Blogue de Karyne Lefebvre

Dan Bigras : coup de cœur, coup de gueule

Mercredi 21 novembre 2012 à 14 h 38 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

RC_Arts

Dan Bigras présentera le 28 novembre prochain la 22e édition du Show du Refuge.

Quand Dan Bigras épouse une cause, c’est pour la vie. Depuis maintenant 22 ans, il orchestre son Show du Refuge, un spectacle-événement qui réunit chaque année une distribution étoile dans le but d’amasser des fonds plus qu’essentiels pour soutenir les jeunes de la rue. Retour sur 22 ans d’engagement auprès du Refuge des jeunes, mais surtout, sur 22 ans de coups de cœur, de sueurs et d’indignation.

Il y a tout un pas entre s’indigner et s’impliquer. Qu’est-ce qui t’a fait franchir ce pas il y a 22 ans, en choisissant de t’impliquer avec le Refuge?

Il n’y a pas eu de déclic. C’est vraiment eux qui me l’ont demandé. J’ai eu cette chance-là. Tu sais, j’étais un petit « rejet » quand j’étais jeune, alors je n’ai pas eu de gang. Quand le Refuge m’a demandé de faire partie de ses amis, ça m’a fourni une gang. Je suis entouré de gens qui essaient de faire du bien. Ça donne un sens à ma vie, ça me fait énormément de bien.

À quel point ton implication avec le Refuge a-t-elle évolué au fil des années?

À partir du moment où je l’ai fait, j’étais mordu. Au départ, j’avais dit non. Je voyais plein d’artistes qui faisaient les smattes, qui essayaient de jouer aux gens charitables et ça m’énervait. J’essayais de faire connaître mes chansons alors j’ai dit au Refuge : « Moi, mon deal avec le public, c’est que s’il aime mes tounes, il va les acheter, sinon je retourne jouer dans les bars. » France, la directrice du Refuge, avec son pragmatisme habituel m’a dit : « C’est à cause de ça que tu vas refuser de nous aider? » Quand on te pose une question comme ça, tu es obligé de regarder les vraies conséquences de ton refus. Alors j’ai dit que j’allais le faire pour une année et que j’allais rester si ça faisait une différence. Ma première job, c’était de ramener du cashpour le Refuge, et une fois cette première année-là passée, j’ai dit : « OK, je vais rester jusqu’à la fin de mes jours. » Je ne sais pas si France me croyait, parce que dans ce temps-là, je buvais encore [rires], mais au bout de 22 ans, je pense qu’elle a commencé à me

 un peu. Elle est devenue une très grande amie, très proche.

Chaque année, le Show du Refuge propose une distribution étoile. Parfois, tu peux mettre des années à convaincre certaines personnes d’y participer, telle que Diane Dufresne, qui sera là cette année. Es-tu en éternelle période de recrutement?

Oui. À l’année. Dès la fin du show, des fois même pendant le show. Si j’ai une idée, je la note à l’entracte et ça sera mon prochain appel en sortant de scène.

« Prends Céline [Dion] : elle n’est pas encore venue, mais c’est passé proche trois ou quatre fois. Les gens ne le savent pas. À un moment donné, ça se pouvait et puis ses dates de spectacles ont été changées à cause d’un problème de gorge. Mais elle ne m’a jamais dit non. »

- Dan Bigras

Est-ce qu’il y a beaucoup de gens qui osent te dire non?

Il n’y en a eu qu’un qui ait osé me dire non pour une raison stupide. Je ne le nommerai pas parce que ça lui ferait une mauvaise réputation si je faisais ça. Je ne lui demanderai plus jamais. Mais c’est le seul en 22 ans. Il y a des gens qui ne peuvent pas des fois parce qu’ils sont déjà en spectacle ailleurs. Diane Dufresne n’avait pas pu le faire avant : parfois elle avait une exposition ou quatre spectacles la même fin de semaine… Elle ne pouvait pas. Mais il y a déjà des gens qui ont fait des acrobaties pour être du Show : une fois, Garou avait un spectacle en France la veille et le lendemain du Show du Refuge. Il est arrivé de nuit en avion et il est reparti de nuit après le spectacle. Prends Céline [Dion] : elle n’est pas encore venue, mais c’est passé proche trois ou quatre fois. Les gens ne le savent pas. À un moment donné, ça se pouvait et puis ses dates de spectacles ont été changées à cause d’un problème de gorge. Mais elle ne m’a jamais dit non. Je suis probablement l’artiste qui a le plus de numéros de cellulaires d’autres artistes dans son téléphone. Ça fait 22 ans que je les collectionne.

