Blogue de Karyne Lefebvre

Salon du livre : Samuel Archibald avoue tout!

Mercredi 14 novembre 2012 à 16 h 36 | | Pour me joindre

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Samuel Archibald ©Le Quartanier / Frédérick Duchesne

Le Salon du livre de Montréal est  un rite de passage pour les auteurs. Avec ses airs de foire et son achalandage record, il peut s’avérer le rêve comme le cauchemar de certains auteurs, plus familiers avec la solitude que les bains de foule.

Puisque s’amorce aujourd’hui la 35e édition du Salon du livre de Montréal, je vous propose à nouveau quelques confessions d’auteurs au sujet de leur expérience dans les salons. Aujourd’hui, les confessions de Samuel Archibald, dont le roman Arvida, paru l’an dernier, a séduit critiques et lecteurs (Coup de cœur Renaud-Bray, Prix des libraires).

Samuel, des espions m’ont confié qu’au Salon du Saguenay, cette année, tu étais une véritable star locale. Comment ça se passe, un salon du livre qui a lieu là où l’on a grandi? C’est agréable… ou traumatisant?                         

C’est super agréable. Les gens du Saguenay sont fiers et ils se reconnaissent souvent dans les pages d’Arvida. Je reçois donc toute sorte de visite de vieux chums, mais aussi d’amis de la famille, de messieurs qui jouaient au hockey dans le temps avec mon grand-père, de dames qui s’habillaient à l’époque à la boutique de ma mère, etc. Les gens viennent souvent me voir en se demandant si je vais me rappeler d’eux, mais, heureusement, j’ai une mémoire d’éléphant. L’année dernière, une dame faisait la file avec son amie en lui murmurant qu’elle me connaissait, mais que sans doute je l’aurais oubliée, depuis le temps. J’ai dit tout haut : « Comment j’aurais pu t’oublier, Pauline, t’étais ma prof préférée. » C’était ma maîtresse d’école en première année du primaire.

Comment s’est passé ton tout premier salon en carrière?

Mon premier salon à vie était au Saguenay, justement. C’était la folie. Je suis arrivé le vendredi midi et le samedi vers 15 h, on n’avait plus un maudit Arvida à vendre. Ça m’a laissé sur une fausse impression, mettons. Deux ou trois semaines plus tard, je suis allé au salon de Rimouski, en passant que ça serait la même affaire. J’ai vendu deux livres dans ma fin de semaine, un à Michel Dufour, de la librairie L’hibou-coup à Mont-Joli, qui gérait le stand Dimedia, et un autre à Pierre Nepveu qui faisait la chaise musicale avec moi pour présenter sa biographie de Gaston Miron. Le reste du temps, je l’ai passé à regarder le monde faire la file devant le kiosque de Bryan Perro, à regarder de la téléréalité dans ma chambre d’hôtel avec Madame Chose et Caroline Allard, et à aller fumer des cigarettes au grand vent dehors avec Antoine Tanguay qui, à un moment, m’a mis la main sur l’épaule et m’a dit en souriant : « Ça, mon Sam, c’est le salon de l’humilité. » Je ne l’aurais pas mieux dit.

« À la question, pleine de scepticisme, « Pis vous pensez que je vais aimer votre livre? », je réponds désormais presque tout le temps par : « En fait, monsieur/madame, je suis quasiment sûr que vous allez détester ça. » »

- Samuel Archibald

Le salon de Montréal est particulièrement bondé. Gères-tu bien ces bains de foule?

Oui, ça va. Je suis agoraphobe de nature, mais je me suis habitué aux endroits bondés. L’avantage, avec le salon de Montréal, c’est qu’on peut rentrer à la maison pendant nos pauses. Et, à tout prendre, je préfère la frénésie aux après-midi trop tranquilles.

Arvida a valu à Samuel Archibald le Coup de coeur Renaud-Bray et le Prix des libraires

Qu’aimes-tu des salons?

J’adore la rencontre avec les lecteurs. C’est une activité solitaire et hasardeuse d’écrire, une activité que tu fais tout seul en te demandant si tu fais ça pour quelqu’un d’autre que toi-même. Rencontrer les gens qui t’ont lu, c’est une oasis dans la vie d’un auteur où, tout à coup, l’écriture est activité sociale et parfois même amicale. Les gens t’ont lu, les gens t’ont aimé et ils font un grand détour juste pour venir te le dire. Je ne sais pas ce que tu peux demander de mieux.

Y a-t-il un truc que tu aimes moins?

