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L’armée israélienne et la branche armée du Hamas ont massivement investi les réseaux sociaux pour tenter de montrer la guerre à Gaza par leur lorgnette, comme le montre notre agrégation au bas de l’article.

C’est la première fois que ces deux groupes utilisent massivement les réseaux sociaux dans une guerre. Mais c’est aussi la suite logique des développements en matière de propagande depuis le début du XXe siècle, comme nous l’explique Claude Beauregard, spécialiste des communications à l’école des Médias de l’UQAM.

« Ça existait pendant les deux guerres mondiales. Mais avec les technologies modernes, les choses ont drôlement changé », analyse-t-il. Et d’ajouter qu’aux quatre dimensions traditionnelles de la guerre (terrestre, aérienne, navale et spatiale) se sont ajoutées deux autres d’importance : les communications et le cyberespace.

Les câbles de télécommunications, la radio, puis la photo

Les câbles de télécommunication représentaient un enjeu majeur lors de la Première Guerre mondiale, tout comme la radio lors de la Deuxième. Et puis la photo s’est imposée au Vietnam, une guerre où les photographes « avaient l’autorisation de se promener partout sur le terrain », rappelle Claude Beauregard.

« Les généraux américains disent qu’ils ont perdu la guerre du Vietnam dans les foyers américains. » – Claude Beauregard, spécialiste des communications à l’école des Médias de l’UQAM

« Se met ensuite en place une réflexion sur le contrôle de l’image et l’armée britannique arrive avec une solution : le contrôle de l’accès aux lieux. Si vous n’avez pas accès aux lieux, vous êtes dépendants des services de relations publiques », analyse M. Beauregard.

Une histoire de la propagande militaire

Guerre du golfe : la vidéo s’impose

Le premier exemple de ce mode de contrôle de la presse se mettra en place lors de la guerre des Malouines. Mais devant le tollé provoqué par ces méthodes chez les journalistes, l’armée américaine tente une autre approche pour la Guerre du Golfe en planifiant ses opérations au niveau des communications. C’est aussi une révolution technologique avec l’arrivée de la vidéo et du satellite. « La vidéo a remplacé l’appareil photo. Couplée au satellite, ça nous donne la télévision en direct, [l’effet CNN]. Un journaliste de CNN se trouve sur un toit à Bagdad et on voit la ville se faire bombarder », détaille Claude Beauregard.

Les journalistes qui peuvent aller sur le terrain sont sélectionnés et regroupés en « pool ». Leurs images sont censurées, avant d’être redistribuées et mises à disposition des autres médias. Les autres journalistes en sont réduits à suivre les ponts de presse du général Schwarzkopf. Certains journalistes, notamment français, décident de contourner le système en s’achetant du matériel dans des magasins de surplus militaires. On les baptisera les FTP, pour « Fuck the pool », et ils ramèneront des clichés « exceptionnels » de ce conflit, selon les mots de M. Beauregard.

C’est aussi à cette époque que les communicants créent plusieurs mots qui feront date, une sorte de novlangue de la guerre, estime le chercheur : « On ne dit plus 10 civils tués, mais dommages collatéraux. Ou encore bombe intelligente. C’est surprenant de voir comment les journalistes ont aussi accepté ce vocabulaire ».

Le web et Al Jazeera

Le web fait son apparition comme outil de propagande lors de la guerre en ex-Yougoslavie. Puis arrive le 11 septembre 2001 et la riposte américaine en Afghanistan. L’armée empêche les journalistes d’assister aux opérations en Afghanistan, si bien que les télévisions américaines reprennent les images d’un nouvel acteur : Al Jazeera. Ces images n’auront pas l’heur de plaire à l’armée américaine : « On vous montre des civils morts, toutes sortes d’images qui finalement remettent en question cette intervention. Il n’y a rien de pire pour les civils de voir d’autres civils tués », commente l’analyste.

Cette guerre marque un tournant pour les États-Unis. « On dit que c’est à partir de ce moment que les Américains ont perdu l’avantage stratégique communicationnel, à cause de la télé satellite. Des pays peuvent créer des stations de télé et envoyer des images à travers le monde ».

