraiment poussée, très dynamique, alors il y a une énorme complexité à coller le visuel sur la scénographie. C’est très ambitieux. On a fait quatre tournages qui nous ont servi à créer du visuel pour certaines chansons, en plus d’animations 2D et 3D conçues dans nos studios. Il y a aussi plusieurs tableaux qui ne sont pas nécessairement rattachés à des chansons en particulier et qui sont plutôt là pour soutenir l’ensemble du spectacle. Il existe une liste de chansons préétablie, mais qui évoluera au fil de la tournée. On connaît les classiques que Bon Jovi jouera, mais le reste peut changer.

La bande-annonce de la collaboration Moment Factory/Bon Jovi

La bande-annonce du projet vous montre, en groupe, dans les bureaux de Montréal, en pleine séance de remue-méninges. Est-ce toujours comme ça que ça se passe à Moment Factory?

Il y a toujours un producteur et un réalisateur multimédia qui évaluent le projet ensemble et qui vont bâtir une équipe. Dès qu’on a ciblé les bonnes personnes pour le projet, on fait des réunions de création en groupe.

Est-ce que tout ce qui porte la signature de Moment Factory est fait à Montréal?

Tout est fait à Montréal. Quelquefois, il peut arriver qu’on travaille avec un artiste qui habite, disons, au Mexique ou en Europe, et qui va travailler de chez lui. Mais 95 % du temps, c’est fait à Montréal.

Le producteur Daniel Jean

Prenez-vous parfois les devants en approchant certains artistes pour leur proposer une collaboration?

Depuis notre collaboration avec Arcade Fire lors du festival Coachella en 2011, la demande est là. Chaque organisation veut quelque chose qui n’a jamais été fait… à réaliser pour dans deux semaines! (Rires) Alors pour Osheaga et les Black Keys, l’été dernier, on a décidé de prendre les devants. On a lancé des concours d’idées au sein de notre équipe. C’est comme ça qu’est née l’idée de la pluie de pixels. À Moment Factory, il y a beaucoup d’artistes et d’artisans qui viennent d’un peu partout dans le monde et qui arrivent avec un bagage différent. On a décidé de se servir de ça pour que les gens proposent toutes sortes d’idées, surtout pour les évènements et les festivals. Par exemple, pour la prochaine édition d’Osheaga, on est en train de réfléchir à ce qu’on pourrait proposer. On est aussi en contact avec d’autres festivals dans le monde à qui on proposera des trucs. Ce n’est pas évident parce qu’en ce moment, on n’a jamais été aussi occupés de toute l’histoire de la compagnie.

Comment devient-on producteur au sein de Moment Factory?

Dans mon cas, j’ai eu la chance d’être là depuis les débuts. Les quatre premières années à Moment Factory, j’étais à la pige, comme certains des membres fondateurs qui avaient d’autres emplois jusqu’à ce qu’on ait assez de boulot. Au début, on travaillait dans les partys de Guy Laliberté, les raves, sur l’environnement visuel des bars lors de soirées spéciales. C’était pour le plaisir. On ne savait pas trop où tout ça allait nous mener. Et de fil en aiguille, et aussi beaucoup grâce au Cirque du Soleil qui a contribué à notre évolution, on a pris notre envol. J’ai évolué jusqu’au poste de directeur technique de nos évènements, puis je suis devenu chargé de projet et, ultimement, producteur en 2010.

Quelle est ta plus grande fierté parmi les réalisations de l’entreprise?

C’est difficile de répondre à cette question parce qu’on est vraiment fiers et que chaque projet est différent. Dans mes coups de cœur, je te dirais Arcade Fire à Coachella, où l’on a réussi à créer un moment qui durait, dans les faits, cinq minutes, mais dont tout le monde se souviendra pour le reste de sa vie. Ce sont des projets à très haut risque. Pendant un mois, j’ai à peine dormi parce que, techniquement, c’est quasiment impossible d’arriver où l’on est arrivés avec le résultat final. Mais ça a super bien fonctionné! Des magazines ont très bien coté l’évènement, certains ont parlé d’un des meilleurs moments de l’histoire du rock’n’roll. On a aussi pu en mesurer l’impact par la suite, puisque plein de groupes et d’organisations se sont mis à nous contacter pour reproduire ce genre d’évènement.

Y a-t-il encore un fantasme que tu aimerais réaliser avec Moment Factory?

Pour ma part, je travaille beaucoup avec la musique. J’aime les grandes collaborations avec des artistes sur des spectacles permanents. Une collaboration avec U2 serait pour moi une grande réalisation.

À quoi ressembleront les prochains mois à Moment Factory?

Nous travaillons à la conception de l’environnement multimédia du nouveau musée Grévin, dont l’ouverture est prévue pour ce printemps à Montréal. Nous faisons beaucoup de développement en Europe et aux États-Unis, et il y a des choses qui seront annoncées bientôt. On a aussi une très grande nouvelle… mais je n’ai pas encore le droit d’en parler. (Rires)

 

La tournée Because we can de Bon Jovi

Coup d’envoi le 9 février au Connecticut

Au Centre Bell de Montréal les 13 et 14 février

À Toronto les 17 et 18 février

À Ottawa le 20 février

 

Le site officiel de Moment Factory