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Bahador ZabihiyanComptes Twitter factices mais succès réel

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 publié le 31 juillet 2013 à 14 h 16

Les comptes Twitter parodiant des personnages, des entreprises ou des organismes sont nombreux, mais certaines de ces interfaces fictives ont un succès bien réel, à l’instar de ceux de Statistique Canada, ou de Radio-Canada.

Le compte satirique de l'ascenseur de Radio-Canada.Les murs ont des oreilles, selon un vieil adage. Et dans l’édifice de Radio-Canada à Montréal, les ascenseurs ont un compte Twitter, qui reprend des conversations réelles ou fictives qu’auraient eues ceux qui les empruntent.

En résultent des tweets sarcastiques, moqueurs, mais en général drôles, à en juger par le nombre de personnes (plus de 12 000) qui suivent @AscenseurRC.

Le créateur du compte non officiel dit être un « pigiste » dans le domaine « culturel », lors d’une entrevue réalisée par messagerie instantanée et par téléphone. Il emprunte ainsi les ascenseurs de la « grande tour » de Radio-Canada, au gré des contrats qu’il obtient.

Beaucoup des conversations qu’il résume en 140 caractères sont typiques « de la vie de bureau », selon lui. Mais l’édifice de Radio-Canada est connu du grand public, ce qui expliquerait, en partie, l’intérêt que le compte suscite, selon son créateur. « Du fait que [la tour] est un peu en retrait et très visible, monsieur et madame Tout-le-Monde savent où est Radio-Canada, mais pas nécessairement V, Le Journal de Montréal ou La Presse », explique-t-il.

C’est lui-même qui rédige la grande majorité des tweets, en s’inspirant de l’actualité, des conversations qu’il entend autour de lui et dans les ascenseurs qu’il emprunte. Les courriels qu’il reçoit du public ou des employés de Radio-Canada lui inspirent aussi quelques tweets, à l’occasion.

Fausses statistiques, mais vrais blagues

Les comptes Twitter satiriques comme celui de l’ascenseur pullulent, mais certains ont plus de succès que d’autres. Ainsi, le compte @stats_canada, qui tourne en dérision les statistiques sur les Canadiens, est suivi par 197 000 personnes, soit trois fois plus de personnes que le compte officiel de Statistique Canada.

Un compte qui tourne en dérision les statistiques canadiennes.Lancé l’année dernière, il est géré par six personnes, qui collaborent afin de trouver les tweets les plus drôles possible, a expliqué un membre de @stats_can, lors d’une entrevue par messagerie instantanée.

Chaque message de 140 caractères est généralement agrémenté d’une statistique factice qui met en lumière ou tourne en dérision un aspect de la culture canadienne. Les membres du groupe travaillent dans divers domaines, mais ils ont un point commun : ils n’aiment pas l’humour canadien traditionnel.

« L’humour canadien est gentil et poli, mais nous pensons que les Canadiens ne le sont pas […] On s’efforce de trouver des histoires et des sujets qui rejoignent vraiment les Canadiens », a expliqué un des membres du groupe, qui veut rester anonyme. Contrairement aux idées reçues, les Canadiens ont « des opinions parfois très controversées », estime-t-il.

Le succès du compte Twitter a intéressé une importante maison d’édition. Les six acolytes ont travaillé sur un livre, qui explique la mentalité canadienne en humour et en statistiques factices. L’ouvrage sera en vente cet automne.

De son côté, le créateur du compte de l’ascenseur de Radio-Canada pourrait aussi profiter de son succès sur les réseaux sociaux. Il a déjà informé plusieurs employeurs potentiels qu’il est celui derrière le compte.

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Un Québec indépendant, dans lequel il est formellement interdit de parler anglais au risque d’avoir affaire à une police de la langue aux méthodes expéditives: c’est le thème de trois vidéos humoristiques produites par un groupe d’artistes anglophones de Montréal.

Un police de la langue (fictive), aux méthodes expéditives.« Quand on parle en anglais à Montréal dans ce Québec du futur (fictif), c’est une offense criminelle et le français est la seule langue légale », peut-on lire sur YouTube, où les vidéos ont été publiées.

