Blogue de Karyne Lefebvre

Ingrid St-Pierre : trajectoire solaire

Mardi 6 novembre 2012 à 10 h 07 | | Pour me joindre

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Ingrid St-Pierre ©LePoun

Discuter avec Ingrid St-Pierre, ne serait-ce que quelques minutes, fait automatiquement naître un large sourire dans votre visage. Difficile de résister à son bonheur contagieux, celui d’une fille qui se pince chaque jour pour être certaine que tout ce qui lui arrive est bel et bien réel. L’auteure-compositrice-interprète lance ces jours-ci un deuxième album, L’escapade, où elle emporte piano et compositions dehors, jouer dans les feuilles d’automne.

Ingrid, en quelques mois à peine, tu es passée de l’anonymat à une récolte de trois nominations à l’ADISQ. Ce n’est quand même pas mal!

C’est un beau rêve de petite fille. Je ne me souviens même pas comment j’ai appris que j’étais en nomination tellement j’étais énervée! [Rires] J’ai appelé ma mère tout de suite, j’ai appelé ma famille pour lui annoncer la nouvelle. C’est sûr qu’on ne fait pas ce métier-là pour les prix, mais ça fait du bien d’être reconnue par ses pairs, par les gens du public. Ça donne de l’énergie pour continuer. Juste ces nominations-là, pour moi, c’était énorme.

Tu présentes maintenant L’escapade, le fruit de longs mois de travail. As-tu eu de la difficulté à laisser l’album voler de ses propres ailes en le révélant enfin au grand public?

Je l’ai tellement écouté! On finit par avoir le cerveau en compote après l’avoir écouté et réécouté, et avoir douté, redouté, avoir été contente puis n’avoir plus été contente… [Rires] À un moment donné, à force d’essayer de toujours avoir le meilleur disque possible, tu ne vois plus rien. Il a fallu que je prenne une pause, que j’arrête de l’écouter. Mais je suis vraiment contente du résultat. J’espère que les gens vont l’aimer aussi!

« Je voyais ça vraiment comme dans les films, un peu ingrat et tout ça, et c’est vrai qu’il y a un côté plus difficile, mais je me suis rendu compte à quel point j’avais toute une famille autour de moi… »

- Ingrid St-Pierre

Avec Ma petite mam’zelle de chemin, la plupart des chansons avaient eu une vie avant de se retrouver sur l’album. Tu les avais promenées et chantées, tu connaissais leur effet sur le public. Y a-t-il une nervosité supplémentaire, cette fois-ci, en présentant de toutes nouvelles chansons?

Du nouveau à offrir, c’est vraiment chouette! Ce sont des chansons que j’ai écrites dans la dernière année, sauf une qui date de très longtemps et que je n’avais pas pu mettre sur le premier album. Mais j’ai eu la chance : chaque fois que je terminais une nouvelle chanson, je me dépêchais de la faire en spectacle. Je suis toujours pressée de retrouver ce feeling-là, de me laisser tomber sans filet avec une chanson qui n’est presque pas terminée. La chanson va vivre à travers les spectacles, prendre une forme différente, parfois. J’ai donc pu déjà voir la réaction des gens à mes chansons et ça m’a vraiment encouragée.

Que dévoile L’escapade sur toi que ne nous disait pas ton premier album?

L’escapade, le deuxième album d’Ingrid St-Pierre

Dans les 18 mois qui séparent cet album-là du précédent, ma vie a été complètement bouleversée. Ça a été un grand changement dans toutes les sphères de ma vie, mais pour le mieux, parce que je suis très heureuse de la façon dont ça s’est passé. Je le vois comme une continuité de Ma petite mam’zelle de chemin. C’était un album qui racontait un peu tout le chemin fait pour en arriver là. Pour L’escapade, chaque chanson est une petite escapade qui fait voyager par sa couleur, par l’histoire que je raconte, par ses personnages. Certaines chansons sont encore très autobiographiques, naturellement, et d’autres sont complètement inventées.

Est-ce que dans les 18 derniers mois, tu as eu le temps de faire autre chose que des spectacles?

C’est sûr que j’étais vraiment dans la musique. C’est ce qui m’a animée durant les derniers mois, mais c’est par plaisir, par exemple. Je n’ai tellement pas l’impression que c’est du boulot! Cet été, j’étais en Suisse, j’avais des spectacles là-bas avec Camille, ma meilleure amie et ma violoncelliste, et on se disait : « Mon Dieu, présentement, c’est ça notre boulot! » On a un privilège extraordinaire de rencontrer des gens et d’entrer en contact avec eux par la musique! C’est tellement un lien particulier que je ne tiendrai jamais ça pour acquis. C’était ça mon univers cette année, alors j’ai eu le temps d’en profiter. J’ai déménagé à Montréal parce que j’étais à Trois-Rivières depuis plusieurs années pour mes études. Maintenant, je savoure la ville. Et j’ai pu me promener un peu partout au Québec et en Europe. J’ai pu apprivoiser ce métier-là.

Depuis que tu fais ce métier de façon professionnelle, qu’est-ce qui t’a surprise le plus?

