Blogue de Karyne Lefebvre

Salon du livre : les confessions d’une tête d’affiche

Vendredi 16 novembre 2012 à 13 h 03 | | Pour me joindre

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Marie-Renée Lavoie © Martine Doyon

Cette fin de semaine, Marie-Renée Lavoie arpentera le Salon du livre de Montréal en tant qu’invitée d’honneur. L’auteure de La petite et le vieux, paru en 2008 (Grand Prix de la relève Archambault et gagnant du Combat des livres), profitera du salon pour présenter aux lecteurs son tout nouveau roman, Le syndrome de la vis.  Confessions d’une tête d’affiche de salon…

Marie-Renée, qu’est-ce que ça fait une tête d’affiche de salon du livre?

Eh bien, on voit sa face partout! [Rires] Tout à coup, on se retrouve dans toutes sortes de petits cahiers officiels, les voisins ou des collègues voient ça, et certains ne savaient pas même pas que j’écrivais. C’est un grand honneur. J’étais un peu gênée, même, quand on m’a demandé de porter ce titre, mais nous sommes toutes sortes de gens à représenter le salon : des auteurs de la relève, de la bédé, etc. J’ai accepté en me disant « Ah! bien voilà, je représente un peu la relève. » Ça me met à l’avant-plan des événements culturels pendant quelques semaines, disons.

Auras-tu des tâches spécifiques de « duchesse de salon »?

J’ai ma petite feuille avec les vingt et une choses que je dois faire cette semaine au salon, en plus de ma job à temps plein comme enseignante. [Rires] J’ai beaucoup de tables rondes, de rencontres d’auteurs. Mais je ne sais pas dans quelle mesure c’est vraiment lié à mon rôle d’invitée d’honneur. Je peux être invitée comme prof et auteure, et d’autres fois parce que je parle d’insomnie.

« Je n’ai pas nécessairement le profil pour jouer la vedette de salon, mais finalement, c’est le fun! On s’entend que je ne me promène pas en limousine, là! » 

- Marie-Renée Lavoie

Il y a quand même un bon pas entre décider d’écrire un premier roman, comme tu l’as fait en 2008, et devenir une personnalité littéraire. Étais-tu préparée à ça?

Pas vraiment! On pense que ça arrive après quelques romans, mais apparemment non. C’est un peu étonnant, mais ce sont des occasions qu’on ne peut pas vraiment refuser. Je n’ai pas nécessairement le profil pour jouer la vedette de salon, mais finalement, c’est le fun! On s’entend que je ne me promène pas en limousine, là! [Rires] Et après le salon, je vais redevenir la petite auteure que j’étais avant, alors c’est correct.

Marie-Renée Lavoie lance ces jours-ci son deuxième roman, Le syndrome de la vis

Beaucoup de gens fréquentent le salon de Montréal en quelques jours. Aimes-tu les bains de foule?

Oui, je les gère bien. En fait, je me promène là-dedans un peu comme n’importe quel lecteur qui vient au salon. Et je ne suis pas Michel Tremblay, alors les gens ne m’assaillent pas quand je me promène. Quand je ne suis pas en train de faire ma séance de signatures où là, j’ai l’occasion de rencontrer des gens, je peux très bien me faufiler et, moi aussi, faire la file ici et là pour découvrir des livres ou rencontrer des auteurs. J’en profite anonymement. Mais tu sais, enseigner aussi peut être propice aux bains de foule : aux heures de pointe, quand on essaie de prendre les escaliers au cégep, on peut s’évanouir et tenir debout! [Rires] C’est quand même mon quotidien d’être dans une foule.

Quel souvenir gardes-tu de ton tout premier salon?

J’en garde un bon souvenir, mais c’est une espèce de grand vertige. Tu t’assoies à ta petite table, tu as voulu ça, et là, les gens s’arrêtent et te disent « Ah! vous avez écrit un livre, vous? » Là, tu te retrouves à parler un peu à tout le monde de toutes sortes de choses. Et évidemment, les oncles, les tantes, les grands-mères, les collègues, tout le monde défile. Je viens de Québec, alors lorsque j’étais au Salon de Québec, ça a été la famille en rafale. Je n’avais pratiquement pas de temps pour les gens. Même mon éditeur a demandé à mes tantes d’arrêter d’acheter mes livres à coup de 5 exemplaires chacune parce qu’il n’en avait apporté qu’une boîte de 50 en pensant faire tout le salon avec ça. [Rires] Même ma grand-mère de 93 ans a sorti un billet de 50 $ d’un bas de laine dans son sous-sol! Il me restait un seul livre : je l’avais mis de côté parce que je savais qu’elle allait venir. C’était très touchant. Et elle y tenait! Je lui disais « Grand-maman, je vais vous le donner », mais elle voulait le payer. D’un autre côté, c’est un peu gênant tout ce monde qui se déplace pour venir, mais ils sont fiers. C’est dur, quand tu commences à écrire, cette fierté-là. J’ai publié mon premier roman à 37 ans, alors j’ai quand même toute une vie derrière moi. Je me suis sentie un peu comme l’adolescente de 13 ans qui s’en va chercher un trophée Méritas. Il y a en même qui me donne des cadeaux. C’est un retour à l’enfance, parce que dans la vie d’adulte de tous les jours, ça n’arrive pas souvent cette générosité et ce débordement de fierté des autres.