Dans ce Québec, devenu indépendant, les sergents LaJoie et Bourguignon de l’Office québécois de la langue française, parcourent les rues de Montréal, pour pourchasser les anglophones. Ils appliquent, non sans zèle, les nouvelles règles de la loi 101.

Ainsi, un anglophone intercepté avec un dictionnaire anglais et un muffin anglais se voit passible d’un séjour de deux ans à l’école française.
Les deux agents ne reculent devant rien: ils effectuent même des missions d’infiltration, lors desquelles ils parlent anglais en se faisant passer pour des Saskatchewanais, dans le but de prendre leurs interlocuteurs en flagrant délit de non-utilisation du français.

L’humour est décapant et surtout sarcastique. C’est ainsi que le décrit le réalisateur anglophone Rodney Ramsay. Un moyen pour lui de critiquer les récents débats linguistiques qui ont eu lieu au Québec, notamment autour de l’affaire du Pastagate. « Tout ceci était tellement ridicule », dit-il. Selon lui, il y a eu trop de tensions linguistiques ces derniers temps au Québec. « Vous ne pouvez pas l’ignorer, c’est tout le temps dans votre figure (…), tout ça est allé trop loin », pense-t-il.
L’humoriste Derek Seguin, qui joue le rôle du sergent LaJoie, est du même avis. « L’affaire avec Pastagate, j’avais une petite honte (…) ça a montré aux gens trop partisans de la loi 101 qu’il y a peut-être des limites, qu’on devait réfléchir à ça », explique-t-il.

Il voit dans ces vidéos une manière de montrer au reste du Canada que les Québécois peuvent rire d’eux-mêmes. « Avant que les anglophones ne se mettent à rire de nous en faisant des sketchs de même, on a décidé de le faire nous-mêmes », dit-il.
Rodney Ramsey espère mettre en ligne d’autres épisodes de sa série « The Language Police ». Idéalement, il souhaiterait en produire 101, en guise de clin d’œil à la loi 101, lance-t-il.
Que pensez-vous de ces vidéos?

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Vincent GrouQuand l’humour s’invite au conclave

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 publié le 13 mars 2013 à 8 h 30

Maintenant que les cardinaux sont en huis clos, plus rien n’émane du conclave, à part quelques signaux de fumée, tous noirs jusqu’à maintenant.

Impossible, donc, d’en savoir davantage sur les discussions des cardinaux, d’autant plus qu’ils ont prêté le serment de ne rien dévoiler sur ce qui s’y sera passé. Ce qui se dit au conclave reste au conclave.

Le tout laisse donc très peu de matière aux médias qui couvrent l’événement en long et en large, et qui sont condamnés à spéculer, à analyser et à expliquer le déroulement du scrutin, en attendant l’élection du nouveau pontife.

De leur côté, le web et les réseaux sociaux n’ont pas tardé à se tourner vers l’humour pour combler le vide. Par exemple, cette citation de l’animateur David Letterman, qui fait référence aux présidentielles américaines, circule abondamment : « Aucun pape n’a été élu sans obtenir l’appui de l’Ohio ».

Twitter, terreau fertile pour les courtes citations qui ont du punch et les mots d’esprit, s’avère particulièrement généreux en matière d’humour.

Voici donc une petite recension des différents sourires en coin qui peuplent la toile pendant le conclave :

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Le Washington Post propose aujourd’hui une entrevue avec l’auteur du site Bad Lip Reading.

Il s’agit d’un site sur lequel on retrouve une forme de parodie très connue : de bons vieux doublages. Sauf qu’ils sont exécutés ici avec une grande virtuosité. Et sont absolument tordants, car ils mettent des paroles sans queue ni tête dans la bouche de politiciens comme Michele Bachmann, Rick Perry, Barack Obama et Mitt Romney.

L’auteur du site, qui tient à rester anonyme, explique que sa mère, atteinte de surdité dans la quarantaine, a rapidement développé la capacité de lire sur les lèvres des gens. Par émulation, il a tenté de faire la même chose, en regardant la télévision sans volume. Il a vite constaté que les gens semblaient dire de parfaites absurdités.

