Blogue de Karyne Lefebvre

Sugar Sammy : à la conquête du nouveau monde

Vendredi 9 novembre 2012 à 14 h 32 | | Pour me joindre

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L’humoriste Sugar Sammy

Il a fait craquer Montréal avec son spectacle You’re gonna rire, une proposition audacieuse qui risquait le rire bilingue. Cette fois-ci, Sugar Sammy part en défricheur de contrées lointaines, celles du rest of Québec. Rencontre avec le Daniel Boone de l’humour québécois.

Est-ce que ça a toujours été dans tes plans de lancer un spectacle 100 % français après le spectacle bilingue?

Ça a toujours été planifié parce que je voulais faire le reste du Québec aussi, et la seule façon que ça pouvait arriver, c’était avec un spectacle unilingue francophone.

À ton avis, le spectacle franglais n’aurait pas pu être présenté à l’extérieur de Montréal?

Il était vraiment fait sur mesure pour Montréal. J’ai eu des demandes pour aller le présenter ailleurs au Canada et je me suis dit qu’il devait être adapté avant que j’aille le promener au Nouveau-Brunswick, au Manitoba ou ailleurs. On a même eu des demandes pour la France. Mais il était fait pour Montréal. Au départ, je voulais que ce soit un soir seulement et que ce soit quelque chose de spécial, quelque chose d’expérimental, pour voir si ça fonctionnait, et finalement, c’est devenu mainstream! [Rires]

Pour moi, c’est toujours une évolution, un work in progress. Il faut que ce soit organique et pour ça, il faut qu’il y ait une connexion, une danse avec le public. 

- Sugar Sammy

Tu modifies beaucoup ton spectacle selon le public devant lequel tu le présentes. Pourrais-tu t’imaginer faire un spectacle dont tout le contenu est déterminé à l’avance, comme ce que la plupart des humoristes font?

Non, je ne pourrais pas avoir un spectacle dont les virgules et les points sont toujours à la même place parce que tous les publics sont différents. Il faut vraiment que tu t’adaptes à tout et que tu écoutes le public. Pour moi, c’est toujours une évolution, un work in progress. Il faut que ce soit organique et pour ça, il faut qu’il y ait une connexion, une danse avec le public. Je bâtis mon spectacle chaque soir avec le public.

Est-ce que tu as déjà rencontré un public au Québec qui n’avait pas envie de danser?

Non, tout le monde est partant. [Rires] Mais je ne suis pas encore allé dans le fin fond du Québec. Je pense que le plus loin que je suis allé, c’est la ville de Québec et le plus creux, c’est Louiseville. Je vais voir ce que ça donne. Je ferai Sherbrooke, Granby, Saint-Jean-sur-Richelieu, mais ensuite, quand je serai plus à l’aise, je vais essayer d’aller tâter le terrain avec le Saguenay, la Gaspésie, les Îles-de-la-Madeleine… [Rires]

Penses-tu que l’Abitibi, par exemple, est prête pour Sugar Sammy?

Je ne sais pas, mais ça serait vraiment un super beau documentaire! [Rires] Il faudrait tourner ça pour voir un poisson qui est complètement sorti de son environnement. Je pense que ce serait drôle et que ce serait intéressant pour tout le monde de voir ça. [Rires]

Après le succès de You’re gonna rire, Sugar Sammy parcours maintenant le Québec avec le spectacle En français svp!

As-tu un rituel d’écriture particulier?

Ce n’est jamais fixé. Je vis ma vie et il y a des choses qui arrivent. Je les note tout de suite pour ne pas les oublier et je les développe plus tard. Je les essaie plus tard en rodage. Par exemple, en arrivant à Québec, j’ai fait mes choses comme d’habitude. Je mange, je me promène, je fais un peu de magasinage et il y a des trucs qui me viennent et je les note dans mon téléphone pour ensuite les essayer sur la scène. D’habitude, les gens apprécient ça parce que c’est local, c’est dans le moment.

Tu as dit en blague, récemment, que le Québec était ton rodage pour la France. As-tu déjà tâté le terrain là-bas? Connais-tu bien les Français?

Je ne suis pas encore allé faire du stand up là-bas. J’y suis allé pour des rencontres d’affaires parce que le spectacle bilingue s’est fait remarquer par des producteurs en France. Je devrais me produire bientôt en France. Mais surtout, je suis sorti avec une Française longtemps alors je connais bien la culture. [Rires]

C’est une relation qui t’a beaucoup inspiré?

Oui, et je pense qu’elle va se reconnaître dans le spectacle adapté pour la France.