Le Pentagone fait donc marche arrière et revient à une méthode de la Deuxième Guerre mondiale : intégrer les journalistes aux soldats (les « embedder »). « Quand les journalistes travaillent avec les militaires, ils vont inévitablement créer des liens et ils n’écriront pas des choses controversées sur eux. En plus, l’armée s’assure d’avoir ainsi des images intéressantes ».

L’appareil photo numérique en Irak

Lors de la seconde guerre en Irak, l’apparition des appareils photo numériques change la donne en transformant la moindre personne en témoin potentiel. Abou Ghraib, les cercueils rapatriés; autant d’images coulées aux médias qui font dire à Claude Beauregard que « les Américains ont alors perdu le contrôle de l’information ».

Les médias sociaux font leur apparition en Afghanistan

Viennent ensuite les médias sociaux. Leur émergence dans les guerres n’est toutefois pas tout à fait nouvelle. On voit par exemple les talibans et l’OTAN s’en servir en Afghanistan.

Mais le fait que les soldats s’en servent aussi personnellement montre aussi que l’essor des réseaux sociaux est avant tout la conséquence d’une nouvelle révolution technologique, selon Claude Beauregard : les téléphones intelligents et leur capacité d’accéder rapidement à Internet. « C’est une suite logique. On a de nouveaux outils de communication et on va s’en servir à des fins guerrières », croit-il.

L’armée israélienne a commencé à réfléchir à l’intégration des réseaux sociaux dans ses outils dès 2011 avec un investissement de 1,63 million $ pour enrôler des « combattants des nouveaux médias », note Business Insider.

Plusieurs observateurs soulignent qu’Israël a auparavant perdu plusieurs batailles sur le terrain de l’opinion publique. Le chercheur Michael Koplow estime que ce fut le cas lors de l’opération Plomb durci en 2008, tandis que Business Insider évoque un « désastre sur les réseaux sociaux » avec l’arraisonnement d’une flottille en direction de Gaza en 2010.

Mais selon M. Koplow, l’actuelle stratégie israélienne pourrait s’avérer risquée.

« Plutôt que de donner l’impression qu’Israël fait un travail qu’elle ne voulait pas avoir à faire, aussi rapidement et efficacement que possible, le compte Twitter de l’armée israélienne donne plutôt une impression de vantardise, ce qui va mener à une foule de problèmes ensuite. » – Michael Koplow, chercheur spécialisé dans le Moyen-Orient

L’arrivée des différents protagonistes sur les réseaux sociaux pourrait aussi s’expliquer par la nécessité d’être le plus rapide au niveau de l’information. « Ce qui se passe dans la stratégie au niveau de l’information, c’est de toujours être le premier. Vous avez un avantage stratégique, l’autre doit ensuite s’expliquer. À partir du moment où vous menez la danse, les autres ne font que réagir », analyse Claude Beauregard.

D’ailleurs, le groupe « Chrétiens unis pour Israël », le plus grand groupe pro-Israël aux États-Unis, a lancé une campagne pour bannir le Hamas de Twitter, rapporte le quotidien israélien Haaretz. « En autorisant le Hamas à avoir un compte Twitter, vous lui fournissez un service important et un outil de communication extrêmement important qui sont centraux pour terroriser les Israéliens et marquer des points politiques avec la mort de civils », peut-on lire dans la lettre en ligne.

Les réseaux sociaux pris d’assaut dans la guerre à Gaza

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Vincent GrouWar Toys, la paix et la thérapie par l’art et le jeu

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 publié le 11 juillet 2011 à 11 h 21

War Toys, c’est le fascinant projet du photographe américain Brian McCarty, artiste qui se spécialise dans la photographie de jouets mis en scène dans des décors et des situations grandeur nature.

L’hiver dernier, il s’est rendu en Israël, à Jérusalem-Est, en Cisjordanie et à Gaza, pour y rencontrer des enfants qui vivent le conflit israélo-palestinien. En collaboration avec des ONG locales, il a participé à des séances de thérapie par l’art et le jeu, à travers lesquelles les enfants ont davantage de facilité à s’exprimer, explique-t-il.

En plus de témoigner de la guerre, de l’occupation et des actes terroristes, War Toys a pour but d’initier les enfants à la photographie. Lors de séances photo dirigées par les jeunes, des scènes de leur quotidien, comme des bombardements, des échanges de tirs ou des passages à des points de contrôle, sont recréées avec des jouets. On peut en voir des exemples ici. Cette courte vidéo montre l’envers du décor d’une séance photo.