Après avoir peaufiné son talent pendant un certain temps, il a d’abord parodié des vidéoclips. Gang Fight, parodie de la chanson Friday, de Rebecca Black, a d’ailleurs connu un vif succès.

Mais il a vite réalisé que les politiciens lui donnaient de l’excellent matériel à parodie. Les vidéos les plus récentes mettent donc en vedette de potentiels candidats à la présidentielle américaine de 2012. L’auteur du site dit toutefois que ses vidéos n’ont aucune motivation politique et n’ont pour but de nous présenter les parodiés sous un autre jour… et de faire rigoler.

Mission accomplie, semble-t-il, car au total, les vidéos de Bachmann, d’Obama, de Perry et de Romney ont été vues près de 4 millions de fois depuis la mi-septembre.

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La fausse nouvelle publiée par The Onion

Le site du journal satirique The Onion est-il allé trop loin en annonçant une prise d’otage au Congrès américain? C’est la question que se posent jeudi matin The Daily Edge, le Time et de nombreux internautes.

Jeudi matin The Onion (qui, précisons-le, se spécialise dans les fausses nouvelles) a publié un texte annonçant que des membres du Congrès, armés de pistolets et d’armes semi-automatiques, avaient pris un groupe d’enfants en otage.

Sur Twitter, The Onion a fait circuler la « nouvelle » en annonçant d’abord que des cris et des coups de feu avaient été entendus au Capitole et que la prise d’otage était en cours, que les otages sont des enfants, qu’un hélicoptère de la police a essuyé des tirs du représentant Ted Franks, que deux accompagnantes sont également prises en otage, qu’un magasin d’armes d’Arlington, au Texas, confirme que le représentant républicain Eric Cantor s’est récemment procuré un véritable arsenal et qu’un otage a envoyé une vidéo tournée de l’intérieur (avec la fausse vidéo à l’appui).

Ces messages ont été abondamment relayés, en grande partie par des gens qui connaissent The Onion et qui savaient très bien qu’il s’agissait d’une blague, mais aussi par beaucoup d’internautes qui ne connaissent peut-être pas le journal satirique et qui n’ont pas saisi qu’il s’agissait d’une farce. Plusieurs messages ont également été relayés sans la mention « RT @TheOnion », puis probablement repris par des gens trop pressés de relayer l’information pour prendre le temps de vérifier la source. La police du Capitole a même indiqué avoir vu de faux messages, sur Twitter, et a cru bon de préciser qu’aucune prise d’otages n’était en cours.

De vives discussions sont donc en cours en ce moment même sur Twitter, sous le mot-clé #CongressHostage, pour déterminer si, oui ou non, The Onion est allé trop loin. C’est le cas de nombreux usagers, qui croient que le sujet est trop délicat et que la blague est de mauvais goût. D’autres, au contraire, prennent la défense du journal et croient que la blague est excellente. Un grand nombre affirme que les internautes devraient savoir que The Onion est un journal satirique qui n’a jamais rien publié de trop sérieux.  Comme le mentionne le journaliste de NPR Andy Carvin, de nombreux internautes ont cru que le site et le compte Twitter du journal satirique avait été piraté, car la blague allait trop loin.

Chose certaine, le journal ne semble pas se formaliser des critiques. En effet, The Onion a continué d’envoyer des tweets sur la fausse prise d’otages pendant la controverse.

Peut-être sans le vouloir, The Onion a réussi à souligner (on ne le répétera jamais assez) l’importance de vérifier la source avant relayer une information. Même (et surtout) avec un média comme Twitter, dont la marque de commerce est l’instantanéité. Dans un fil Twitter où des dizaines de messages défilent à la minute, il est très (trop?) facile de voir, du coin de l’oeil, passer les mots « Capitole » et « prise d’otages » et de retweeter le plus vite possible afin d’être parmi les premiers à avoir répandu la nouvelle. L’incident rappelle également l’importance de ne pas enlever la mention RT lorsqu’on envoie un retweet. Il ne s’agit pas d’une simple marque de courtoisie.

Et vous, vous en pensez quoi? The Onion est-il allé trop loin?

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