J’ai eu beaucoup de surprises! [Rires] Je voyais ça vraiment comme dans les films, un peu ingrat et tout ça, et c’est vrai qu’il y a un côté plus difficile, mais je me suis rendu compte à quel point j’avais toute une famille autour de moi : ma maison de disque [La Tribu]. J’ai confiance en eux et c’est ce qui fait que je suis bien. Ça m’a agréablement surprise et réconfortée. J’ai l’impression d’avoir tout plein de grandes sœurs et de grands frères. Sinon, tout le reste, je m’attendais un peu à ce chamboulement de vie, au fait que j’habite toujours dans mes valises, que je n’ai pas vraiment de temps pour moi, mais je savoure ça et je suis vraiment passionnée par ce métier-là.

Y a-t-il eu de nouvelles inspirations, de nouvelles influences dans ces deux dernières années?

Beaucoup. Je pense à Sigur Rós. J’ai toujours adoré Sigur Rós, son univers enveloppant, presque aérien. C’était déjà un peu présent sur l’album précédent, mais étant à la réalisation de cet album-ci avec Louis Legault, j’ai pu me diriger encore plus vers ça. C’est vraiment un album d’automne, qu’on écoute emmitouflé avec une tasse de chaï latté, tu sais? [Rires] J’ai écrit l’album en baignant dans cet univers-là, et je le présente aux gens dans ce même univers. C’était super important pour moi. J’espère tellement que les gens vont l’apprécier. Le premier album était plus dépouillé, très simple dans les arrangements parce que ses chansons avaient déjà eu une vie sur scène et que j’avais beaucoup de difficulté à les entendre autrement. Les nouvelles chansons ont pu être jouées sur d’autres instruments. J’ai été accompagnée par un quatuor sur scène, donc j’ai pu imaginer les chansons un peu plus grandes, un peu plus émancipées. [Rires] J’ai eu envie de mettre un peu plus d’instruments, tout en gardant un côté très simple.

« On a vraiment une belle année qui s’annonce (…) Je suis tout énervée! J’ai les yeux qui pétillent et j’ai toujours des papillons dans l’estomac! » [Rires]

- Ingrid St-Pierre

L’été dernier, il y a eu cette collaboration sur Duos improbables avec Les Denis Drolet. Y a-t-il d’autres artistes que le métier a mis sur ton chemin?

Sur Duos de mes chansons… au Québec, Ingrid St-Pierre interprète Quelque chose et moi, avec Gérard Lenorman. La sortie de l’album est prévue pour le 13 novembre prochain.

J’ai rencontré dernièrement Gérard Lenorman, avec qui j’ai fait un duo sur l’album qui sortira au Québec. Ça a été tellement charmant, tellement beau de rencontrer l’homme, le personnage et l’œuvre! Ma mère était tellement contente! [Rires] Moi aussi, parce qu’on a chanté ses chansons qui jouaient quand j’étais toute petite. C’est tellement le funde vivre des moments comme ça! Cet été, j’ai passé 10 jours avec Gilles Vigneault. Ça a été extraordinaire! Il rencontre de jeunes artistes de la relève pendant plusieurs jours, c’est un peu comme une classe de maître avec M. Vigneault, à Natashquan. On a monté un spectacle aussi. Je suis reconnaissante pour toutes ces rencontres, je m’en inspire et j’essaie de m’imbiber de toute cette énergie-là! [Rires]

As-tu d’autres fantasmes de chanteuse? (Rires)

Tellement! Chez les artistes anglophones, je pense à Regina Spektor. Je l’aime, j’adore son énergie. Chris Garneau aussi, un New-Yorkais qui compose lui aussi pour piano et voix et qui s’accompagne de toutes sortes d’instruments. Ce sont des rêves complètement improbables, comme celui de rencontrer Sigur Rós. Je ne fais que lancer ça dans l’univers et je prends plaisir à y rêver. Ça ne coûte rien.

Il y a eu 18 mois entre ton premier et ton second album : où te vois-tu dans un an et demi?

On dirait que cette année, j’ai vraiment développé le réflexe de vivre ça maintenant, là, pendant que ça se passe. Je n’ai pas le choix. Par exemple, si j’avais pensé trop tôt à mon premier séjour à Paris en première partie de Robert Charlebois [elle l'accompagnait du 16 au 20 octobre dernier], je serais morte de trouille! [Rires] On dirait que j’essaie de ne pas voir trop loin pour m’éviter des déceptions ou du stress. Quand je suis en spectacle, ça se passe là, et après, on verra. Mais pour l’avenir, c’est sûr que j’y pense un peu. Tu vois, juste avant qu’on se parle, j’étais en train de composer une nouvelle chanson, alors je commence déjà à écrire pour le troisième album. J’aimerais ouvrir mes horizons. On travaille fort pour l’Europe, aussi. On a vraiment une belle année qui s’annonce, beaucoup de spectacles : je pense que j’ai 24 dates en novembre! Je suis tout énervée! J’ai les yeux qui pétillent et j’ai toujours des papillons dans l’estomac! [Rires]

C’est comme un rendez-vous amoureux?

Oui, c’est ça! C’est tellement bien dit. C’est un rendez-vous amoureux perpétuel. [Rires]

Le site officiel d’Ingrid St-Pierre