As-tu encore des fantasmes de chanteur inassouvis?

Oublie les fantasmes de chanteur : moi, c’est des fantasmes de chanteuses. [Rires] Non, j’ai pas mal eu tous ceux que je désirais, mais parfois, j’oublie des gens que j’admire et que j’aime beaucoup. Michel Rivard m’est déjà arrivé un moment donné, il y a des années, et il m’a demandé : « Qu’est-ce que t’as contre moi? » J’ai répondu : « Absolument rien! Michel, j’ai appris à écrire des tounes en écoutant les tiennes! » Il voulait savoir pourquoi je ne l’invitais pas au Show du Refuge. J’avais oublié! C’est l’année où j’avais Richard Desjardins. Je les ai fait chanter Le bon gars ensemble.

« La seule chose que je n’accepte pas, c’est quelqu’un qui arrive par exemple à mon âge, dans la cinquantaine, et qui se dit : « Moi, j’ai fait pas mal d’argent, j’ai travaillé fort, je ne dois rien à personne. » Ça, c’est inacceptable. Tu peux même écrire « c’est inacceptable, tabarnak! » [Rires]« 

- Dan Bigras

À ton avis, Dan, est-ce qu’on s’entraide assez? Est-ce qu’on a tous un bon fond et qu’il ne suffit que de nous brasser la cage pour qu’on s’implique?

Est-ce qu’on a tous un bon fond et qu’il suffit de nous brasser la cage? Oui. Mais c’est une question plus complexe. Je trouve qu’il y a trop de gens qui monopolisent trop d’argent pour eux, qui ont trop de déductions d’impôts, il y a des gens corrompus, on le voit. Et je trouve qu’aux trois paliers de gouvernement, il n’y a pas assez de gens qui disent qu’il faut ramener plus d’argent dans la collectivité pour ceux qui en ont besoin. D’un autre côté, sais-tu combien il y a de bénévoles au Québec? Un million. Criss, ce n’est pas rien. Alors on peut faire des débats droite-gauche tant qu’on veut, je me dis que dans ces bénévoles-là, ce ne sont pas que des gens de gauche. Il y a aussi des « drettistes » là-dedans. Ce sont tous des gens qui se lèvent le matin et qui vont travailler gratis pour que d’autres gens aillent mieux. C’est aussi ça, ma société. Elle a des côtés dont je ne suis pas fier, mais d’autres dont je suis extrêmement fier. La seule chose que je n’accepte pas, c’est quelqu’un qui arrive par exemple à mon âge, dans la cinquantaine, et qui se dit : « Moi, j’ai fait pas mal d’argent, j’ai travaillé fort, je ne dois rien à personne. » Ça, c’est inacceptable. Tu peux même écrire « c’est inacceptable, tabarnak! » [Rires] Il y a aussi des gens qui se sentent coupables de ne pas pouvoir faire plus. Je parlais avec le chroniqueur de La Presse Vincent Marissal, qui me disait : « Moi, je ne suis pas comme toi. Je me sens assez coupable. Je suis juste capable de faire un chèque des fois. » Eh bien, fais-les, tes chèques! C’est génial! On a besoin de gens qui font des chèques. Chacun sa façon d’aider. Et fais un chèque selon tes moyens. Si tu n’as que 100 $, donne 100 $. Si tu es capable de donner 30 cents ou 1 $ à un itinérant, donne-les. Ou fais un sourire. Tu le sais quand tu aides ou quand tu n’aides pas. Tu n’as pas besoin de Dan Bigras pour le dire à ta conscience.

« Ce qui est extraordinaire avec 30 vies, c’est que mon personnage revient souvent, alors je peux travailler beaucoup. Je peux améliorer mon jeu. Et ce qui est encore plus extraordinaire, c’est que je joue avec tous les acteurs qui me font capoter. Tous les acteurs que j’admire, je les passe un après l’autre. »

- Dan Bigras

Les profits amassés annuellement avec le Show du Refuge représentent 25 % du budget du Refuge des jeunes. C’est énorme. Concrètement, qu’est-ce que ça prendrait pour que cette pression-là soit allégée?