Ce que j’aime moins, c’est l’ambiance un peu foire commerciale de l’affaire, qui fait en sorte que des gens t’approchent parfois comme si tu étais un peddleur de marché aux puces ou un vendeur de balayeuses au porte-à-porte. « C’est-tu bon, c’t’affaire-là? », « De quoi ça parle? », « Pourquoi je devrais acheter ça plutôt qu’un autre? », « Combien ça coûte, hiiiii, c’est ben cher… » Ce genre de choses. J’essaye d’être sympathique avec tout le monde, mais ça, c’est un jeu auquel je ne joue plus. À la question, pleine de scepticisme, « Pis vous pensez que je vais aimer votre livre? », je réponds désormais presque tout le temps par : « En fait, monsieur/madame, je suis quasiment sûr que vous allez détester ça. »

« J’aimerais beaucoup, une fois, avoir une conversation de geeks d’horreur avec Stephen King et lui demander des nouvelles de Richard Bachman. J’aimerais aussi parler écriture, ouvrage de maçonnerie, dressage de chevaux et antiques techniques de chasse avec Cormac McCarthy. »

- Samuel Archibald

As-tu un conseil pour « survivre au salon »?

Un long week-end de salon, c’est pire que de passer quatre jours à l’hôpital. Les va-et-vient, le tapis, les vieux systèmes d’aération, tout cela fait comme une rampe de lancement pour microbes. Je ne me souviens pas d’avoir passé à travers un seul salon sans avoir à la fin les sinus complètement bouchés et la gorge en feu. Le conseil que personne ne suit jamais : bien dormir, ne pas boire trop d’alcool et, surtout, éviter de partir sur la brosse, surtout deux jours de suite. Sinon, je conseille de garnir la trousse de survie avec des pastilles antibactériennes pour la gorge et du désinfectant pour les mains, de mettre une petite laine si vous allez fumer dehors et de boire beaucoup d’eau. Et, surtout, si Patrick Senécal ou Tristan Demers ou moi-même vous propose d’aller prendre « un petit verre, tranquille », répondez non.

Tu étais l’un des auteurs invités du Festival America de Vincennes, fin septembre : parle-moi un peu de ce genre d’événements qui semblent plus grands que nature, avec ses invités internationaux, ses vedettes (Toni Morrison, Russell Banks). En gardes-tu de bons souvenirs?

Ce qu’il y a de génial avec un événement comme America, c’est que c’est un festival de littérature, entièrement consacré à la poésie, au roman et à la nouvelle. On n’y est pas en compétition avec des joueurs de hockey qui ont écrit leurs mémoires ou avec de livres de recettes pour cuisiner sans gluten. Donc, même s’il y a effectivement des personnalités immenses en tête d’affiche, le public vient pour voir et pour écouter des écrivains. Au fil des tables rondes et des causeries, les gens t’écoutent et t’apprécient et viennent te parler, ce qui fait que, même si tu peux te sentir un peu minuscule au départ au milieu des monstres sacrés, tu peux t’imposer au fil des jours au public du festival. Après deux jours au stand de la Librairie du Québec, par exemple, à côté de Louis Hamelin, Lucie Lachapelle et moi-même, la big star était mon amie Naomi Fontaine, qui a écoulé les Kuessipan à la douzaine, jusqu’à la rupture complète des stocks. Mon moment de gloire à moi est venu au retour, à l’aéroport, dans la file du Starbucks. J’étais à côté d’une grande Américaine, une femme superbe, la classe incarnée. À un moment, nos regards se sont croisés, la femme a semblé réfléchir un peu, avant de se retourner à nouveau vers moi pour demander : « Aren’t you that funny French-Canadian author from the festival? ». C’était l’auteure Louise Edrich.

Si tu pouvais profiter d’un salon pour faire la rencontre d’un auteur (mort ou vivant), lequel serait-ce? De quoi discuteriez-vous?

On va s’en tenir aux vivants, ça serait trop bizarre de croiser Shakespeare dans un palais des congrès. J’ai rencontré Emmanuel Carrère l’an dernier, et c’était déjà quelque chose. Sinon, je pense que j’aimerais beaucoup, une fois, avoir une conversation de geeks d’horreur avec Stephen King et lui demander des nouvelles de Richard Bachman. J’aimerais aussi parler écriture, ouvrage de maçonnerie, dressage de chevaux et antiques techniques de chasse avec Cormac McCarthy.

Le site officiel du Salon du livre de Montréal