Dans le blogue du projet, Brian McCarty, en plus de tenir un journal de bord, se livre à différentes réflexions sur la guerre et les jouets de guerre, notamment.

À l’automne, il doit retourner sur place pour achever un documentaire qui témoignera du projet, de la vie et des oeuvres des enfants et du travail des ONG. Une pré-bande-annonce a été mise en ligne la semaine dernière.

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La flottille internationale pour Gaza n’a pas encore pris le large,  mais déjà, on assiste à une véritable guerre de mots, sur Internet, entre les partisans et les opposants de cette expédition.

Du côté des partisans, Freedom Flotilla, site officiel de la flottille, tente de convaincre les internautes du bien-fondé de la mission. Sur le site, tout comme sur les pages Facebook et Twitter du groupe, on publie moult articles et communiqués qui expliquent la nécessité de la flottille ou qui accusent l’État hébreu de sabotage. Les responsables invitent par ailleurs toute organisation internationale indépendante à inspecter les navires.

Le ton est semblable sur le site Bateau canadien pour Gaza, où on retrouve, par exemple, un communiqué de la Fédération internationale des droits de l’Homme qui appuie l’expédition. Le site a également ses compes Twitter en français et en anglais, de même qu’une page Facebook bilingue.

La flottille bénéficie également de l’appui de groupes comme Witness Gaza et du mouvement Free Gaza.

Les opposants à la flottille ne sont pas en reste. Le groupe pro-Israël Stand With Us vient de lancer le site Flotilla Facts. Sous forme d’épreuve des faits, le site tente de démontrer que la flottille est composée d’extrémistes anti-Israël, plutôt que de travailleurs humanitaires pacifiques.

De leur côté, les autorités israéliennes sont très actives sur les réseaux sociaux, particulièrement sur le compte Twitter de l’armée et sur la page Facebook du premier ministre Benyamin Nétanyahou. On y retrouve, par exemple, des messages invitant les responsables de la flottille à acheminer l’aide humanitaire pour Gaza via les voies officielles. On y retrouve également des vidéos, comme celle-ci, qui explique, en arabe, le droit d’Israël de protéger ses frontières et qui remet en question la légitimité des organisations derrière la flottille.

On se souviendra que l’an dernier, l’État hébreu avait fait circuler nombre de vidéos sur la toile, dans un effort pour justifier son raid qui s’était soldé par la mort de neuf passagers de la première flottille.

Bref, rien de très nouveau dans les messages véhiculés de part et d’autre, mais ils continuent d’être martelés avec insistance sur les réseaux sociaux.

Israël prend ses distances d’une vidéo

L’État hébreu a par ailleurs pris ses distances par rapport à une vidéo critique de la flottille.

La vidéo montre un homme, vraisemblablement américain, qui dit militer pour les droits des homosexuels. Il affirme avoir contacté les responsables de la flottille en leur offrant de mobiliser des membres de sa communauté. Il ajoute avoir essuyé de leur part, sous le prétexte que « la participation de mon réseau LGBT ne cadrait pas avec l’intérêt général de la flottille ».

Or, comme l’a rapporté le Lede, l’homme, qui dit s’appeler Marc, est dans les faits Omer Gershon, un acteur israélien.

La supercherie a d’abord été signalée par le site propalestinien Electronic Intifada, qui soulignait notamment que la vidéo avait un style plutôt léché pour une production maison.

Electronic Intifada a par ailleurs indiqué qu’un employé du bureau du premier ministre israélien a été parmi les premiers à faire circuler la vidéo en ligne.

Le bureau de presse du gouvernement israélien, qui avait lui aussi fait circuler la vidéo, a publié un message dans lequel il affirme s’être fait duper par ce canular et présente ses excuses. Les autorités israéliennes ont également nié être derrière cette vidéo.

On ignore toujours qui a commandité cette vidéo. Comme l’explique Stoyful, de vifs échanges ont lieu entre des internautes qui affirment qu’il s’agit d’une supercherie et d’autres pour qui ce n’est pas un canular, mais plutôt une parodie.

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