Chaque année en mai, Cannes troque son calme de station balnéaire et revêt ses paillettes pour accueillir la plus grande foire du cinéma du monde. Starlettes, grandes premières, fêtes sur invitation : le ton est à la démesure pendant les 12 jours du festival.
Chez le journaliste passionné de cinéma, couvrir le Festival de Cannes pour la première fois peut susciter des émotions mixtes. Comment ne pas perdre la tête au milieu de la fête? Comment faire sa place quand 4000 journalistes se disputent tous les mêmes entrevues?
Cinq journalistes qui ont survécu à la folie du festival ont accepté de partager avec nous leur petit guide de survie cannois.
Aujourd’hui, la fin de notre dossier avec Helen Faradji.
Helen Faradji
Rédactrice en chef du webzine revue24images.com, chroniqueuse cinéma chez Catherine Perrin à la Première Chaîne de Radio-Canada, blogueuse pour MSN.ca et collaboratrice à Ciné TFO.
Est allée à Cannes en 2001 et 2002, puis en 2012. Y retournera cette année.
Statut de journaliste : détentrice d’une carte rose, anciennement d’une carte jaune.
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Comment votre toute première fois à Cannes s’est-elle déroulée?
Les deux premières fois, c’était vraiment en amateur pour la radio CISM. Je suis originaire de Strasbourg, en France, et je venais d’arriver à Montréal, en 1999. Mes amis de Strasbourg, avec qui j’avais commencé à faire de la radio, allaient à Cannes. On a loué un appart tout ensemble. C’était un joyeux bordel! Ça a été de la pure magie. Je n’en revenais pas. Je me doutais bien de ce que ça pouvait être, mais quand je suis arrivée sur place, ça a été le pied absolu! Vraiment, voir les meilleurs films de l’année, les meilleurs de la planète, avec les meilleurs journalistes aussi… Être près de la plage, ça aide aussi un peu. Il y a une ambiance tellement consacrée au cinéma que pour une cinéphile un peu compulsive comme moi, ça a été le pur bonheur!
À quelle catégorie de journaliste apparteniez-vous lors de votre première visite?
J’avais une accréditation jaune. Il faut dire qu’à l’époque, il n’y avait pas encore l’explosion des blogues et des réseaux sociaux. Donc, il y avait quand même moins de gens qui étaient amenés à couvrir le festival. Avec mon accréditation jaune, j’ai pu entrer absolument partout. Je sais que, maintenant, c’est un peu plus difficile pour les gens qui ont des cartes jaunes.
Et comment s’est passé votre retour à Cannes l’an dernier, dix ans après votre visite précédente?
J’ai été étonnée : j’existais toujours. Le service de presse là-bas est extrêmement rigoureux. Ils savent exactement qui est accrédité et pour quoi. Évidemment, entre-temps, j’avais changé de média, alors j’ai eu la chance d’avoir une carte rose. Ça aide beaucoup, quand même, parce que tu as moins de temps d’attente. C’est ce qui est pénible à Cannes, attendre. Mais, carte rose, rose avec une pastille, blanche… on voit tous les mêmes films.
Quel est votre meilleur souvenir de Cannes?
En 2002, j’étais allée à la projection du deuxième nouvel épisode de Star wars. À l’époque, on ne savait pas encore que ça allait être mauvais, mais à Cannes, c’était incroyable! J’étais avec tout plein d’amis et on avait réussi à se trouver des billets pour la projection officielle avec l’équipe du film dans la salle. Par un hasard incroyable, j’ai eu un billet qui m’a permis de m’asseoir dans la rangée de George Lucas. J’étais comme folle!
À quel endroit retournez-vous, année après année?
Au Petit Majestic. C’est un bar derrière la Croisette où, en général, les gens se retrouvent après les fêtes. Et ce qui est très rigolo, c’est que c’est tout petit, donc, tout le monde est sur le trottoir. C’est extrêmement sympathique et on y rencontre plein de gens.
Quelle est la chose à mettre absolument dans ses valises pour survivre à Cannes?
J’en ai plusieurs. Ça va du parapluie au petit chapeau pour se protéger du soleil, mais surtout, je prends un livre pour les files d’attente. Je suis d’ailleurs en train de me demander quel bouquin je vais m’acheter. Il faut qu’il soit long, qu’il soit passionnant. J’en suis là dans ma préparation : trouver le bon livre pour aller à Cannes!
Quel est votre truc pour ne pas perdre votre calme quand tout se déglingue?
Ce qui peut être difficile à Cannes, c’est le sentiment que tu vis sur une autre planète. Je trippe cinéma à 200 %, mais j’aime aussi tout le reste : la politique, savoir ce qui se passe dans le monde… Honnêtement, quand tu es à Cannes, c’est un peu difficile d’y avoir accès. Les gens ne parlent que des films qu’ils ont vus, que de cinéma. Tu as l’impression d’être dans une bulle autiste. Vers la fin du festival, ça devient un peu pesant. C’est presque un trop-plein. Alors, de temps en temps, faire une petite pause, lire un journal, aller se tremper les pieds dans l’eau, j’ai besoin de ça.
À Cannes, si on a une petite heure devant soi, on fait la fête, on va à la plage ou on dort?
On fait une petite sieste! C’est plus que nécessaire. Ça finit tard, Cannes. On est dans une ambiance un peu fofolle et on n’a pas envie d’aller se coucher. C’est surtout ça qui est difficile. Dans la journée, ma contrainte, c’est principalement d’aller voir les films en compétition. À mon humble niveau, ce n’est pas vraiment des problèmes d’horaire, mais davantage de la fatigue. (Rires)
Votre premier café du matin, vous le prenez…
À l’hôtel.
Que faites-vous pour vous remettre sur pied après la frénésie de Cannes?
Je pars en vacances juste après. Oui, on fait le plein, mais après ça, le retour peut être déprimant parce que tu te retrouves avec des films qui sont d’un intérêt moindre, disons. Alors, je prends une pause pendant le mois de juin.
Vous retournez toujours à Cannes parce que…
Parce qu’on y fait toujours des rencontres. Tu as l’impression de faire partie d’une gang, même si tu es là à ton tout petit niveau. Dans les longues files d’attente, tu parles à d’autres critiques, tu vois comment ça se passe chez eux. Et justement, je trouve que dans ces moments où le monde du cinéma est en crise, que ce soit du côté de la production, de la distribution ou de la critique, j’ai l’impression qu’on a tous besoin de se serrer les coudes. Il y a quelque chose d’un peu réconfortant d’être à Cannes, de voir que la passion est encore là, qu’elle est bien vivante. Ça recharge les batteries.
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Pour suivre Helen Faradji à Cannes, écoutez Catherine Perrin tous les jours, entre 9 et 11 heures, pendant le Festival.
Pour tout savoir sur l’édition 2013 du Festival de Cannes, consultez le Radio-Canada.ca/cannes