Est-ce que tu as rencontré certains publics dans le monde qui étaient moins réceptifs à des blagues conçues pour eux?

Je pense que quand les gens voient un humoriste qui fait des blagues locales, ça crée une fierté. L’humoriste a remarqué des choses, il s’est adapté et il a fait un effort. L’humoriste s’est dit « Ah! Je vais faire quelque chose juste pour vous ». À Québec, ils ont une fierté énorme et je ne les ai pas lâchés de toute la soirée, sur tous les sujets, comme leur complexe d’infériorité. En arrivant sur scène, je leur ai dit : « Vous êtes mon village préféré dans la province! » [Rires] Après une ouverture comme ça, ils connaissaient le ton du spectacle.

Il y a deux ans, je pensais au gag en anglais et il fallait que je le traduise en français avant de le dire, alors il y avait toujours une seconde de retard et une seconde, en humour, c’est une seconde de trop. Maintenant, dès que je pense à quelque chose, ça sort en français dans ma bouche.

- Sugar Sammy

Ton héros d’enfance était Eddie Murphy. Maintenant que tu es adulte, as-tu un mentor, une nouvelle source d’inspiration?

Moi, je veux juste être sur la scène, je voudrais avoir une carrière super longue. Quand je regarde des gens qui ont eu une longévité dans le métier, c’est ça qui m’inspire le plus. Quelqu’un comme Don Rickles qui a 85 ans et qui est encore sur la scène, il est encore excité à l’idée de faire des spectacles. Moi, je voudrais ça. Me rendre là, regarder en arrière et me rendre compte que j’ai 60 ans de carrière. C’est toujours ça que j’ai voulu faire. Honnêtement, je ne pense pas qu’il y ait une autre job qui puisse me satisfaire autant que ce que je fais en ce moment. Je serais triste de ne plus pouvoir avoir ça un jour.

Tu n’as jamais caché ton intérêt d’aller voir du côté d’Hollywood. Tu as même suivi des cours de jeu. Beaucoup d’humoristes américains choisissent de faire des comédies de situation à la télévision. Est-ce toujours un rêve que tu chéris?

Ce n’est pas un rêve de destination : je ne veux pas me rendre-là et que ce soit la destination. Je veux que ce soit un à côté, quelque chose qui complète mon stand up. Je veux que la scène soit vraiment mon métier principal et les projets à côté, je les considère tout le temps. Si un projet m’intéresse vraiment, je songerai à le faire, mais mon rêve, ça a toujours été de faire de la scène.

Tu fais de la scène dans plusieurs langues. À ton avis, est-ce qu’il y a une langue pour la comédie?

Pour moi, ça a toujours été l’anglais, parce que j’ai appris mon métier en anglais, j’ai fait mes premiers pas en anglais. C’est en anglais que j’ai commencé à construire des gags et j’ai longtemps pensé en anglais. Mais là, en faisant une immersion du côté francophone, en travaillant avec des francophones tous les jours, je commence à penser en français aussi. Même sur la scène, quand j’improvise avec le public, mon cerveau improvise et pense en français. Il y a deux ans, je pensais au gag en anglais et il fallait que je le traduise en français avant de le dire, alors il y avait toujours une seconde de retard et une seconde, en humour, c’est une seconde de trop. Maintenant, dès que je pense à quelque chose, ça sort en français dans ma bouche. C’est le fun, mais si je me trompe de mots, des fois, ça donne complètement autre chose ou l’opposé de ce que je voulais dire. [Rires] J’ai fait des erreurs de ce type quelques fois, mais ça commence à changer et je réussis à trouver les bonnes expressions presque tout le temps. [Rires]

Es-tu maintenant la fierté de la communauté indienne de Montréal?

[Rires] Oui, les huit Indiens de la tribu! [Rires] De plus en plus, ce ne sont pas juste les Indiens, ce sont des gens de toutes les communautés qui m’interpellent. Ils me disent « On est fiers, on aime ton spectacle, tu nous représentes bien », et ça fait du bien de voir ça. J’ai été très surpris de voir de quelle façon les Marocains m’arrêtent, les Haïtiens aussi. Tout le monde d’adopte comme leur humoriste, je pense.

As-tu rencontré des adolescents issus de ces communautés qui veulent être le prochain Sugar Sammy?

Oui et je leur dis « Ne faites pas ça! » [Rires] Pour vos mères, pour vos parents, trouvez quelqu’un d’autre qui a plus d’allure comme inspiration. [Rires] Je leur dis : « Vous ne me connaissez pas personnellement. Je suis un désastre! Devenez médecin! » [Rires]

Le site officiel de Sugar Sammy