Ça prendrait d’abord un gouvernement qui aille rechercher dans la poche de ceux qui ont trop de subventions ou qui ne paient pas assez d’impôts : les banques et pétrolières. C’est mon avis à moi. Qu’on remette ça dans la collectivité : dans notre système scolaire, dans nos hôpitaux. Et pour le Refuge, je vais te dire ce que j’aimerais, mon but à moi : qu’on trouve en ce moment les 700 000 $ pour terminer de payer le Refuge qu’on a dû acheter parce qu’on avait été foutus dehors parce que l’église où on était installés a été vendue. Et pour que le Refuge fonctionne comme il faut, on aurait besoin de 25 % de revenus supplémentaires qui ne dépendent pas du Show du Refuge.

Radio-Canada, qui diffuse le spectacle à la télévision, n’est pas obligée de nous reprendre l’an prochain. On est super reconnaissants à Radio-Canada. Il y a quelque chose de magique qui se passe chaque fois. Mais imagine-toi que ça change une année. Qu’Harper vous tape sur la tête avec d’autres compressions et bang! On coupe le Show du Refuge. Pour nous autres, ce serait une catastrophe directe, ça se pourrait qu’on ferme. Ce n’est pas normal qu’on dépende de ça. L’aide devrait être récurrente, elle devrait venir du gouvernement. Le Refuge, c’est un service public. Si on échappait nos enfants – et personne n’est à l’abri de ça –, on serait sûrement contents de savoir que les gens qui s’offriraient pour s’en occuper à notre place sont financés pour le faire.

En terminant, un petit mot sur ta carrière de comédien. Tu interprètes avec beaucoup de naturel le rôle de Richard Sanscartier, ce travailleur de rue dans 30 vies. Ça semble être un rôle fait sur mesure pour toi.

Il y a du travail derrière ce naturel-là. À la télé, au cinéma, en pub, il faut faire du faux pour essayer de faire du vrai. C’est comme ça que je le vois. Si j’ai l’air naturel en travailleur de rue, rappelle-toi que j’avais l’air tout aussi naturel dans la télésérie Le dernier chapitre, où je jouais un psychopathe, et j’avais autant de plaisir à le faire. Avec 30 vies, c’est une fausse impression qui est liée au fait que ce soit un rôle qui me ressemble… Ce qui n’est pas vrai. Fabienne Larouche ne me connaît pas. Elle ne connaît de moi que ce que toi tu connais, ce que les gens connaissent publiquement de moi. Elle est partie de ça pour me faire un personnage. Mais en privé, elle ne me connaît pas. Dieu merci, ça ne me ressemble pas alors je peux construire un personnage. C’est une job d’acteur. Et ce qui est extraordinaire avec 30 vies, c’est que mon personnage revient souvent, alors je peux travailler beaucoup. Je peux améliorer mon jeu. Et ce qui est encore plus extraordinaire, c’est que je joue avec tous les acteurs qui me font capoter. Tous les acteurs que j’admire, je les passe un après l’autre. Ils sont soit profs soit parents d’un élève de l’école. J’essayais d’expliquer ça à Élise [Guilbault] l’autre jour. Je l’appelle ma « star » et je la vénère et elle me dit : « Arrête-moi ça, tu me gênes! » Je compare ça aux chanteurs : c’est comme si une journée, je chantais avec Vigneault, le lendemain avec Félix Leclerc, le surlendemain avec Lapointe, avec Richard Desjardins… C’est comme ça que je me sens sur le plateau de 30 vies. Et ce n’est pas un film : ça n’a pas de fin! Tant que ça se passe bien, on continue. Et c’est le fun, j’habite pas très loin : c’est la première fois que j’ai une job steady où je peux me rendre à pied. Je capote. [Rires] Même quand j’étais petit, j’étais obligé de prendre l’autobus pour aller à l’école. J’adore ça!

Le 22e Show du Refuge avec Coeur de pirate, le groupe Radio Radio, Diane Dufresne, Louis-Jean Cormier, Yann Perreau, Lulu Hughes, Dominique Paquet, Mélissa Bédard, Abeille Gélinas, Rod le Stud et Paul Daraîche:

Le 28 novembre prochain à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts

Le  16 décembre, 20h, à la télévision de Radio-Canada

Le Refuge des Jeunes