Blogue de Karyne Lefebvre

À chacun sa cause : Mitsou

Vendredi 7 décembre 2012 à 13 h 09 | | Pour me joindre

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Mitsou est porte-parole pour la Fondation du cancer du sein depuis 7 ans.

Mitsou est l’une des porte-parole les plus en vue de la communauté artistique. Bien qu’elle ait souvent épousé différentes causes au fil de sa carrière, en participant notamment aux campagnes de sensibilisation au VIH (rappelez-vous le test de VIH pris en direct à la télé au début des années 90), Mitsou a choisi de se consacrer pleinement à la Fondation du cancer du sein il y a sept ans. Et fait intéressant, cette fois, c’est la cause qui l’a choisie.

Comment a débuté ta collaboration avec la Fondation du cancer du sein?

J’avais une grande amie, Monique, une femme un peu plus vieille que moi que j’admirais beaucoup. Elle est décédée du cancer du sein. Pendant toute sa maladie, je ne trouvais pas le moyen de l’aider. On se sent tellement impuissant à ce moment-là, on ne sait pas quoi dire, on ne sait pas quoi faire. Elle est décédée après une longue bataille. Quelques semaines après sa mort, les gens de la Fondation du cancer du sein, comme ça, sortis de nulle part, ont sonné à ma porte et ont demandé à me rencontrer. On les a accueillis, Yohann et moi, chez Dazmo, et quand ils m’ont demandé si je voulais m’impliquer auprès d’eux, c’était assez évident que j’allais répondre oui.

C’est donc la cause qui t’a choisie?

Oui, oui! Absolument. Et j’ai un grand attachement pour eux. Ce sont des gens qui travaillent très fort et très bien, je dois le dire. Ils sont très dévoués, alors je fais pareil.

On sollicite souvent l’implication des personnalités artistiques. Comment fais-tu pour choisir tes causes?

Il y a effectivement des choix à faire parce que les demandes peuvent fuser de toutes parts, et c’est tant mieux, parce qu’on sert aussi à ça. Cependant, je pense que c’est bien de centrer son énergie. Je vais participer à différentes campagnes de financement, mais je les choisis bien. Ça provient souvent d’un déclenchement émotif. On est tous des êtres humains, on est tous sensibles à une cause plus qu’à une autre. On pourrait passer notre temps à dire non dans ce domaine-là tant la demande est grande, mais sincèrement, mes choix viennent du cœur. Je continue quand même à aider différentes causes, mais c’est auprès de la Fondation du cancer du sein que je fais mon bénévolat à longueur d’année. Ça fait partie de ma vie, jusqu’aux gens que je rencontre dans la rue et qui me racontent leur histoire. Ces gens-là continuent de me sensibiliser, et souvent, ils apportent différentes idées pour des campagnes de financement, différentes histoires que je peux raconter à mon tour. Je deviens un pont entre les gens et la Fondation pour que notre travail soit plus efficace. Ces discussions que j’ai la chance d’avoir dans mon quotidien renforcent la raison pour laquelle je fais ça. 

« Il y a 20 ans, les femmes ne parlaient pas de cancer du sein ou de cancer des ovaires, par exemple (…) C’était trop privé, et il y avait aussi tout ce rapport avec la sexualité qui gênait. C’est la même chose avec l’autoexamen des seins. Ça touche à l’intimité de la femme. C’est pour ça que c’était important d’en parler à haute voix pour pouvoir faire évoluer la cause et la santé des femmes. »

- Mitsou

En quoi ta notoriété peut-elle servir la cause?

Dans le cas du cancer du sein, la notoriété des porte-parole a sans doute contribué à mettre la mammographie « à la mode ». Ça ne vient pas de moi, c’est un mouvement qui avait démarré bien avant moi, mais qui a continué à grandir. Il y a 20 ans, les femmes ne parlaient pas de cancer du sein ou de cancer des ovaires, par exemple. J’ai une amie dont la grand-mère est décédée du cancer et, pendant longtemps, tout le monde pensait qu’elle était décédée du cancer du côlon parce que c’est ce qu’elle avait préféré dire à ses proches. C’était un cancer de l’utérus, mais elle n’avait pas voulu en parler. C’était trop privé, et il y avait aussi tout ce rapport avec la sexualité qui gênait. C’est la même chose avec l’autoexamen des seins. Ça touche à l’intimité de la femme. C’est pour ça que c’était important d’en parler à haute voix pour pouvoir faire évoluer la cause et la santé des femmes. Si j’ai pu contribuer à ça au cours des sept dernières années, ce sera au moins ça de gagné. On se sentira toujours seule devant un diagnostic de cancer du sein, mais les femmes sont maintenant au courant qu’elles pourront trouver un appui autour d’elles. Mon plus grand sentiment d’accomplissement viendra toujours de toutes celles que je rencontre et qui me disent qu’après m’avoir vue en entrevue, elles sont allées voir leur médecin parce qu’elles avaient un petit doute quant à leur santé et qu’elles ont découvert leur cancer à temps. Dans ce temps-là, je sais que je fais ça pour les bonnes raisons.

Mitsou

Est-ce qu’il y a une idée ou un évènement dont tu as été l’initiatrice qui te rend particulièrement fière?

Dès le début, lorsque est venu le temps de faire une première séance photo comme porte-parole, on n’avait pas de budget. J’ai demandé à la photographe Heidi Hollinger et à Guy Paré (coiffure, maquillage) de m’aider. J’ai mis une camisole blanche et j’ai placé mes doigts de manière à ce qu’ils représentent un ruban : on venait de créer notre première publicité. La Fondation m’a toujours donné cet espace pour créer. Maintenant, on a la chance d’avoir une agence qui s’occupe de la publicité, mais je reste quand même très impliquée en ce qui concerne les idées à la Fondation, qu’elles viennent de moi ou des femmes que je rencontre au quotidien.

Est-ce que le sentiment d’impuissance qui t’habitait il y a quelques années est encore là?

En théorie, ce sentiment-là s’est calmé, mais en réalité, dès que j’apprends que l’une des mes proches a le cancer du sein, c’est le même sentiment d’impuissance qui revient chaque fois, celui de se battre contre quelque chose qui est plus grand que soi.

« Mon plus grand sentiment d’accomplissement viendra toujours de toutes celles que je rencontre et qui me disent qu’après m’avoir vue en entrevue, elles sont allées voir leur médecin parce qu’elles avaient un petit doute quant à leur santé et qu’elles ont découvert leur cancer à temps. Dans ce temps-là, je sais que je fais ça pour les bonnes raisons. »

- Mitsou

À ton avis, est-ce qu’on devrait être plus généreux, s’impliquer à plein temps plutôt que de façon événementielle?

C’est une question de culture, je pense. Une culture qu’on peut indéniablement enseigner aux enfants. J’ai commencé à le faire auprès des miens. Ce n’est pas terminé, je te dirais qu’on est loin de là (rires), mais je pense que ça s’apprend en famille. Je pense que c’est bien que les écoles s’y mettent aussi, même si parfois on trouve que c’est trop et qu’il y a tellement de campagnes de souscription pour ci ou pour ça. Il y aura toujours quelqu’un qui aura besoin d’aide, et je pense qu’on est venus au monde pour ça aussi.