Est-ce que tu fréquentais déjà les salons comme lectrice avant d’y être invitée?

Avec des enfants, c’est très facile, le salon. C’est super le fun. C’est aménagé pour pouvoir s’installer par terre. Ça peut être magique parce que les enfants peuvent voir les auteurs qui ont écrit les livres, ils font signer leurs petites affaires. Avant d’avoir ma fille, j’y allais souvent avec des neveux et nièces. C’est d’ailleurs un bon prétexte : quand tu veux y aller pour voir des auteurs, mais que tu n’oses pas, avec un enfant ou deux à emmener, c’est le prétexte parfait pour s’avancer vers des tables d’auteurs. J’y suis aussi allée dans des contextes plus scolaires, pour voir des tables rondes avec des élèves. Je m’occupe du Prix littéraire des collégiens, alors j’accompagne aussi des élèves au salon pour des remises de prix. Et avec un petit budget, tu as la conscience toute propre pour magasiner des livres! [Rires]

« Mon éditeur a demandé à mes tantes d’arrêter d’acheter mes livres à coup de 5 exemplaires chacune parce qu’il n’en avait apporté qu’une boîte de 50 en pensant faire tout le salon avec ça. »

- Marie-Renée Lavoie

As-tu un truc pour le lecteur qui entrevoit sa première visite au salon avec angoisse et qui ne sait pas par où commencer?

Je pense que la façon la plus sereine d’y aller, c’est en prévoyant ce qu’on va y faire. Sur le site Internet, on trouve tous les événements, les séances de signatures. C’est très facile de se faire un petit horaire et de trouver les stands qu’on cherche. Par exemple, j’ai prévu d’aller faire un tour au stand du numérique pour aller voir les tablettes de lecture.  ll faut organiser ses flûtes sinon, quand tu pérégrines dans ces grands espaces-là, tu peux soit te perdre, soit perdre ton temps à essayer de trouver ce que tu cherches. Tu te mets deux ou trois petits repères et ensuite, tu brodes ta journée autour.

Si tu avais la possibilité de profiter du salon pour rencontrer un auteur chouchou, lequel serait-ce?

J’ai toujours rêvé de rencontrer Sylvain Trudel, un écrivain québécois que j’ai beaucoup lu et que j’adore, mais que je n’ai jamais vu en entrevue, jamais vu nulle part. Il y a certains auteurs qu’on voit beaucoup, mais pour les auteurs qu’on ne voit pas, l’image qu’on se fait d’eux est vierge. J’irais le voir, faire signer quelque chose et lui poser une question ou deux sur le sens des choses qu’il écrit.

Dans ton plus récent roman, Le syndrome de la vis, le personnage principal souffre d’insomnie. T’attends-tu à recueillir beaucoup de témoignages d’oiseaux de nuit?

C’est sûr! D’ailleurs, dès que tu parles d’insomnie, à peu près tout le monde a vécu ça de façon épisodique à un moment dans sa vie. L’insomnie peut-être le symptôme de tellement de choses. Alors déjà, je me suis mise à l’étude : je suis en train de lire un livre d’une médecin spécialiste qui dirige la Chaire du sommeil à l’Université Douglas parce que je suis invitée à une table ronde avec elle pour parler d’insomnie. Je me rends compte en ayant créé un personnage insomniaque que je pourrais m’ouvrir un petit cabinet de consultation! [Rires]

As-tu préparé ton petit kit de survie pour le salon?

Ce qui est bien, c’est que je ne serai pas trop loin de la maison, et mon chum prévoit de faire des allers-retours. J’ai une équipe de soutien. [Rires] Mais c’est vrai qu’il faut penser à toutes sortes de petites choses. C’est un peu comme enseigner : la petite brosse à dents dans le tiroir, un chandail de rechange parce que tu t’es retrouvé dans une situation un peu stressante et que le « dessous de bras » n’a pas tenu le coup! [Rires] Les profs ont toujours un petit kit de rechange.

Pour lire un extrait du tout nouveau roman de Marie-Renée Lavoie, Le syndrome de la vis

Le site officiel du Salon du livre de Montréal